

Après le déchainement médiatique autour des pilules contraceptives ces dernières semaines, que penser de votre pilule ? Devez-vous la poursuivre ? En changer ? Ou encore tout arrêter ? Voici les réponses aux questions que vous vous posez.
1. Dois-je céder au "pill scare" (panique à la pilule) ?
Surtout pas ! Au risque, entre autre, de voir apparaître une vague d'IVG dans les suites... Il vous suffit de lire ce qui suit, de respecter les contre-indications et précautions d'emploi et de rediscuter, si besoin, votre contraception avec votre médecin ce qui évitera déjà un bon nombre de désagrément.
2. Au fait, qu'est ce qu'une pilule ?
C'est un médicament qui agit principalement en mettant les ovaires au repos. Il s'agit d'une combinaison d'hormones de synthèse, généralement un estrogène et un progestatif on parle alors de contraceptif oral combiné (COC) ou de contraceptif oral estro-progestatif (COEP).
Il existe également des contraceptifs oraux contenant un progestatif seul (sans estrogène).
3. Que signifie le terme "génération" d'une pilule ?
La plupart des contraceptifs oraux sont divisés en quatre classes ou "générations" (C1G, C2G, C3G et C4G) selon le type de progestatif présent dans leur composition. Le terme "génération" ne doit pas laisser entendre que les pilules les plus récentes sont préférables aux précédentes. Toutes ces pilules ont une efficacité comparable.
4. Comment savoir de quelle génération est ma pilule?
Pilule de 1ère génération : le progestatif est la noréthistérone.
Pilule de 2ème génération : le progestatif est le lévonorgestrel ou le norgestrel.
Pilule de 3ème génération : le progestatif est le désogestrel ou le gestodène ou le norgestimate.
Les autres pilules (parfois appelés pilules de 4ème génération) : le progestatif est la drospirénone ou la chlormadinone ou le diénogest ou le nomégestrol.
5. Les pilules de 3ème et 4ème générations sont elles mieux tolérées ?
Non, aucune étude n'a démontré que ces pilules apportaient un bénéfice supplémentaire par rapport aux C1G et C2G sur les effets indésirables comme l'acné, la prise de poids, les nausées, les mastodynies, la dysménorrhée, l'aménorrhée et les méno/métrorragies.
6. Quelles sont les recommandations actuelles en France ?
Le ministère de la santé, l'HAS (Haute Autorité de Santé), l'ANSM (Agence Nationale de Sécurité du médicament) et le CNGOF (Collège National des Gynécologues et Obstétriciens de France) recommandent de privilégier les pilules de 1ère et de 2ème générations plutôt que celles de 3ème et 4ème générations.
7. Je prends depuis plusieurs mois/années une pilule de 3ème ou 4ème générations, dois-je l'arrêter ?
Tout arrêt d'une contraception sans remplacement par un autre moyen expose à un risque de grossesse non désirée. Il faut savoir que la fréquence de survenue d'une thrombose est plus élevée au cours de la première année de traitement. Donc il n'y a pas d'urgence à arrêter votre pilule, le mieux étant de revoir avec votre médecin lors d'une prochaine consultation la méthode de contraception la plus appropriée à votre situation.
8. Quels sont les risques liés à la prise de pilule estro-progestative (quelque soit la génération) ?
D'une part, ce sont les thromboses veineuses (phlébite, embolie pulmonaire) qui sont plus fréquentes avec les pilules de 3ème et 4ème générations qu'avec celles de 1ère et 2ème générations (c'est la raison pour laquelle les pilules de 1ère et de 2ème générations doivent être privilégiées).
Le nombre attendu de cas d'accident thromboembolique veineux par an est d'environ :
- 0,5 à 1 cas pour 10 000 femmes non utilisatrices de pilules ;
- 2 cas pour 10 000 femmes utilisatrices de pilules de 2ème génération ;
- 3 à 4 cas pour 10 000 femmes utilisatrices de pilules de 3ème et 4ème génération;
Pour comparaison, le risque de thrombose veineuse est de 6 cas pour 10 000 femmes au cours de la
grossesse.
D'autre part, ce sont les thromboses artérielles (accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde) quelle que soit la génération de la pilule utilisée.
On peut également noter, quelque soit la génération, comme autres effets indésirables rares mais nécessitant l'arrêt du traitement : HTA, céphalée (mal de tête), migraine, vertige, tumeur du sein ou de l'utérus, hyperlipidémie, diabète.
9. Dans quels cas arrêter impérativement votre pilule estro-progestative (C1G, C2G, C3G ou C4G) ou ne pas en prendre ?
Devant l'apparition d'un effet secondaire grave (cf ci-dessus) ou si vous présentez une contre-indication à la prise de contraceptif estro-progestatif (ce sont les mêmes quelle que soit la génération de pilule).
- Les contre-indications absolues aux C1G, C2G, C3G et C4G sont : tabagisme important, HTA, diabète, hypercholestérolémie, migraine avec aura, antécédents de phlébite ou embolie pulmonaire, antécédent d'accident vasculaire cérébral ou infarctus du myocarde ou angine de poitrine, affection du foie, insuffisance rénale, lupus et connectivite, cancer du sein ou de l'utérus.
- Les contre-indications relatives aux C1G, C2G, C3G et C4G sont : tabagisme modéré, obésité, varices, femmes > 40 ans, fibromes utérins, tumeurs bénignes du sein, épilepsie.
10. Je fume et prend la pilule, que faire ?
Il est fortement conseillé d'arrêter de fumer si vous prenez une pilule estro-progestative, en particulier si vous avez plus de 35 ans. Si vous n'y arrivez pas et que vous avez plus de 35 ans, à défaut, passer à une micropilule progestative (Cerazette® ou Microval®) par exemple peut être une alternative.
11. Y-a-t-il des risques similaires de thrombose avec les autres modes de contraception hormonale ?
Avec l'anneau vaginal (Nuvaring®) et le dispositif transdermique ou « patch » (Evra®) qui contiennent à la fois un estrogène et un progestatif (l'étonogestrel pour Nuvaring® et la norelgestromine pour Evra®), le risque de thrombose veineuse est similaire à celui observé avec les pilules de 3ème et 4ème génération.
Avec les contraceptions qui contiennent uniquement un progestatif comme l'implant sous-cutané (Nexplanon®), le stérilet hormonal (Mirena®) et les micropilules progestatives (Cérazette® et Microval®) il n'y a pas de sur-risque thromboembolique veineux ou artériel.
12. Existe-t-il des tests sanguins à réaliser pour vérifier si je peux continuer à prendre ma pilule sans risque ?
Avant toute prescription, puis tous les cinq ans, il est recommandé qu'un bilan biologique soit réalisé afin d'établir : les taux de cholestérol, de triglycérides et la glycémie à jeun.
Dr Katy Maury (www.lepetitjournal.com-Singapour) mardi 19 février 2013
Risque de thrombose et pilules de 3e génération : précisions du CNGOF dans un communiqué du 02/01/2013
Dossiers sur la pilule contraceptive de l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) du 23 janvier et 25 février 2013
Synthèse d'avis de l'HAS sur les contraceptifs oraux estro-progestatifs
Guide pratique des médicaments Dorosz
Katy Maury a exercé comme médecin généraliste en France. Elle est arrivée en 2011 dans la cité-Etat ou depuis, entre autre, elle s'adonne à l'écriture.

















