

Yvonne Guo et Zhiheng Png font partie de ces Singapouriens qui ont choisi de faire une partie de leurs études en France. Ils reviennent pour Lepetitjournal sur leur passage à Sciences Po et sur les spécificités de cette formation par rapport au reste de leur cursus. Une expérience à laquelle ils sont, semble-t-il, attachés, puisqu'ils sont tous les 2 membres du bureau de Sciences Po Alumni.

Yvonne Guo et Zhiheng Png sont Singapouriens et diplômés de Sciences Po.
Yvonne a accompli l'essentiel de ses études supérieures à Paris. Elle a réalisé sa troisième année d'études en Chine et sa cinquième année à l'université de St-Gall en Suisse. Elle est aujourd'hui étudiante en Doctorat à la Lee Kuan Yew School of Public Policy de NUS.
Zhiheng est passé par le campus décentralisé de Sciences Po au Havre, spécialisé sur l'Asie. Il a fait sa troisième année à Harvard et terminé sa scolarité à la London School of Economics. Il est actuellement en année de césure, travaillant pour une Start up, avant de rejoindre la Fonction Publique de Singapour.
LPJ : Comment avez-vous fait le choix d'étudier à Sciences Po ?
- Yvonne. J'ai étudié le Français dès le sixième, au collège. A Singapour, les meilleurs élèves ont la possibilité d'étudier une 3ème langue au Centre des Langues du Ministère de l'Education Nationale. J'ai fait le choix du Français. A la fin de mes études secondaires, ayant étudié la littérature française pendant mon Baccalauréat, je voulais étudier en France pour avoir une nouvelle perspective sur le monde. J'ai demandé des conseils à mes professeurs de Français, dont l'une, Mme Noreen Au, directrice du Centre des Langues, était elle-même une ancienne élève de Sciences Po. Elle m'a conseillé de postuler à Sciences Po.
- Zhiheng. A Singapour, le recrutement dans la Fonction publique se fait non pas par concours, comme c'est le cas en France, mais au travers d'un système de Bourses. Les meilleurs étudiants au baccalauréat se voient attribuer des bourses pour les études supérieures en contrepartie d'un engagement de servir l'Etat pendant au moins 6 ans. Le Gouvernement a aussi mis en place un système pour inciter les étudiants à aller étudier dans un pays non anglophone. Dans ce cas la période d'engagement de Service Public est réduite d'un an.
L'impact de la langue
LPJ : Comment s'est déroulée l'arrivée en France ?
- Yvonne. L'enseignement était en Français, ce qui a rendu les premiers mois très difficiles. Les sujets abordés, tels que l'économie et le Droit constitutionnel, étaient complètement nouveaux pour moi. Le fait de les aborder d'emblée dans une langue qui n'était pas la mienne, n'a rien arrangé. Pourtant, je m'attendais à cela. C'est justement pour cela que j'étais venue en France: pour me confronter à de nouveaux défis. Je dirai que la première année a été la plus difficile pour moi, d'autant plus que j'avais choisi des sujets difficiles, y compris l'économie avancée, l'allemand, l'espagnol et le latin. Mais pour moi c'était clair : j'étais là pour apprendre le plus de choses possible, et pas forcément pour avoir les meilleurs résultats scolaires. C'est un principe qui me tient beaucoup à cœur et qui me motive même dans ma recherche aujourd'hui.
- Zhiheng ; Mon parcours a été différent car j'ai commencé par une année d'apprentissage du Français à la Sorbonne avant de rejoindre Science Po, sur le campus du Havre. A l'époque, la moitié des enseignements au Havre étaient en Français, la moitié en Anglais. Depuis 2009, il est possible, en option, de suivre tous les cours en anglais.
LPJ : comment s'est passée votre vie en France ?
- Zhiheng. La première année, j'habitais dans une résidence universitaire à Paris, près de Port Royal. Il y avait beaucoup d'étrangers. Les échanges étaient ouverts avec les autres étudiants de toutes disciplines. Au Havre, c'est la vie de campus qui prédomine. On reste plutôt entre soi, mais l'ambiance est extraordinaire.
- Yvonne: J'ai eu la chance de rencontrer des amis français qui m'ont fait découvrir leurs pays et leur culture, et que je compte parmi mes meilleurs amis même aujourd'hui. J'ai eu l'occasion de connaître non seulement Paris mais aussi d'autres régions de la France, tels que l'Alsace, Lyon, Bordeaux, le Nord… Donc j'ai appris à apprécier la diversité du paysage culturel, politique et gastronomique français. C'est grâce à eux que, chaque fois que je reviens en France, je me sens toujours chez moi, la culture française étant devenue incontestablement ma culture adoptive.
Parmi les professeurs : Hubert Védrine et Dominique Strauss Kahn…
LPJ : Qu'est-ce qui fait l'intérêt de Sciences Po pour les Singapouriens ?
- Zhiheng. Sciences Po n'est pas vraiment une université. C'est une école dont le cursus, par nature généraliste, permet d'aborder une variété de sujets. De ce point de vue, elle est très différente des programmes « à la carte » proposés par la LSE ou Harvard, qui mettent l'accent sur des domaines d'expertise mais peuvent ne pas donner une vision suffisamment ouverte et multidisciplinaire. Par ailleurs, le Français, comme langue de la diplomatie, constitue un atout pour un Singapourien qui pense à travailler dans ce domaine.
- Yvonne. J'ai apprécié la qualité des enseignants. Parmi les professeurs les plus célèbres il y avait Hubert Védrine et Dominique Strauss Kahn qui, à l'époque, en 2007, était en pleine primaire pour les élections présidentielles et faisait dans ses cours, avec beaucoup d'humour, de constants clin d'œil à l'actualité. Sciences Po, c'est aussi la fameuse structure de l'exposé en deux parties et deux sous-parties, qu'on doit faire en dix minutes. On met beaucoup l'accent sur l'aspect formel, ce qui représente une différence importante par rapport aux études à Singapour, où les travaux écrits sont plus privilégiés que la présentation orale. Je dirai que mes cinq années d'études à Sciences Po ont été une vraie richesse pour moi. Elles m'ont développée sur le plan culturel et émotionnel autant qu'intellectuel. Mais il faut aussi avoir le courage d'apprendre de nouvelles choses et ne pas avoir peur de l'échec.
Sciences Po Alumni: terrain d'échanges entre Singapour et Paris
LPJ. Vous êtes tous les 2 membres du bureau de Sciences Po Alumni. Qu'est-ce qui fait la spécificité de cette association d'alumni par rapport à celles d'autres institutions que vous avez fréquenté, telles que Harvard ou la LSE ?
-Zhiheng. Ce qui fait sa spécificité c'est le français, le sentiment de la culture française. On n'y fait pas seulement du networking. On y organise de véritables évènements culturels et intellectuels.
Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour) jeudi 26 septembre 2013
















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