Édition internationale

Le 9 octobre 2026, une journée d’étude pour que les objets d’art khmers reviennent à qui de droit

Nicolas Revire est un spécialiste français de l’art khmer qui œuvre entre la Thaïlande et le Cambodge. En cette période de bataille autour de l’héritage, il veut rendre à chacun ce qui lui est dû.

Flyer journée d’étude art khmerFlyer journée d’étude art khmer
Écrit par Franck STEPLER
Publié le 30 septembre 2026


 

« Mais à qui appartient donc tel ou tel objet khmer ? »

Voilà une sacrée question à poser en pleine période de tensions entre la Thaïlande et le Cambodge, tandis que les revendications artistiques semblent avoir autant de valeur que les revendications territoriales. Mais elle ne fait pas peur à Nicolas Revire, lui qui vit avec un pied de chaque côté de la frontière, une sacrée gageure depuis l’été 2025 et l’entrée dans une nouvelle phase conflictuelle entre les deux voisins.

 

Paris, Chicago, Bangkok, Siem Reap

 

Nicolas Revire est docteur en histoire de l’art et archéologie de l’Asie du Sud-Est. Son épouse est thaïlandaise et il a vécu plus de vingt ans dans le pays. Chercheur associé auprès de l’École Française d’Extrême-Orient (EFEO) de Bangkok, il est également boursier du Center for Khmer Studies, au Cambodge. Situation originale par les temps qui courent. Après son doctorat, obtenu à Paris 3, il a effectué une mission de recherche de trois ans pour un musée de Chicago. Mais c’est bien ici, sur le terrain, en Asie du Sud-Est, qu’il aime exercer son art.

 

Une trentaine d’intervenants du monde entier

 

Le vendredi 9 octobre 2026, il organise une journée d’étude en ligne, ouverte à tous, professionnels et néophytes, intitulée « Objets khmers en mouvement : provenance, dispersion et rapatriement ». Un bébé qu’il porte depuis le printemps dernier, alors qu’il s’apprêtait à rejoindre le Cambodge pour une mission de quatre mois.

 

Nicolas Revire au milieu d’objets d’art khmer

 

Nicolas Revire a ouvert son carnet d’adresse et a obtenu tellement de réponses positives que plus de trente experts prendront la parole, enseignants, archéologues, conservateurs, venus d’Asie du Sud-Est, d’Europe, des États-Unis ou d’Australie.

 

Je voudrais mettre les points sur les i

 

« J’ai une frustration sur le déroulement de certaines restitutions, parce qu’il y a des erreurs de choix, pour des raisons politiques ou diplomatiques », explique Nicolas Revire. Telle fut sa première motivation. « L’art khmer vient d’une période qui s’étend du 9ème au 14ème siècle et d’un territoire bien plus vaste que le Cambodge, qui comprend également le Laos, le Vietnam et la Thaïlande, explique-t-il. Nous nous  intéressons à la provenance des objets depuis toujours. Nous essayons de reconstituer un parcours, une origine géographique, un contexte. Lors de cette journée, je voudrais mettre les points sur les i avec des spécialistes de la question, de divers profils, en nous appuyant sur des études de cas, pour voir ce qui bloque, ce qui peut être amélioré, sur quoi collaborer. »

 

Les frontières actuelles ne nous intéressent pas

 

Certes, le Cambodge est un héritier central de l’art khmer mais il n’est pas le seul. L’Isan, dans le nord-est de la Thaïlande, a beaucoup à revendiquer. Il y a deux ans, alors qu’il se trouvait encore à Chicago, Nicolas Revire a travaillé sur le dossier du rapatriement d’une pièce de l’Isan. Le cas n’est pas réglé parce que le Cambodge pourrait encore réclamer la pièce. Pendant la journée d’étude, il sera question d’une pièce de Buriram, en Thaïlande, elle aussi réclamée par le Cambodge. « Les frontières actuelles ne nous intéressent pas, reprend-il. Nous revendiquons de pouvoir apporter un éclairage et d’être un peu plus écoutés. Nous voulons trouver des solutions pour que les autorités des quatre pays concernés puissent travailler en bonne intelligence. Entre historiens, scientifiques et archéologues, thaïlandais et cambodgiens, tout se passe souvent très bien. Ils seront représentés le 9 octobre. Je veux montrer qu’il est possible de continuer à travailler ensemble sur le long terme. »

 

Nous voulons parvenir à rendre un objet à son lieu d’origine

 

Nicolas Revire veut aussi qu’on apprenne à travailler autrement. « Les musées américains s’intéressent à la chaîne des propriétaires à travers les âges, appliquant la méthode imaginée pour réparer les spoliations par les nazis, explique-t-il. Mais appliquer ce schéma aux recherches archéologiques est une erreur. Nous voulons parvenir à rendre un objet à son lieu d’origine ou, au moins, à son pays d’origine, qui pourra l’ajouter à son patrimoine national. »

 

Nicolas Revire au milieu d’œuvres d’art khmer

 

Nicolas Revire est peut-être un doux rêveur, lui qui veut s’affranchir des frontières actuelles et des crises diplomatiques. Mais sans doute, lui et tous ceux qui s’exprimeront le 9 octobre 2026 ont-ils raison de vouloir y croire.

 

La journée d’étude est à suivre en ligne, gratuitement, le vendredi 9 octobre 2026, de 8h30 à 17h15, heure de Thaïlande.

Informations, programme et inscriptions :

https://khmerstudies.org/online-seminar-khmer-objects-in-motion/

L’événement sera enregistré puis mis en ligne, pour ceux qui ne pourraient y assister en direct.

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos