

Le 5 novembre 1995, Israël se réveillait plongé dans la désolation. La soirée de la veille n'était pas un cauchemar, le Premier ministre avait bien été abattu froidement de deux balles dans le dos après avoir prononcé un discours favorisant la paix devant une place des Rois d'Israël – devenue ensuite place Rabin - noire de monde.
Depuis le 1er octobre 2015, des attaques à l'arme blanche nourrissent l'angoisse et la suspicion de la population israélienne, les heurts entre lanceurs de pierres et soldats israéliens ne cessent de créer un climat chaotique, une atmosphère irrespirable. Dans le contexte politique actuel, commémorer la mort de Rabin est aussi l'occasion de réfléchir au sens que cet homme a donné aux dernières années de sa vie et à la destinée d'Israël en tant que Premier Ministre.
Avec la signature des accords d'Oslo, l'OLP de Yasser Arafat renonçait officiellement au terrorisme contre l'État d'Israël en lui reconnaissant le droit d'exister en paix et en sécurité. Israël, de son côté, devait retirer ses troupes militaires de Gaza et de Jéricho. Aujourd'hui, la notion de sécurité vient souvent se heurter à celle de la paix, comme si elles n'étaient plus compatibles. Pour beaucoup, c'est soit la sécurité, synonyme de repli sur soi, soit la paix synonyme de laxisme naïf. Si les accords d'Oslo sont vus, depuis lors, comme un échec cuisant, c'est parce que ceux-ci devaient dessiner les contours d'un État palestinien. Accusé par les partisans de l'extrême droite israélienne de traitre, jamais un premier ministre israélien n'avait été aussi loin dans la démarche. Cela lui en a couté la vie.
La mort de Rabin a clairement gelé le processus de paix. Quelques Israéliens se définissant de droite continuent de penser que ces accords étaient un cadeau fait aux Palestiniens. « En plus de nous tuer, maintenant on leur donne les armes pour le faire ! » En face, le gel des accords et la reprise des constructions de colonies juives en Cisjordanie ont, de nouveau, ranimé la protestation et l'utilisation de la violence à l'encontre d'Israël.
Quel fut le tort de Rabin en croyant sincèrement qu'un accord avec les Arabes était possible ? Pensant qu'un accord permettrait de bâtir les fondations d'une société israélienne apaisée après toutes les vagues d'attaques terroristes que le pays connaissait, ce même Rabin était aussi connu pour les mesures radicales qu'il prit pour contrer la première Intifada. Ancien soldat de l'unité de Palmach pendant la Guerre d'Indépendance d'Israël, Rabin n'a pas toujours été connu comme le chantre de la paix, il l'est devenu malgré lui et surtout malgré ses fonctions politiques. Il connaissait le prix que payait Israël pour garantir, tous les jours, la sécurité de ces citoyens. Changeant sa vision du problème de cohabitation avec les Arabes et la manière de concevoir l'avenir du pays à travers le processus de paix, il avait sagement compris qu'il ne pouvait rien espérer d'autre que des attaques terroristes de la partie adverse si la perception du problème ne changeait pas du côté israélien.

Intimidés par la violence de quelques-uns, nous avons trop longtemps abandonné le rêve que Rabin partageait avec nombre de ces concitoyens. Il est difficile d'omettre l'impact qu'a eu cet évènement sur la manière de réfléchir l'avenir du pays. Dans un monde politique où trouver de la bonne foi et de véritables partenaires sur lesquels les deux parties peuvent se reposer n'est pas chose aisée. Rappelez-vous, Ehud Barak se vantait d'avoir été le premier ministre à avoir construit le plus de colonies en Cisjordanie.
Aujourd'hui, malgré les efforts intenses menés par les services de sécurité et le budget alloué à la Défense, le terrorisme n'a malheureusement toujours pas disparu, il évolue avec la société. Il s'adapte et se transforme compte tenu des circonstances politiques. Israël veut la sécurité, mais récolte le terrorisme. Les Arabes veulent un État mais ils voient les colonies se multiplier. Les dirigeants ont-ils de vrais partenaires avec qui discuter ? Les vagues de violences et autres intifadas sont à dénoncer mais nous n'avons pas besoin d'aller chercher loin les causes, la pomme ne tombe jamais très loin du pommier.

Dans un pays dominé par une méfiance et une incompréhension générale de toute part, où le dialogue intercommunautaire devient de plus en plus difficile, ce moment nous invite à nous rappeler que la stabilité et la paix se construisent à travers un travail de confiance. Existe-t-il une autre alternative à parler avec ceux que certains dénomment les ennemis ? Cela aurait au moins le mérite de clarifier les peurs. Le problème palestinien n'est pas seulement une question liée à une solution binationale ou à deux États mais surtout il façonne une population israélienne dont le quotidien devient de plus en plus de vivre dans une spirale de violences qui n'en finissent pas.
La Rédaction (www.lepetitjournal.com/tel-aviv). Vendredi 6 novembre 2015







