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REGARD PHOTO - Les obsessions créatrices de Florence Notté

Par Lepetitjournal Singapour | Publié le 27/01/2011 à 00:00 | Mis à jour le 14/11/2012 à 10:46

A l'occasion de la sortie de son dernier ouvrage Minimalism, une série de photographies inspirées de haïkus japonais, Florence Notté nous parle de son travail et de son regard de photographe

Florence Notté présentait récemment à Singapour son dernier ouvrage, Minimalism : une série de photographies inspirées de haïkus japonais ; une flânerie méditative où l'artiste propose son regard comme un écrin à nos propres émotions.  
Non conventionnelle, généreuse et exigeante, Florence aime d'ailleurs à brouiller les pistes : le sujet ? il importe peu, ce qui compte ce sont les lignes, les couleurs et le souvenir qui surgit. L'Asie ? Elle éprouve pour le Japon une familiarité troublante.  Son travail de photographe ?  Des obsessions créatrices d'où jaillissent des instants. Ineffables réalités qu'elle saisit dans leur nudité : traces du temps sur les êtres et les choses, reflets sur une vitre, une flaque d'eau, un rouleau de plastique...

La photo, une passion, une seconde carrière
Florence fait de la photographie depuis de longues années. Enseignante pendant longtemps, mère de 3 enfants, elle s'est tournée vers la photographie, d'abord comme une passion, puis comme la possibilité d'une seconde carrière. Elle a démarré cette activité en France puis, à partir de 2007, l'a poursuivie à Singapour. L'expatriation a-t-elle été un tremplin ? « Pas vraiment ! » répond-elle « Dans la mesure où j'avais déjà exposé à plusieurs reprises à Paris. Mais le contexte de l'étranger, celui de Singapour en particulier, a sans doute été un facilitateur. Tout y est possible. On peut travailler dans plusieurs directions sans que cela soit perçu comme dévalorisant. On n'est pas obligé d'être connu : n'importe qui, à condition de présenter un dossier de qualité, peut trouver le support d'entreprises ou de galleristes. Enfin, il y a énormément d'opportunités, même si les Singapouriens, qui  souvent considèrent l'Art comme un investissement, sont encore peu intéressés par la photographie».

Le sujet importe peu et peu importe qu'il soit beau
Profondément inspirée par la peinture, Florence s'attarde sur les détails. « Peu importe que le sujet soit beau ou non. Qu'importe même le sujet. Ce qui compte c'est l'émotion. J'ai beaucoup de goût pour l'abstrait, quand le sujet disparaît ou devient méconnaissable et que ne subsistent que les lignes, la lumière et les couleurs. La photographie, c'est vraiment l'art de jouer avec la lumière. Les couleurs racontent une histoire (...) La photo doit être le reflet d'un moment : le sourire d'une jeune fille, la goutte d'eau sur le lac. Une réalité instantanée qui fait que le moment saisi est unique, privilégié. La photo est comme le réceptacle d'un moment, d'un cadeau offert par l'instant ».

Une troublante familiarité à l'égard du Japon
Avec  son dernier ouvrage, l'artiste s'immerge dans la culture japonaise. Un pays et une culture pour lesquels elle ressent un attachement d'autant plus étonnant qu'elle n'y a jamais vécu et que l'Asie au sens large ne constitue pas une source d'inspiration privilégiée. Du Japon, elle aime la dualité : « la coexistence des temps anciens et d'une jeunesse débridée. Un mélange de grouillement et de sérénité, d'arrêt sur image ». Elle a eu un véritable coup de foudre pour cette poésie minimaliste des haïkus et a éprouvé un grand bonheur à travailler à partir de cette matière littéraire.

Deux obsessions : passage du temps et reflets
Dans ses pérégrinations de photographe,  Florence Notté peut compter sur deux grandes sources d'obsession créatrice.
La première tient au temps qui passe et à la trace qu'il laisse sur les êtres et les choses. Cette trace la touche profondément, sans doute parce qu'elle est empreinte de nostalgie et fait écho à ses propres réflexions sur la jeunesse qui passe, la vieillesse... Dans Regards croisés, elle s'attardait sur les traces de rouille. «Chaque être est à la fois victime et fort de son passé » dit-elle. «C'est la marque du temps qui suggère le passage des hommes et qui, sortant les objets de leur contexte, leur otant toute fonctionnalité, les réduit à un détail esthétique qui les magnifie ».  
La seconde est l'attention au reflet. Morcelé, cassé, le reflet offre une reconstruction du réel. Dans Urban reflects, elle laissait ainsi miroiter les images, à la manière d'un David Hockney : mise en abyme d'un paysage ou d'une tranche de vie dans le cadre d'une fenêtre, reflets d'un instant fugace saisi, hors champ, avec la complicité d'une façade. Des images en forme de kaleidoscope, où l'?il ne cherche plus à reconnaître et se laisse bercer. Une invitation, encore, à la rêverie poétique, loin du Japon, toujours simple et sereine.

Propos recueillis par Bertrand Fouquoire - Dualexpat- (www.lepetitjournal.com-Singapour) jeudi 27 janvier 2011

Plus d'informations sur le site : http://www.florencenotte.com

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