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Yann Follain - Un Français à la tête d’Archifest

Par Catherine Soulas Baron | Publié le 03/10/2018 à 14:00 | Mis à jour le 08/10/2018 à 11:55
Photo : IBen Studio
Yann Follain, Archifest 2018, Design for Life

Il est jeune, enthousiaste, bouillonnant d’idées et Français ! A l’occasion de l‘ouverture d'Archifest 2018 « Design for Life », nous avons rencontré Yann Follain, premier non Singapourien à être nommé Directeur de ce Festival d'Architecture d'Asie du Sud-est.

 

Comment un jeune architecte français se retrouve-t-il à la tête d’Archifest ?

Yann Follain : Je suis arrivé il y a une dizaine d’années à Singapour. J’habitais en France lorsque j’ai eu la chance d’être mis en contact avec l’agence d’architecture française de Jean François Milou, qui avait gagné le concours de la National Gallery. J’ai travaillé deux ans sur ce projet, puis j’ai créé ma propre agence. Je suis devenu membre de l’Institut des Architectes Singapouriens (SIA). La question d’être ou ne pas être Français ne s’est jamais posée. En revanche, mes connaissances de l’environnement bati de Singapour, ma nomination en tant que Commissaire de l’Exposition sur les 50 ans d’Histoire du Design à Singapour, mes compétences en tant qu’organisateur de nombreuses conférences pour la Singapore Design Week et mon implication dans la communauté du Design et d’Architecture de Singapour ont certainement joué en ma faveur. Le Président actuel du SIA, lui même architecte, souhaitait à la tête d’Archifest un jeune architecte... Ils m’ont donc contacté.

 

Le festival d‘architecture Archifest existe depuis 12 ans. Qui en est l’instigateur et pour quelles raisons?

Le SIA a souhaité promouvoir l’environnement architectural de Singapour et les hommes oeuvrant derrière, à l’instar des festivals qui existent déjà en Europe et aux USA.

 

Archifest

 

Le nom de festival donné à un événement sur l’architecture est assez étonnant.  Quel en est le sens ?  Quels en sont les thèmes?

Donner ce nom de ‘’Festival‘’ était visionnaire! Au depart, ce n’étaient qu’une exposition et un forum. Désormais, le festival a grossi, les foules s’y déplacent, l’atmosphère est festive, ludique, interactive. On s’y amuse! Des tours d’architecture, un symposium pour les personnes agées, des ateliers pour les enfants sont organisés. En particulier, nous avons conclu cette année un partenariat avec un ancien architecte devenu éducateur. Nous avons travaillé avec 5 centres qui accueillent des enfants de 7 à 11 ans après l’école: ‘’afterschoolcare’’. Les enfants ont construit des maquettes faites avec des petits matériaux de tous les jours (verres, boites en cartons, batonnets de glace etc.): Ils ont imaginé leur ville rêvée. 

Le Directeur du Festival a les mains libres pour choisir un thème et le soumettre au comité du SIA, en l’occurrence cette année “ Design pour la Vie “. Un architecte agit comme un docteur. Il prescrit des recommandations pour améliorer le cadre de vie. On tend vers la satisfaction, le bien être de la population. Une définition du bonheur en quelque sorte. Car le Bati a forcément un impact sur la vie, le confort et la santé des gens. La longévité du Bati est aussi abordée: Comment réhabiliter une shophouse? Que fait-on pour la préservation du patrimoine architectural des années 70/80? Ces sujets engendrent une autre question: celle de l’identité et sa réapropriation.  Archifest est aussi une plateforme d’échange et de discussion.

 

Comment votre vision de la ‘’culture française’’ s’intègre-t-elle dans la conception architecturale de Singapour?

Premièrement, être Français renvoie à une image de personnes défendant le social, l’environnement avec une forte action dans l’humanitaire. Les logements sociaux français sont réputés être des logements de qualité, donc notre savoir-faire peut être exporté . En tant que Français, j’aide également à mettre en avant des initiatives sociales d’architectes. En sens inverse, mon agence utilise en France des initiatives innovantes réalisées en Asie du Sud-Est.

Par ailleurs, je suis très fier de l’installation du Pavillon d’Archifest à Marina Bay Sands, symbole architectural de Singapour, car la dimension sociale de l’habitat ne se trouve pas au centre de Singapour mais plutôt en périphérie. On montre ainsi quelque chose qui est à l’opposé même de Marina Bay Sands. Ce Pavillon utilise une typologie nommée Void deck propre à la culture singapourienne (au sens de village, d’espace utilisé par les communautés) Il faut savoir que 80% de la population singapourienne vit dans des logements HDB.  Le Void deck installé dans ce lieu est ‘’un pied de nez ‘’ à une architecture lisse et clinquante et envoie un message fort:  “Singapour ce n’est pas que le Luxe! “

 

Comment s’inscrivent vos projets dans le cadre du concept Smart Cities?

Il y a plusieurs manières d’interpréter ce concept, tout d’abord une manière très technologique qui porte un risque (collection de données sous couvert d’ultra connections). Mais le concept de Smart Cities, ce n’est pas seulement de la technologie, c’est aussi penser architecture afin de développer une ville qui est prête au défi du futur. On vit dans une ère où notre planète est en danger. Comment préparer nos villes à être “résilientes”, notamment au défi climatique? La réponse est de construire des batiments environnementaux. Des batiments ‘’passifs’’ qui par leur forme répondent à un certain environnement, qu’il soit climatique ou urbain (par exemple on construira un batiment sous les tropiques de façon à ce qu’il soit ouvert aux vents dominants). Cela a aussi un impact sur la planification urbaine.  

 

Quels conseils pouvez-vous donner aux jeunes architectes français qui souhaiteraient s’installer en Asie?

Il faut avoir le coeur bien accroché et être prêt à travailler 24h sur 24, 7 jours sur 7. S’adapter à une culture différente, qui exige de nous de faire toujours mieux que les autres . Enfin, il faut se faire accepter pour ce que l’on fait et non pour ce que l’on est.

 

Archifest Pavilion / jusqu'au 10 octobre 2018
Event Plaza @ The Promenade
Marina Bay Sands, 2 Bayfront Ave
Singapore 018972

 

Catherine Soulas Baron

Catherine Soulas Baron

Ancien directeur juridique, Catherine est passionnée par le patrimoine, l'histoire et les questions interculturelles. Fondatrice de Savoir Vivre Ltd à Hong Kong, elle est lauréate du Prix Art de Vivre des Trophées des Français de l'étranger 2014
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