

Pierre Meslet a deux passions : le sport et l'ostéopathie. Jeune praticien français de 28 ans, fraîchement arrivé à Singapour, il a eu cet été, l'opportunité de vivre intensément ses passions en participant, comme soigneur, aux Jeux Olympiques de Londres. Un rêve devenu réalité, dont il livre dans cet entretien de touchants instantanés
Lepetitjournal.com- Vous avez participé cet été aux Jeux Olympiques de Londres, comment cette opportunité s'est-elle présentée ?
Pierre Meslet - J'ai vécu à Londres pendant 5 ans, juste avant de venir à Singapour, au mois de février dernier. J'étais à Londres pendant toutes les années, de 2007 à 2012, où la ville a préparé ces Jeux. Lorsque j'ai appris que l'on recherchait des bénévoles pour faire partie de l'équipe médicale, je me suis porté candidat. La sélection a été difficile, avec 80.000 volontaires pour 4.500 places. J'ai sans doute été retenu grâce à mon expérience de kinésithérapeute-ostéopathe, ma passion pour le sport, mais aussi parce que je parle trois langues, ce qui est important pour les athlètes.
Qu'est-ce que le fait de participer à ces JO représentait pour vous ?
C'est un rêve devenu réalité ! J'ai beaucoup pratiqué le sport moi-même en compétition, en tennis de table et en course à pied. Même si j'ai dû me résigner à ne pas faire partie de cette élite qui participe aux Jeux Olympiques, cet événement revêt une dimension qui relève pour moi du merveilleux. L'esprit des JO, son éthique, sa manière de rassembler des sportifs du monde entier, en font un événement sportif exceptionnel.
Quel était votre rôle ?
J'ai rejoint l'équipe de la polyclinique, située dans le Parc Olympique, au service des athlètes et coachs des Jeux. J'intervenais essentiellement pour des massages sportifs ou des soins après les entrainements ou les compétitions. Si les grandes équipes disposent souvent de leur propre staff médical, tous les sportifs n'ont pas cette chance. La polyclinique était ouverte pour eux de 6h à 23h. J'ai ainsi été amené à soigner des sportifs venant d'Amérique du Sud, d'Afrique et du Moyen Orient, dans des sports aussi variés que le taekwondo, l'athlétisme, le tir, le judo ou le volleyball.
Quelle était votre relation avec les sportifs que vous soigniez ?
Extraordinaire. Ce sont avant tout des sportifs de haut niveau. Ce sont des gens qui connaissent bien leur corps. Ils sont capables de dire précisément ce dont ils souffrent. Ils faisaient preuve d'énormément d'enthousiasme mais ils étaient aussi stressés. J'ai suivi les mêmes athlètes pendant 10 jours. A ce rythme on s'attache forcément. On a le souci et la fierté d'amener l'athlète à son meilleur niveau de forme le jour J. On est aussi frustré, parfois, de ne pas pouvoir le faire jusqu'au bout. Le tout premier athlète dont je me suis occupé était un jeune coureur de 100 m congolais. Je l'ai suivi pendant toute la durée de sa préparation mais j'ai été contraint de partir, à la veille des compétitions d'athlétisme, car mon contrat de 10 jours s'arrêtait à cette date. J'ai suivi sa course à la télévision. Il y a eu aussi des moments difficiles. J'ai du intervenir, comme traducteur auprès d'une spécialiste marocaine de taekwondo, pour lui expliquer que, pour elle, la compétition était finie, et qu'elle devrait subir une intervention chirurgicale. Devant la détresse de cette athlète qui voit l'objectif de tant d'efforts injustement lui échapper, j'étais désemparé.
Quand on est sportif soi-même, n'éprouve-t-on pas certaines démangeaisons ?
Oui bien sûr, cela donne envie d'être à leur place. L'ambiance est extrêmement excitante. Mais quand on voit le talent de ces athlètes et les efforts qu'ils ont produits pour arriver aux JO on ne peut qu'être impressionné.
Vous venez de vous installer en tant qu'ostéopathe à Singapour, quel a été votre parcours ?
J'ai commencé par une licence STAPS, en France et en Espagne (une année d'échange Erasmus). Je suis ensuite parti au Canada faire des études de kinésithérapie avant d'aller à Londres pour me spécialiser dans le domaine de l'ostéopathie.
Qu'est-ce que l'ostéopathie ?
C'est une thérapie manuelle. Les ostéopathes ont une approche holistique, traitant toute sorte de problèmes musculo-squelettiques du corps humain. Nous utilisons essentiellement nos mains, que ce soit sous forme de massage, d'articulations, d'étirements ou de manipulations. Le principe est d'aider le corps à récupérer en utilisant ses propres mécanismes. En France, on devient ostéopathe au terme d'une formation de six ans, dont une année en tronc commun avec la médecine. En Grande Bretagne, l'enseignement est plus condensé et centré sur la pratique : un total de quatre ans aboutissant à un Master, c'est d'ailleurs pour cela que j'ai choisi l'Angleterre.
Dans quels domaines intervenez-vous ?
J'ai un intérêt particulier pour les sportifs de haut niveau. Mais je tiens beaucoup à avoir une pratique diversifiée. En une journée, je peux traiter aussi bien des lumbagos, que des entorses de chevilles, des torticolis et autres maux chroniques. J'interviens aussi auprès des femmes enceintes et des nouveaux nés.
L'ostéopathie est-elle une pratique très répandue à Singapour ?
Pas encore, aujourd'hui nous sommes à peine 30 ostéopathes installés à Singapour. Ce nombre n'a fait qu'augmenter dans les dix dernières années et la demande en ostéopathie est croissante. Dans le cabinet que j'ai rejoint, je suis le troisième praticien.
Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com-Singapour) lundi 29 octobre 2012















