Après des mois de tensions et des affrontements meurtriers, la Thaïlande s'apprête à construire une barrière physique le long de sa frontière avec le Cambodge.


La construction du premier tronçon de la frontière physique permanente entre la Thaïlande et le Cambodge commencera début avril 2026 et durera 45 jours. Le chantier s'installera dans le district de Pong Nam Ron, dans la province de Chanthaburi, pour un premier tronçon de 1.310 mètres. Une portion infime des quelque 800 kilomètres qui séparent les deux pays mais une des rares sur laquelle ils sont d'accord… Eux qui n'ont jamais achevé la démarcation conjointe de leur frontière retrouvent un semblant de diplomatie, le Cambodge ayant approuvé le projet thaïlandais. Et ce n’était pas gagné.
Les affrontements de trop
Pour rappel, en juillet 2025, les tensions dégénèrent en affrontements armés ouverts. Les combats font 14 civils et 18 soldats thaïlandais tués. Dans l'urgence, l'armée improvise une défense avec des conteneurs maritimes positionnés en barrières de fortune dans les zones sensibles, comme dans le tambon Chamrak, dans la province de Trat. Ils installent également trois rangées de barbelés dans les zones disputées. Face à l'insuffisance de ces mesures d'urgence, Bangkok commence à réfléchir à une réponse plus durable.
La princesse donne des millions de bahts
En octobre 2025, l'armée présente son projet de barrière permanente à la princesse Chulabhorn, sœur cadette du roi Rama X. Elle propose que son fonds Hataitip finance l'initiative et lance un appel aux dons. Le public répond massivement, plus de 200 millions de bahts sont récoltés, soit environ 5,3 millions d’euros. En décembre, la princesse verse elle-même 121 millions de bahts pour lancer la première phase. Parallèlement les combats reprennent brièvement avant un cessez-le-feu effectif le 27 décembre 2025.
Le béton après les barbelés
Le terrain est depuis lors préparé méthodiquement : déminé, nivelé, une route d'accès construite côté thaïlandais. « La construction ne se limite pas à l'édification d'un mur physique », a déclaré le porte-parole de l'armée, le major-général Vithai Laithomya, elle doit aussi « rassurer les populations vivant le long de la frontière ». À terme, l'armée prévoit des clôtures électroniques équipées de capteurs de mouvement et de caméras fonctionnant 24 heures sur 24. L'objectif est de s'étendre progressivement mais uniquement dans les zones déjà délimitées. Là où le tracé reste contesté, Bangkok reconnaît que le dialogue doit précéder le béton.












