Emmanuel Macron et le Premier ministre suédois Ulf Kristersson ont officialisé lundi 31 août, à Stockholm, l’acquisition par la Suède de quatre frégates françaises. D’un montant de 4,3 milliards d’euros, le contrat, conclu avec Naval Group, constitue l’un des plus importants investissements militaires suédois depuis l’introduction de l’avion de combat Gripen dans les années 1980.


La cérémonie s’est tenue à bord de l’Amiral Ronarc’h, la première frégate française de défense et d’intervention — dite FDI — de cette nouvelle génération. Emmanuel Macron et Ulf Kristersson ont assisté à la signature de la commande par l’Administration suédoise du matériel de défense, la FMV, et Naval Group.
Un contrat stratégique pour la Suède
L’accord prévoit la livraison de quatre frégates destinées à renforcer les capacités navales et la défense aérienne du royaume. La première livraison est prévue en 2030. Ces navires deviendront les plus grands bâtiments de la marine suédoise. Selon les autorités suédoises, l’acquisition doit permettre de tripler les capacités de défense aérienne du pays face à l’évolution des menaces en mer Baltique.
Les frégates seront équipées de missiles Aster 30, conçus pour intercepter notamment des missiles balistiques. Elles doivent également offrir à la Suède des capacités de longue portée afin de protéger les voies maritimes et les transports dans une région devenue centrale pour la sécurité européenne.
« Ces frégates fourniront des capacités maritimes de longue portée et une protection contre les missiles balistiques »
a déclaré Ulf Kristersson, soulignant les enseignements tirés de la guerre en Ukraine et la nécessité de pouvoir se défendre contre ce type d’armement.

Le tournant de l’adhésion à l’Otan
L’achat s’inscrit dans l’accélération du réarmement suédois, engagée après l’invasion russe de l’Ukraine et l’adhésion de la Suède à l’Otan en 2024. Longtemps attachée à sa politique de non-alignement militaire, Stockholm a depuis profondément réorienté sa doctrine de défense.
La mer Baltique est au cœur de cette nouvelle équation stratégique. Elle constitue un espace essentiel pour les échanges commerciaux européens, mais aussi une zone de tensions, marquée par la proximité de la Russie et la vulnérabilité des infrastructures sous-marines et des routes maritimes.
Pour Stockholm, les futures frégates doivent donc compléter les moyens déjà développés autour de l’aviation de combat, de la surveillance maritime et de la défense côtière. Elles donneront à la marine suédoise une capacité accrue à agir au-delà de ses eaux territoriales et à contribuer aux missions de l’Alliance atlantique.
« La Suède et la France, dans l’Union européenne et dans l’OTAN, prouvent ainsi que la souveraineté européenne se construit ensemble » a déclaré E.Macron
Un rapprochement industriel et militaire
La visite d’Emmanuel Macron ne s’est pas limitée à la signature de la commande. Les ministres français et suédois de la Défense, Catherine Vautrin et Pål Jonson, ont également signé un accord-cadre destiné à approfondir la coopération entre les deux pays dans les "domaines opérationnel, capacitaire et industriel."

Paris présente ce partenariat comme une nouvelle étape dans la construction d’une défense européenne plus autonome. La France cherche notamment à promouvoir ses équipements militaires auprès de ses partenaires européens, alors que plusieurs États du continent augmentent leurs dépenses de défense et réévaluent leur dépendance aux équipements américains.
Emmanuel Macron a d’ailleurs appelé d’autres pays européens à suivre l’exemple suédois et à acquérir des frégates françaises. La France espère ainsi faire de ce contrat une vitrine pour Naval Group, mais aussi un levier en faveur d’une coopération militaire européenne plus étroite.
Le rapprochement franco-suédois repose déjà sur plusieurs coopérations industrielles. En décembre dernier, Stockholm avait conclu avec la France un accord de plus d’un milliard d’euros portant sur l’achat de deux avions de surveillance GlobalEye produits par le groupe suédois Saab.
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Une relation franco-suédoise renforcée
À bord de l’Amiral Ronarc’h, les deux dirigeants ont voulu donner une portée politique à l’accord commercial. Pour Emmanuel Macron, cette signature illustre une coopération « stratégique », dans un contexte européen marqué par la guerre en Ukraine, les incertitudes géopolitiques et la nécessité pour les pays européens de renforcer leurs propres capacités militaires.
« Ceci montre la force de l’importance de ce pilier européen de défense et combien la coopération franco-suédoise est en train de devenir un élément essentiel de ce pilier européen. » a souligné E.Macron.
La Suède, de son côté, obtient des frégates capables de répondre à ses priorités de sécurité dans la Baltique tout en s’insérant davantage dans les dispositifs de l’Otan. La commande devrait également renforcer les liens entre les industries de défense françaises et suédoises, à l'approche de la célébration du dixième anniversaire du partenariat stratégique franco-suédois.
Au-delà de la valeur financière du contrat, la signature du 31 août marque ainsi une étape importante dans la transformation de la politique de défense suédoise et dans le rapprochement entre Paris et Stockholm. Les premières frégates ne prendront la mer qu’à partir de 2030, mais leur acquisition redessine déjà les contours de la coopération militaire européenne en mer Baltique.
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