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Inondations en Thaïlande : Bangkok et 29 régions sous l'eau, le gouvernement sous pression

Depuis quelques jours, des pluies diluviennes ont submergé Bangkok et 29 provinces. Des millions de sinistrés, des dizaines de morts et un gouvernement critiqué. Point de situation.

Bangkok inondée de nuitBangkok inondée de nuit
Écrit par Franck STEPLER
Publié le 29 septembre 2026


 

Combien de morts, de disparus, de sinistrés ? Combien de routes fermées, de vols annulés et de bagages fantômes ? La situation évolue d’heure en heure en Thaïlande et chaque chiffre écrit est démenti aussitôt publié. Ce qui est certain c’est que 2,6 millions de personnes au moins ont été sinistrées, plus d’une vingtaine sont décédées, des dizaines de routes demeurent fermées, des centaines de vols ont dû être annulés et des milliers de bagages recherchés par leurs propriétaires. Quant à l’avenir météorologique immédiat, malgré les alertes, il mérite lui aussi toute la prudence nécessaire tant il est incertain.

 

Le risque de méga-catastrophe comme en 2011 toujours écarté

 

La provinces les plus touchées, en dehors de Bangkok, seraient Samut Prakan, Pathum Thani, Chonburi, Ayutthaya, Sa Kaeo et Chanthaburi. Mardi 29 septembre, le niveau de l'eau montait encore dans 14 provinces, il était stable dans 7 autres, dont Bangkok, et en baisse dans 9.

Dans la capitale, les inondations qui durent depuis le 25 septembre auraient affecté 329.000 foyers au moins, soit environ 700.000 personnes. 233 abris temporaires y ont été ouverts.

 

Contrairement à 2011, année de la catastrophe qui avait paralysé le pays, l'eau ne vient pas du nord mais d'une pluie locale qui a saturé le réseau de drainage. Le ministère de l'Agriculture assure, comme plusieurs spécialistes indépendants, que la situation nationale n'atteindra pas le niveau de gravité de 2011.

 

Rayong : un hôpital et un pont fragilisés

 

À l'est, le district de Klaeng, dans la province de Rayong, est durement touché. La rivière Prasae, alimentée par le déversement du réservoir du même nom depuis dimanche 7h30, a atteint 7,21 mètres lundi à 10h, avec un débit de 205,2 m³/s, bien au-dessus du seuil critique de 168. L'hôpital a été inondé et le personnel a appelé à l’aide. Les patients des étages inférieurs ont dû être déplacés plus en hauteur. La cuisine a, elle aussi, été déplacée à l'étage et le personnel ne peut préparer que de la nourriture très simple à base de riz.

De nombreux vergers de durian et des habitations sont sous l'eau et le porte-parole du gouvernement, Ekkapob Pianpises, a exhorté les personnes évacuées à demeurer loin des zones les plus basses.

Mardi matin, le courant a par ailleurs endommagé les fondations du pont de Khao Chik, toujours à Klaeng. L’eau s’est infiltrée jusque sous le bitume et a fragilisé les routes. Une portion s'est effondrée et un pick-up a littéralement plongé dans un énorme trou.

 

Pick-up plongé dans un trou de chaussée en Thaïlande

 

Économie : approvisionnement et usines

 

La ministre du Commerce, Suphajee Suthumpun, a mis en place un commandement unique, coordonné par le sous-secrétaire permanent, Chakra Yodmani, pour suivre l'approvisionnement des magasins et l’évolution des prix. Avec le ministère de la Défense, elle organise l'acheminement des denrées vers les zones inaccessibles, notamment Sa Kaeo et Lat Krabang. Une ligne d'assistance, le 1569, permet de signaler pénuries et hausses de prix abusives. Le programme « Thais Help Thais » se concentrera ensuite sur les régions sinistrées.

Le ministre de l'Industrie, Varawut Silpa-archa, affirme que les zones industrielles n'ont pas subi de dommages économiques significatifs. À Lat Krabang et Bang Chan, l'eau atteint 20 à 50 cm dans les parties communes. Des pompes sont à l'œuvre. Les barrières érigées depuis 2011 ont tenu et aucun dégât majeur n'est signalé dans les usines.

 

Thai Airways : le chaos des bagages

 

À l'aéroport de Suvarnabhumi, des milliers de passagers ont attendu leurs bagages pendant cinq à six heures, parfois jusqu'au lendemain, sans information. Le PDG de Thai Airways, Chai Eamsiri, a présenté ses excuses et expliqué que des agents, inondés chez eux, n'ont pu venir travailler. La compagnie assure aussi la manutention de compagnies partenaires, ce qui a doublé la charge. Selon la presse locale, elle aurait privilégié l’assistance à ces compagnies clientes pour éviter pour éviter d’avoir à payer des pénalités contractuelles.

Des vols sont annulés ou regroupés, une partie de la manutention est transférée à des prestataires externes et Thai Post livre les bagages à domicile. Les autorités aéroportuaires et le ministère des Transports examinent d'éventuelles sanctions financières.

 

Alertes tardives et « One Map » sous le feu des critiques

 

Le gouvernement du Premier ministre Anutin Charnvirakul est critiqué sur le calendrier des alertes. Certains sinistrés auraient reçu des messages leur indiquant de mettre à l’abri personnes et biens, plusieurs heures après le début des inondations.

Le système « One Map », lancé au mois de septembre 2026 pour fédérer les données de quatre agences (météorologie, images satellites, hydrologie, big data), subit son premier test réel et ses premiers revers. Avant l’épisode en cours, le vice-Premier ministre Songsak Thongsri avait écarté le risque d'une « méga-inondation » et mis en doute les alertes de certains sites indépendants. Le gouverneur de Bangkok, Chadchart Sittipunt, avait fait abaisser le niveau des principaux canaux mais certains, dans l’opposition, jugent ces mesures insuffisantes.

 

Un sondage NIDA, réalisé du 18 au 23 septembre 2026, avant les pires inondations, montrait déjà un net recul de la cote de confiance du Premier ministre. Anutin Charnvirakul est passé de 29,40% d’opinions favorables au premier trimestre 2026 à 13,76% au troisième. Son parti, Bhumjaithai, s’effondre lui aussi de 26,60% à 12,08%. Après toutes les promesses et la présentation de tant de projets protecteurs, on peut parier qu’une nouvelle vague d’enquête donnerait des résultats encore plus dramatiques pour le pouvoir en place en Thaïlande.

 

Un canal à 165 milliards de bahts

 

Anutin Charnvirakul a soumis ce mardi 29 septembre 2026 au Conseil des ministres un projet de canal à 165 milliards de bahts. L’eau serait ainsi détournée vers le golfe de Thaïlande sur 270 km. Un chantier qui prendrait huit ans, jugé nécessaire et rentable par le Conseil national de développement économique et social. L’idée n’est pas nouvelle mais a déjà été bousculée par le calendrier politique et les récriminations des riverains. Rien ne dit que, cette fois-ci, il sera plus facile de la mettre en chantier.

 

Des cerfs et un jet-ski

 

Deux histoires encore qui illustrent cette période particulière. L’une est dramatique. L’autre plus cocasse.

Une vingtaine de cerfs cochons d'Indochine, espèce protégée, se sont retrouvés bloqués dans un enclos inondé du parc Siam Amazing Park, situé à Kannayao, dans l’est de Bangkok. Dix animaux ont été sauvés dimanche soir par une équipe de vingt vétérinaires et agents mais, hélas, six étaient déjà morts.

 

Sauvetage de cerfs inondés en Thaïlande

 

Quant à Sorn Keadsiri, son histoire est plus amusante et c’est d’ailleurs l’un des rares sourires que nous apporte le moment. Âgé de 28 ans, il a sorti son jet-ski sur Phetchaburi road inondée et s’est fait filmer par un ami.

 

Jet-ski dans les inondations Bangkok

 

La police et la justice thaïlandaises ont moins ri, le condamnant lundi 28 septembre 2026 pour trouble à l'ordre public. Le jeune homme a écopé d’une peine de 15 jours de prison avec sursis, de 5.000 bahts d'amende et d’un an de probation. Son jet-ski a été confisqué. L’homme qui aurait filmé la scène est poursuivi pour complicité.

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