Mardi 24 septembre 2019
Singapour
Singapour
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

Rencontre avec Michel Ocelot, le créateur de "Dilili à Paris"

Par Bertrand Fouquoire | Publié le 19/05/2019 à 14:30 | Mis à jour le 20/05/2019 à 09:44
Photo : Michel Ocelot, l'auteur de Dilili à Paris, de Kirikou et de Princes et Princesses
portrait Michel Ocelot

Si le dernier film de Michel Ocelot, « Dilili à Paris », à l’affiche de l’Alliance Française de Singapour le 24 mai, n’était que l’occasion de se promener dans le Paris de la Belle Epoque, d’y croiser Sarah Bernardt, Louis Pasteur, Henri de Toulouse Lautrec, Colette, Camille Claudel et bien d’autres, ce serait déjà un bonheur suffisant. Mais Dilili, jeune Kanake atterrie le temps d’une exposition coloniale à Paris, est une héroïne épatante, aussi attachante que le fut en d’autres films Kirikou. Confrontée « aux mâles maîtres » enleveurs d’enfants, elle nous entraîne à sa suite dans un formidable carambolage de péripéties, de moments de tendresse, de révolte et d’émotion. Un bonheur complet qui dérange autant qu’il ravit.

Lepetitjournal.com : « Dilili à Paris » met en scène une jeune Kanake dans le Paris de la Belle époque. Comment est né le personnage de Dilili?
Michel Ocelot - Le film expose deux manières de vivre : dans l’une, les hommes piétinent les femmes et les filles, plus ou moins terriblement, dans l’autre, une civilisation ouverte permet aux personnes de grandir et fleurir, hommes et femmes harmonieusement ensemble. Puisque j’allais traiter de la condition féminine, il était évident que mon héros devait être une femme, et même une femme de 6 ans, on parle peu des filles dans ce cadre, mais on les fait souffrir autant que les femmes. En plus du fait que le héros est une petite fille, je l’ai faite venir de loin pour qu’elle voie plus clairement notre civilisation quotidienne. Au cours de la documentation sur cette époque, j’ai constaté que Louise Michel, déportée jusqu’en Nouvelle-Calédonie, avait continué son métier d’institutrice et appris à lire et à écrire à des petits kanaks. Une petite kanake à Paris me semblait très intéressante.

Une partie de votre intérêt à imaginer cette histoire puis à la mettre en image tient certainement au fait de représenter le Paris et les Parisien(ne)s de cette époque. Quel regard portez-vous sur l’époque, son style et ses contemporains ?
- J’ai plus pensé à la civilisation occidentale qu’à Paris. Mais Paris à la Belle Epoque était un symbole idéal. C’est un moment où on rencontre un génie à tous les coins de rue (génies venus d’un peu partout) et c’est le moment où les femmes s’affirment comme elles ne l’ont jamais fait. Une chose remarquable a eu lieu à ce moment, la liberté de la presse, qui a développé beaucoup d’activités et de libertés tout court.

affiche de "Dillili à Paris", de Michel OcelotL’un des bonheurs du film est lié à la représentation du Paris de cette époque. Pouvez-vous nous expliquer, sur le plan technique, quels choix vous avez faits et comment vous avez procédé ?
- Paris, à la Belle Epoque, permet décors et costumes délicieux. Dans ma présentation de ces deux manières de vivre que j’évoquais tout à l’heure, j’ai voulu montrer que la partie positive que j’exposais n’était pas un vague rêve de poète mais une réalité tangible. La beauté de Paris, la réussite de ses arts, est réelle et j’ai simplement photographié la capitale aujourd’hui. Il n’y a aucun tour de force technique. J’ai simplement posé les personnages de l’animation sur mes photos. Je peux ajouter que ces photos ont été forcément retouchées, il fallait enlever toutes les marques de modernité, les voitures, les vélos, les motos, les poubelles, et bien d’autres signes.

On croise aussi une multitude de célébrités, parmi lesquelles de nombreuses femmes. Quel attachement particulier ressentez-vous pour ces femmes ?
- J’admire et j’aime CES femmes. La loi les entourait de barrières. Elles les ont brisées petit à petit et fait du bien à tout le monde. Elles sont exemplaires.

Enfin il y a l’histoire, palpitante. Pouvez-vous, en quelques mots, nous en décrire la trame et préciser comment cette histoire vous permet d’aborder des sujets qui vous tiennent à cœur ?
- Un effroyable mystère règne sur Paris. Des hommes enlèvent des petites filles. On ne sait pas comment ils procèdent, on ne sait pas où ils les emmènent, ni ce qu’ils en font. Dilili et son ami, livreur en triporteur, vont mener l’enquête, tandis que la police piétine, et Dilili sera aussi la cible des enleveurs de fillettes. Nos deux jeunes héros découvriront une secte terrible. Et rassurez-vous, le bien triomphera !

Quels sont vos grands plaisirs, en tant que cinéaste ?
- Tous les éléments de mon métier me plaisent. J’invente l’histoire, j’écris les dialogues, je dessine les modèles de personnages, je conçois le style des décors, je fais le storyboard et je dirige une centaine de collaborateurs en tant que réalisateur du film. C’est sensationnel !

Le succès de "Kirikou et la sorcière" a ouvert la voie à de nombreux grands films d’animation. Pensez-vous que le cinéma d’animation soit arrivé aujourd’hui à un stade de maturité, à l’instar de la BD, où l’on cesse de le considérer, a priori, comme un cinéma pour les enfants ?
- Le dessin animé a fait des progrès mais n’a pas encore rejoint la maturité de la BD. Je pense que cela vient d’un problème matériel : quand vous avez du talent, quelques feuilles de papier et un crayon, vous pouvez faire un chef d’œuvre en bande dessinée et le montrer à l’éditeur. Quand vous êtes cinéaste avec du talent et que vous n’avez pas de budget, vous êtes immobilisé. Le chef d’œuvre, vous le ne faites pas. Donc le cinéma d’animation progresse moins vite. Des films d’animation sérieux voient le jour mais la majorité du public continue à penser que l’animation c’est pour les enfants.

Le cinéma, particulièrement le cinéma d’animation, vous paraît-il un secteur d’avenir pour des jeunes qui souhaiteraient s’engager dans cette voie ? Quels conseils leur donneriez-vous ?
- Aujourd’hui en France, être animateur est devenu un métier raisonnable. Cela reste un métier du spectacle, c’est-à-dire très irrégulier, il est rare que l’on soit employé permanent d’une entreprise. Je ne sais pas si je suis habilité à donner des conseils à la jeunesse. Pour ceux qui auraient comme moi le goût de la beauté des images et de l’art du conte, je conseille le dévouement, l’honnêteté, un certain accomplissement de soi-même, la détermination à beaucoup travailler, sans viser une sécurité financière, moins importante.

Singapour pourrait-elle être le décor d’un de vos films, aussi inspirante que l’a été le Paris de la Belle Epoque, pour « Dilili à Paris » ?
- Bien sûr on peut faire toute une histoire dans cette étonnante Cité-Etat. Un des points intéressants, c’est explorer toutes les cultures qui s’y trouvent. Parallèlement, il y a toutes les formes d’habitation, des plus modernes aux plus anciennes, et à côté d’une métropole extrême, il y a des zones intouchées de forêts primaires. Mais est-ce que je serais tout à fait à l’aise ? J’ai été étonné que mon innocent film pour la famille, « Kirikou », soit interdit aux enfants à Singapour…

"Dilili à Paris". Projection à l’Alliance Française de Singapour le 24 mai 2019: plus d'information ICI

Bertrand Fouquoire

Bertrand Fouquoire

Co-Directeur de l'édition. Après avoir vécu 9 ans à Singapour, Bertrand est revenu en France en janvier 2017, où il a repris ses activités de coaching pour les expatriés et les conjoints et pour les jeunes adultes
0 Commentaire (s)Réagir

Communauté

Rencontre avec Nicolas Laville, styliste haute couture à Singapour

J’ai rencontré le styliste français Nicolas Laville en 2017, durant la préparation de la soirée de gala de la Chambre de Commerce Française à Singapour (FCCS), au cours duquel il avait présenté une no

Expat Mag

ENSEIGNEMENT

Rémunération des profs : la France peut mieux faire !

De nombreux enseignants publient sur les réseaux sociaux leurs rémunérations sous le hashtag #balancetafichedepaiedeprof. Pourquoi ? Pour protester contre leurs salaires et leurs conditions de travail