

A l'heure de la rapidité et de l'instantanéité, on vous propose un Singapour-Bangkok non pas en quelques heures mais en 3 jours, non pas en avion mais en train. Et pas n'importe quel train, l'Eastern and Oriental Express, le cousin asiatique du mythique Orient express !
Le voyage commence au Raffles
C'est un voyage qui ne commence ni dans un terminal d'aéroport impersonnel ni sur un quai de gare venté, mais au Raffles, l'hôtel mythique de Singapour. Pendant que les futurs passagers sirotent un thé dans les salons climatisés, les bagages sont étiquetés, les cartes d'embarquement distribuées. 15h, il est l'heure de monter à bord d'un minibus direction la gare de Woodlands, dans le Nord de l'île. L'Eastern and Oriental est là, le long du quai. Les 80 passagers embarquent dans les 22 voitures en livrée vert et crème.
Accompagné de Pata, le majordome thaïlandais, on découvre les lieux, une cabine de moins de 6m2 avec salle de bain modèle réduit. Un petit écrin élégant avec bois précieux, cuivres briqués et tapisseries asiatiques. Le train se met en route. C'est parti pour 2100 kilomètres à travers la Malaisie et la Thaïlande direction Bangkok. Rapidement le paysage change, les plantations d'huile de palme viennent remplacer les tours de la cité-Etat.

Après avoir pris leurs marques, certains passagers se réfugient dans leurs cabines climatisées, d'autres au contraire profitent du paysage à l'arrière du train, dans une cabine ouverte. On y croise des Américains, des Anglais, des Australiens, des Russes, des Belges, quelques Français aussi. Des jeunes et des moins jeunes. Certains sont en voyage de noce, d'autres fêtent un anniversaire ou une date importante, mais tous partagent la volonté de voyager autrement. « Voyager en train pendant 3 jours sans avoir accès à internet permet de se déconnecter de la réalité et c'est précisément ce que recherchent nos clients » explique Nicolas Pillet, le directeur général du train.
Voyager en train, c'est aussi plonger dans une certaine splendeur des voyages d'antan. Mais à la différence de son cousin le Venise Simplon Orient Express (VSOE) qui traversait réellement l'Europe dès le XIXè siècle, l'Eastern and Oriental, lui, ne circule à travers l'Asie du Sud-Est que depuis les années 1990. Ce projet, on le doit à James Sherwood, milliardaire américain qui a relancé la mode des trains de luxe et qui, dès 1977, décide de faire revivre le mythique Orient-Express. L'Américain rachète ensuite un train construit par les Japonais en 1970 puis en confie la décoration au Français Gérard Gallet. Un « relookage » dans l'esprit du VSOE tout en utilisant des matériaux asiatiques.
Un train de légende qui n'en est pas tout à fait un mais, qu'importe, les voyageurs, eux, croient au mythe d'un voyage au parfum colonial et glamour.
Prendre le temps et déguster
Si, côté passagers, on fait l'éloge de la lenteur, en cuisine en revanche on s'active déjà pour le premier service du diner à 18h30. Le maestro des fourneaux, c'est le Français Yannis Martineau, aussi à l'aise sur les rails que sur l'eau puisqu'il a travaillé à bord de l'Orient Express mais aussi sur le bateau de croisière reliant Mandalay à Bagan en Birmanie. Depuis 8 ans, il travaille à bord de l'Eastern and Oriental Express et dans sa cuisine de poche, de 12m2, midi et soir, il cuisine avec sa brigade de 6 personnes un menu gastronomique pour 80 convives. Une cuisine occidentale sous influence asiatique. « Je travaille à partir des grands classiques des pays asiatiques que nous traversons, je prends les herbes et les épices qui les composent et je les intègre ensuite dans des plats européens » explique le chef. Ses principaux défis : l'organisation et la logistique. « Tous les légumes arrivent nettoyés et les viandes piécées » poursuit-il. Mais dans ses cuisines sur rail et malgré les contraintes, Yannis Martineau ne se refuse rien. « Nous avons même réalisé un gâteau de mariage sur une demande d'un client », affirme t-il non sans fierté.
Pendant que le chef apporte la dernière touche à sa soupe de fenouil et espuma de tom-yam, dans les voitures restaurant, les tables sont dressées de blanc, de cristal, d'argenterie et de porcelaine fine. Les premiers convives arrivent. Le « dress-code » est bien respecté : robe pour les femmes et costumes cravates pour les hommes. Tout le monde joue le jeu.

Après le diner, la soirée se prolonge au wagon bar, autour de Peter, le pianiste du train, qui joue aussi longtemps que les passagers l'y encouragent.
La nuit est courte et agitée par les soubresauts du train. Mais le lendemain pas question de faire la grasse matinée, le train s'arrête en gare de Kuala Kangsar, l'occasion de découvrir l'une des plus imposantes mosquées de Malaisie et de se dégourdir les jambes dans cette petite ville endormie. Mais vite il faut regagner le train. Au fil des étapes, les langues se délient. On fait connaissance tout en admirant le paysage.
Le pont de la rivière Kwai, puis Bangkok
Le lendemain, pour la dernière étape du voyage, le train s'arrête vers le pont de la rivière Kwai. Le temps de quelques heures, les passagers s'extirpent du luxe et de l'insouciance de la vie à bord pour se plonger dans une page sombre de l'histoire de la seconde guerre mondiale en Asie marquée par l'occupation japonaise. Après une visite au musée qui retrace l'histoire de cette « voie ferrée de la mort », une ligne de chemin de fer de 415 kilomètres entre Bangkok et Yangoun, la capitale birmane, construite par l'Empire du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, on se recueille au cimetière sur les tombes des prisonniers de guerre britanniques, australiens néozélandais, forcés de travailler sur la construction du chemin de fer. Pas de quoi gâcher pour autant la journée des voyageurs, qui regagnent rapidement les cabines climatisées du train. Il ne faudrait pas être en retard pour le dernier déjeuner du séjour. Le voyage touche à sa fin, Yannis Martineau passe de table en table, félicité par les voyageurs aux papilles émoustillées.
En attendant l'arrivée à Bangkok retardée par un problème technique, on échange les emails, on promet qu'on se reverra entre Hong-Kong, Londres, Bangkok ou Singapour. On boit un dernier verre pour fêter ce voyage si particulier. En début de soirée, le train rentre en gare de Bangkok. Terminus tout le monde descend. Déjà ?
Marion Zipfel (www.lepetitjournal.com/singapour) lundi 12 décembre 2016 - L'article est paru dans le magazine SINGAPOUR n°8 - Coté Mer ( consulter les adresses où vous pouvez trouver un exemplaire gratuit du magazine)
Pour voir les différents voyages en train à bord de l'Eastern and Oriental Express - http://www.belmond.com/eastern-and-oriental-express/
















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