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Marie Monmont - Une fille en chocolat

Par Catherine Soulas Baron | Publié le 12/06/2019 à 14:30 | Mis à jour le 19/06/2019 à 06:26
Photo : @Wildness
Marie Monmont Wildness entreprise sociale singapour nouvelle-zélande

Marie Monmont ne fait rien comme les autres. D’ailleurs son produit ne ressemble à aucun autre. Marie ? Une fille toute simple et bienveillante au parcours étonnant. Il nous embarque dans le monde du cacao bio, du végétalien, du développement durable, de l’entreprise sociale, de la lutte contre le travail des enfants, de la réinsertion. Marie n’est pas particulièrement visionnaire ou convertie à des tendances, non, elle a juste « ça » dans son ADN depuis toujours. Elle se fie à son intuition et se joue des a priori. Bonne nouvelle, désormais nous pouvons savourer sans retenue son chocolat à Singapour.

 

 

La belle, le bon et le brésil

 

Née aux confins du Jura et de la Savoie, dans l’Ain, Marie Monmont est éduquée par les frères et les moines, auxquels elle voue une grande tendresse. Ils lui ont donné, dit-elle, le goût de l’authentique et du bon et leur doit d’être la personne qu’elle est devenue. Elle n’aime pas trop les études et passe de longues heures dans les jardins et les potagers de l’école des Frères de la Sainte-Famille à apprendre les herbes et le goût de la nature. À 17 ans, un Bep-Cap de cuisine spécialisation chocolaterie en poche, elle se prête au jeu de la compétition culinaire et gagne un concours national. Dans l’assemblée un prestigieux recruteur, le Ritz Carlton, la remarque et lui propose de partir à Los Angeles. Elle ne parle pas anglais mais se débrouille très bien en espagnol. Elle restera 4 ans en cuisine au cours desquels elle passe un bac professionnel.

 

Puis lassée par le côté superficiel de la ville, elle demande sa mutation. Elle s’envole vers l’Afrique du Sud puis l’Australie et enfin la Nouvelle-Zélande pour le groupe Intercontinental. Elle décide, après la naissance de son premier enfant, de se mettre à son compte. Elle crée la première pâtisserie de Wellington avec des pâtissiers et gère toute la partie « traiteur ». 3 ans plus tard l’affaire est revendue.

 

Fascinée par l’aventure brésilienne d’un ami, Marie décide grâce à son petit pécule d’acheter un terrain au Brésil pour y planter des fèves afin de concrétiser son rêve de toujours : fabriquer du chocolat. Son mari part en reconnaissance et devant son enthousiasme elle débarque dans cet endroit inconnu du bout du monde avec ses enfants. Comme il faut bien faire bouillir la marmite, son mari retourne seul en Nouvelle-Zélande. Trois années entières seront nécessaires « pour préparer » le terrain sans pouvoir en tirer de revenu. Une expérience éprouvante mais unique et pleine d’émotions puisqu’elle donne aussi naissance à son troisième enfant. Elle remporte dans ses valises le fruit cupuaçu, fruit dont les caractéristiques sont très proches du cacao avec une texture crémeuse et dense. Au Brésil, certains l’utilisent pour la fabrication d’une variété de chocolat localement appelé « Cupulate ». Elle peut enfin créer sa société Wildness en Nouvelle-Zélande.  

 

feve de cacao

                            

 

Le bon, la belle et les détenus

 

Confectionner du chocolat dans un pays où il n’y a pas les ressources nécessaires est compliqué. Marie ne s’en formalise pas, elle a tout prévu. Telle une œnologue, elle effectue au Brésil en partenariat avec une coopérative de 39 fermiers ses assemblages de chocolat grâce à son palais remarquable. La transformation des fèves de cacao est opérée par Barrycallebaut sise au brésil, née de la fusion en 1996 du belge Callebaut et du français Cacaobarry, plus grande entreprise au monde de transformation de cacao et chocolat, selon un cahier des charges rigoureux bio. Fait remarquable, l’entreprise a toujours cru en son projet. Une fois la masse transformée en pistoles de chocolat, elle est envoyée en Nouvelle-Zélande. Avec le peu d’argent qui lui reste, elle achète ses premiers kilos de chocolat et des emballages.

 

Un problème se pose néanmoins car faute d’un nombre suffisant d’heures de travail à proposer (20 heures pour un travail à mi-temps), elle ne peut se permettre d’embaucher du personnel. Un déclic s’opère lorsqu’elle entend Pierre Bellemare à la radio évoquer la réinsertion de prisonniers grâce au travail appris en prison. Qu’à cela ne tienne! Elle contacte immédiatement les autorités pénitentiaires de Nouvelle-Zélande. La direction de la prison de Wellington, emballée, accepte son offre de faire travailler les prisonniers au conditionnement, à l’imprimerie, au graphisme, au stockage et à la livraison, en les rétribuant à un salaire minimum décent : elle sera avec le support et la collaboration des employés du Department of Correction à l’origine de la loi instaurant un nouveau taux de salaire horaire dans les prisons. L’expérience s’avère être un succès. Marie a, dit-on, changé l’esprit de la prison.

 

Entretemps un nouveau défi l’attend : son second mari a accepté sa mutation à Singapour.

 

Le bon, la belle et les cuisiniers

 

Le groupe Intercontinental, déjà client en Nouvelle-Zélande, lui demande d’importer son chocolat à Singapour. Ce qu’elle refuse pour des raisons d’éthique (empreinte carbone). Une seule solution s’impose : fabriquer le produit à Singapour. Elle cherche désespérément une cuisine et la trouve grâce à Intercontinental Hotels Group (IHG) qui finance en grande partie une fondation singapourienne qui gère elle-même un centre pour handicapés mentaux : l’Association For Persons with Special Needs (APSN). Dans ce centre où les cuisines sont flambant neuves, les jeunes adultes doivent tous passer un diplôme, le certificat d’hygiène, puis un diplôme de cuisine pour travailler ensuite en cuisine professionnelle où ils exécutent des choses simples. L’emploi du temps de Marie est impressionnant : il se partage entre les moments d‘apprentissage des élèves du centre et les moments de production, entre sa vie en Nouvelle-Zélande et sa nouvelle vie à Singapour, la gestion de sa société et la fourniture du chocolat à ses gros clients, les négociations avec les autorités singapouriennes intéressées par l’expérience en prison, la levée de fonds pour de nouveaux frigos, la mise en place de nouveaux projets  (travail avec les aborigènes en Australie) sans compter la vie de famille.

 

« Fabriquer du chocolat, c’est un art », nous dit Marie. « Le faire à partir d’une seule fève de cacao ne requiert pas de savoir-faire particulier. En revanche réaliser un assemblage est difficile et cher car il faut rôtir à différentes températures ». Tous ses chocolats sont bio, car dans sa plantation dite « intelligente », l’utilisation d’insecticides est interdite. Quant à son chocolat dit « végétalien » il ne contient aucun produit laitier, noisettes ou gluten.

 

 

Il y en a pour tous les goûts alors courez-y vite, vous aiderez une fille qui ne fait rien comme les autres avec un produit qui ne ressemble à aucun autre. - Wildness Organic Chocolate https://wildness.co.nz

 

 

 

 

 

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Catherine Soulas Baron

Catherine Soulas Baron

Ancien directeur juridique, Catherine est passionnée par le patrimoine, l'histoire et les questions interculturelles. Fondatrice de Savoir Vivre Ltd à Hong Kong, elle est lauréate du Prix Art de Vivre des Trophées des Français de l'étranger 2014
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