Édition internationale

Alcool près des écoles en Thaïlande : vers un durcissement drastique des règles 

Le ministère thaïlandais de la Santé renforce la protection des mineurs en limitant l’accès à l’alcool autour des écoles et dortoirs. Un tournant pour le royaume. 

Alcool interditAlcool interdit
Écrit par Laetitia VILLA
Publié le 23 janvier 2026


 

En Thaïlande, la lutte contre la consommation précoce d’alcool franchit une nouvelle étape. Le ministère de la Santé publique, via son Département de contrôle des maladies (DDC), a récemment soumis à consultation publique (du 1er au 15 décembre 2025) un projet de loi visant à verrouiller la vente de boissons alcoolisées à proximité immédiate des établissements d’enseignement. 

 

Un cadre légal modernisé pour protéger la jeunesse 

 

Ce projet ne sort pas de nulle part. Il s’agit d’une mise à jour de la Loi sur le contrôle des boissons alcoolisées de 2008. Après 17 ans d'application, les autorités ont estimé que le texte devait évoluer pour répondre aux nouveaux défis sociaux. 

L'idée centrale est simple : l'alcool n'est pas un produit de consommation ordinaire. C'est une substance psychoactive (une substance qui agit sur le cerveau et modifie les perceptions, l'humeur ou le comportement) qui peut nuire gravement au développement des jeunes. 

Le nouveau règlement prévoit : 

  • L'interdiction stricte de la vente dans les établissements scolaires. 
  • Une restriction étendue aux zones avoisinantes, incluant spécifiquement les dortoirs d'étudiants, souvent ciblés par les commerces de proximité. 
  • Une volonté d'aligner la loi sur la « Stratégie nationale de réforme », qui vise à renforcer la résilience mentale et sociale des futurs citoyens thaïlandais. 

 

Ce que cela change pour vous et les commerçants 

 

Si le rayon exact de l'interdiction (la distance en mètres autour de l'école) doit encore être précisé par le directeur du DDC, les impacts seront concrets. Les exploitants de bars, restaurants ou épiceries devront vérifier si leur licence peut être renouvelée. Pour les expatriés et touristes, cela pourrait signifier une impossibilité d'acheter ou de consommer de l'alcool dans certains quartiers résidentiels très proches des pôles éducatifs, déplaçant ainsi la vie nocturne vers d'autres zones. 

 

Un standard international : la Thaïlande n'est pas un cas isolé 

 

Pour justifier ce tour de vis, le gouvernement thaïlandais s'appuie sur des exemples internationaux où la protection des mineurs prime sur la liberté de commerce. 

  • Aux États-Unis : dans l’Illinois, aucune licence ne peut être délivrée à moins de 30 mètres d'une école. À Hawaï, cette zone tampon s'étend même jusqu'à 150 mètres pour les écoles primaires et les parcs de jeux. 
  • Au Japon : les autorités peuvent restreindre les activités nocturnes des établissements servant de l'alcool s'ils jugent que cela nuit au développement moral des enfants du quartier. 
  • En Corée du Sud et en Australie : des zones « sans alcool » sont régulièrement décrétées autour des lieux fréquentés par les moins de 18 ans pour réduire les nuisances et les risques de santé publique. 

 

Et en France, quelles sont les règles ? 

 

En France, nous connaissons bien la Loi Évin (relative à la lutte contre l'alcoolisme et le tabagisme), mais qu'en est-il précisément autour des écoles ? La France possède un système de « zones protégées » défini par le Code de la Santé Publique.

  1. Le périmètre : les préfets de chaque département ont le pouvoir de fixer, par arrêté, une distance minimale entre un débit de boissons (bar, restaurant, licence à emporter) et certains établissements (écoles, stades, centres de formation). 
  2. L'interdiction de vente aux mineurs : contrairement à la Thaïlande où la difficulté d’accès est le levier principal, la France mise énormément sur l'interdiction stricte de vente et de consommation aux moins de 18 ans, partout sur le territoire. 
  3. L'esprit de la loi : en France, l'accent est mis sur l'interdiction de la publicité et la protection des abords immédiats, mais il est rare que cela impacte des commerces déjà installés depuis des décennies, sauf lors d'un changement de propriétaire (mutation de licence). 

 

Un arsenal répressif lourd pour les contrevenants 

 

Le non-respect de cette nouvelle réglementation ne sera pas pris à la légère, car le ministère a considérablement durci les sanctions pour garantir l'efficacité du décret. Les commerçants s'exposent désormais à des amendes pouvant grimper jusqu'à 100.000 bahts, doublées d'une possible peine d'emprisonnement d'un an et, surtout, du retrait définitif de leur licence de vente, ce qui pourrait signer la fin de leur activité. Les clients ne sont pas en reste, puisque la loi de 2025 permet de verbaliser directement toute personne consommant de l'alcool dans ces zones restreintes par une amende de 10.000 bahts. Plus grave encore, la responsabilité civile du vendeur peut désormais être engagée si un client ivre cause un accident après avoir acheté de l'alcool dans une zone interdite, exposant l'exploitant à des poursuites judiciaires et des demandes d'indemnisation. 

 

Quel impact pour la communauté et l'économie ? 

 

Le gouvernement thaïlandais anticipe des bénéfices sociaux majeurs, notamment une réduction des accidents de la route et de la criminalité, ainsi qu'un environnement plus sain pour les étudiants. Toutefois, les effets économiques pourraient se faire sentir par une certaine confusion chez les touristes et une nécessité d'adaptation rapide pour les entreprises locales. Les exploitants sont donc vivement encouragés à vérifier dès maintenant si leurs locaux se situent dans ces futurs périmètres de restriction, dont les détails techniques et le rayon exact seront prochainement définis par une notification officielle du directeur général du Département de contrôle des maladies. 

 

 

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