Investissements massifs, stratégie nationale, alliances internationales et arrivée des géants de la tech… En 2026, Singapour accélère sa transformation pour faire de l’intelligence artificielle le moteur de sa prochaine révolution économique. Derrière cette offensive technologique, se joue une ambition plus large : devenir l’un des centres névralgiques de l’IA mondiale. La rédaction décrypte les derniers mouvements.


En 2026, plus d’un être humain sur dix utilise désormais les outils IA. Selon une étude Microsoft le 8 janvier 2026, c’est précisément 16,3 % de la population mondiale qui a installé l’IA au cœur de son quotidien. Les économies les plus développées affichent un taux d’utilisation de 24,7 %, tandis que les pays du Sud se situent autour de 14,1 %. Dans ce paysage mondial, Singapour ne se contente pas de suivre le mouvement. La cité-État multiplie aujourd’hui les investissements, les partenariats et les expérimentations pour ancrer l’intelligence artificielle au cœur de son modèle économique.
Une stratégie nationale IA pensée sur le long terme
La trajectoire actuelle de Singapour ne relève pas de l’improvisation. Il y a six ans, le gouvernement a lancé sa première stratégie nationale consacrée à l’intelligence artificielle, avec l’objectif de préparer l’économie à exploiter pleinement ces technologies. En 2023, les autorités évoquaient déjà des “percées remarquables dans le domaine de l’IA sous la forme de nouveaux produits, de nouvelles capacités et de nouvelles interactions.”
La même année, en décembre 2023, Singapour franchit une nouvelle étape avec NAIS 2.0, la seconde version de sa stratégie nationale. Cette feuille de route vise à permettre aux entreprises comme aux citoyens de mieux comprendre l’intelligence artificielle et de s’y engager activement. Deux ambitions structurent cette politique : atteindre un haut niveau d’excellence technologique et accélérer l’adoption de ces outils par l’ensemble de la société. Dans le même temps, les autorités restent attentives aux risques liés à ces technologies. La Cyber Security Agency (CSA), surveille notamment les enjeux de protection des données et l’évolution des cybermenaces. Une grave cyberattaque a d’ailleurs touché Singapour en juillet 2025 Singapour, visant plusieurs infrastructures critiques.
L’intelligence artificielle se déploie considérablement dans la vie quotidienne des habitants. Le pays figure aujourd’hui parmi ceux où l’utilisation de ChatGPT par habitant est la plus élevée au monde. En 2024, le nombre d’utilisateurs actifs y a même doublé. Dans l’immobilier, l’agence Mogul a lancé, par exemple, début 2025 un service reposant sur l’IA et la technologie géospatiale. L’outil agit comme un agent immobilier virtuel capable de rechercher des logements, de communiquer avec les vendeurs, de prendre des rendez-vous et de réaliser des démarches administratives. Le secteur de la santé surfe aussi sur l’IA avec le National Electronic Health Record (NEHR). Ce système permet de centraliser les données médicales des patients provenant de différents prestataires de soins afin d’améliorer la coordination et le suivi des traitements.
Le budget 2026 place l’IA au cœur de l’économie
La stratégie nationale repose sur un environnement fiscal favorable, des subventions publiques et un soutien important à la recherche. Autant d’éléments qui contribuent à attirer talents et investissements internationaux. Cette ambition a été réaffirmée lors de la présentation du budget 2026 début mars 2026. À cette occasion, le Premier ministre singapourien Lawrence Wong a annoncé le lancement d’une nouvelle série de programmes nationaux dédiés à l’IA.
Ces initiatives ciblent plusieurs secteurs considérés comme stratégiques notamment la fabrication de pointe, la connectivité, la finance et la santé. Dans l’industrie, par exemple, le gouvernement souhaite accélérer l’innovation et développer des usines capables de rivaliser avec les meilleurs standards mondiaux. L’intelligence artificielle doit également permettre d’automatiser certaines opérations dans les ports et les aéroports. En guise de pilotage, “Nous allons donc créer un nouveau Conseil national de l'IA, que je présiderai, afin de fournir une orientation stratégique et de mener à bien le programme de Singapour en matière d'IA afin de transformer véritablement notre économie” a précisé Lawrence Wong.
Nous allons donc créer un nouveau Conseil national de l'IA, que je présiderai, afin de fournir une orientation stratégique et de mener à bien le programme de Singapour en matière d'IA afin de transformer véritablement notre économie
Des investissements publics importants dans la recherche
Concrètement, le gouvernement prévoit plus de 670 millions d’euros d’investissements publics dans la recherche en IA d’ici 2030. Une annonce déjà avancée fin janvier 2026 par la ministre du Développement numérique et de l’Information, Josephine Teo. Ce financement doit permettre de créer des centres de recherche de niveau international. Ces centres auront aussi pour mission de soutenir les applications industrielles de l’IA et de former. Singapour entend renforcer ses partenariats avec des chercheurs et des institutions étrangères.
La cité-État accueille plusieurs programmes scientifiques internationaux. En janvier 2022, le programme Descartes a été lancé pour développer des solutions d’intelligence artificielle dédiées aux villes intelligentes. L’initiative réunit 80 chercheurs et associe notamment le CNRS, l’Agence pour la science, la technologie et la recherche (A*STAR), la Nanyang Technological University et la National University of Singapore.
Des acteurs incontournables en IA et des collaborations internationales
La stratégie IA de Singapour attire des acteurs du secteur. La start-up française Mistral AI a notamment choisi Singapour pour établir sa première implantation en Asie. Fin 2024, l’entreprise américaine OpenAI, à l’origine de ChatGPT, avait elle aussi ouvert un bureau dans la ville, le second en Asie. Autre exemple avec le start-up argentin, Manus qui a été fondée en Chine puis relocalisée à Singapour. Elle est spécialisée dans les agents IA autonomes, capables d’exécuter des tâches multi-étapes.

Singapour renforce également ses collaborations internationales. La coopération entre la France et Singapour s’est d’ailleurs renforcée en avril 2023 avec le lancement du programme SAFARI (Singapore and France Advanced Research Initiative). Ce laboratoire commun se consacre aux applications de l’intelligence artificielle dans le domaine de la défense. Le 2 mars 2026, lors du Korea-Singapore AI Connect Summit, le président sud-coréen Lee Jae-Myung a annoncé la création d’un fonds d’investissement mondial de 300 millions de dollars à Singapour d’ici 2030. Le fonds doit soutenir les start-ups spécialisées dans l’intelligence artificielle et connecter les entreprises innovantes aux investisseurs internationaux. Dans le même temps, Séoul prévoit de lancer en 2027 un programme international de recherche sur cinq ans consacré à l’IA et aux technologies numériques…avec une coopération prioritaire avec Singapour. La cité-Etat mérite bien son surnom de “smart nation”.
Sur le même sujet
























![Quatre comédiens de la comédie [title of show] sur un fond jaune semblent chanter.](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fbackoffice.lepetitjournal.com%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2F2025-12%2F%255Btitle%2520of%2520show%255D.jpeg&w=828&q=75)
![Quatre comédiens de la comédie [title of show] sur un fond jaune semblent chanter.](/_next/image?url=https%3A%2F%2Fbackoffice.lepetitjournal.com%2Fsites%2Fdefault%2Ffiles%2F2025-12%2F%255Btitle%2520of%2520show%255D.jpeg&w=750&q=75)

