Tous les mois, notre férue d'art décrypte une exposition qui l'a particulièrement touchée. En février, elle suit les pas d'une autre de nos reporters qui a récemment testé le « babyvisning » au Moderna Museet, mais cette fois-ci pour découvrir l'univers de Klee et d'Aguéli.
L'Allemand Paul Klee et le Suédois Ivan Aguéli ne se sont en fait jamais rencontrés. La couleur est annoncée dès le début : cette exposition est une pure construction, le résultat de plusieurs années de réflexion qui débouchent sur l'envie, le besoin de faire dialoguer ces deux artistes contemporains. Nés à 10 ans d'intervalle dans des familles peu semblables, l'un oppressé par l'autorité du père, l'autre baignant dans la musique, ils ont des parcours très différents, mais un message semblable.
Né à Sala en 1869, Aguéli se lance dans une carrière de peintre contre la volonté de son père palefrenier. Il part pour Gotland, puis pour Paris en 1890, où il se met à fréquenter les milieux anarchistes. Déjà influencé par le scientifique, philosophe et théosophe suédois Emanuel Swedenborg, il se met à lire le Coran et se plonge dans les langues et la philosophie orientales. L'artiste part ensuite en Égypte, se convertit à l'islam et change de nom. Il étudie le soufisme et devient le premier européen à être accepté à part entière dans un groupe soufiste. Il sera finalement expulsé d'Égypte par les autorités britanniques et mourra dans un accident de tramway à Barcelone en 1917.
Ivan Aguéli, Egyptiskt kupolhus, 1914 (Photo : Juan Luis Sánchez/Moderna Museet)
Klee, né en 1879 dans le comté de Bern, grandit quant à lui dans une famille musicienne où ses choix artistiques sont encouragés. Il commence à jouer du violon avant de se réorienter vers la peinture. Il est par exemple dans la même classe que Kandinsky à l'Académie des Beaux-Arts de Munich. Klee épouse la pianiste Lily Stumpf et s'occupe beaucoup de leur fils Felix quand elle joue dans son orchestre ; les dessins de son fils inspireront énormément sa production personnelle et sa réflexion autour de l'art. Il fait sa première exposition indépendante en 1910. En 1914, il entreprend un voyage en Tunisie puis rentre à Bern au début de la Première Guerre mondiale. Il enseigne plus tard, entre autres avec Kandinsky, mais est accusé de faire de l'art « dégénéré » en 1933. Deux ans plus tard, on lui diagnostique une sclérodermie et il meurt en 1940.
Ni Aguéli ni Klee n'étaient réactionnaires, mais résolument tournés vers l'avenir. Ils souhaitaient que l'humanité et la société évoluent, mais au contraire des futuristes qui voulaient faire table rase du passé, ils savaient tous deux qu'il est important d'avoir des racines. Klee d'ailleurs se comparait à un arbre : un être organique qui grandit, avec des racines, qui récupèrent les impressions environnantes, et des branches, qui partent dans différentes directions et s'expriment de manière artistique.
Paul Klee, Djurmonument, 1938 (Photo: Moderna Museet)
Les ?uvres respectives de Klee et d'Aguéli ont une dimension spirituelle, mais ne sont jamais abstraites ; elles partent toujours d'une réalité concrète, d'observations quotidiennes, mais sont parfois considérablement réduites à une expression qui va à l'essentiel. Telle la série de dessins à la point de plomb d'anges de Klee, ou les palmiers d'Aguéli qui deviennent des signes rythmant ses paysages. Il s'agit de trouver l'essence des choses, d'atteindre la plus grande simplicité possible.
Cela donne des ?uvres intimes, tant dans le format ? point d'?uvres immenses dans cette exposition ? que dans l'expression ? avec des couleurs calmes, des motifs posés. L'exposition compte à peine une centaine d'?uvres qui plonge le visiteur dans un état presque méditatif. On en ressort la tête reposée, car jusqu'à ce qu'on arrive à la dernière salle, il n'y a pas de long textes à lire pour expliquer les ?uvres. Le commissaire de l'exposition est parti du principe qu'on doit pouvoir apprécier l'art de Klee et d'Aguéli sans être obligé d'avoir des connaissances préalables. C'est assez libérateur finalement.
Ligne chronologique (Photo : Audrey Lebioda)
Mais pour ceux qui voudraient en savoir plus, il est possible de se procurer un journal à l'entrée de l'exposition pour 40 kr et s'imprégner de textes écrits par les artistes ou en rapport avec les thèmes abordés dans l'exposition. Pour ceux qui souhaitent une approche plus traditionnelle, on peut télécharger l'application Moderna Museet Klee/Aguéli qui fait office de catalogue d'exposition, grâce au wifi dans le hall du musée, ou sur des iPads mis à disposition dans la dernière salle de l'exposition, où l'on peut également lire d'autres livres ainsi qu'une chronologie littéralement linéaire, qui court sur trois murs.
Informations pratiques
Moderna Museet
Sur Svensksundsvägen (île de Skeppsholmen)
Bus 65 depuis T-Centralen, arrêt « Arkitektur-/Moderna museet »
Horaires d'ouverture
Du mardi au dimanche, de 10h à 18h
Nocturne jusqu'à 20h les mardis et vendredis (seulement au 4ème étage)
Tarifs
Entrée gratuite pour tous. Seules certaines expositions temporaires sont payantes.
Audrey LEBIODA lepetitjournal.com/stockholm Mercredi 24 février 2016














