Deux œuvres monumentales de l'artiste français Cyril Lancelin sont à découvrir à Marina Bay dans le cadre du festival i Light Singapore 2026, jusqu'au 28 juin. Architecte de formation devenu figure de l’art urbain contemporain, il expose ses créations immersives à travers le monde, de Shanghai à Miami. Pour Lepetitjournal.com, Cyril Lancelin revient sur son parcours, son approche de l'espace public et la manière dont ses installations invitent les visiteurs à interagir avec la ville. Rencontre avec un artiste qui transforme l'espace urbain en lieu d'innovation et de dialogue.


Votre regard sur Singapour a-t-il évolué entre votre première rencontre et aujourd’hui? Qu'est-ce qui distingue Singapour des autres métropoles où vous avez travaillé ?
J'ai découvert Singapour il y a plusieurs années lors de mon projet Remember your Dreams commissionné par Porsche. Ce qui m'a toujours frappé, c'est la manière dont la ville réussit à faire coexister une densité urbaine extrêmement forte avec une présence permanente de la nature. Peu de métropoles parviennent à créer un tel équilibre.
Mon regard n'a pas vraiment changé, mais il s'est approfondi. À chaque visite, je découvre une ville qui continue à évoluer tout en conservant une identité très forte. Singapour possède une relation particulière à l'innovation, au design et à l'espace public. Les habitants ont une véritable curiosité pour les propositions artistiques contemporaines, ce qui est toujours très stimulant pour un artiste. I Light Singapore apporte chaque année des expériences incroyables pour le public.

Comment avez-vous travaillé pour créer les œuvres exposées au festival I Light Singapore?
Le point de départ est souvent le même dans mon travail : une forme géométrique simple que je cherche à faire évoluer jusqu'à ce qu'elle crée une expérience spatiale et émotionnelle. Pour ces projets, je voulais créer des œuvres qui dialoguent avec l'architecture spectaculaire de Singapour tout en apportant une présence organique et poétique.
Je suis intéressé par le moment où une forme très rationnelle devient soudainement vivante dans le regard du visiteur. Cube Graphics a une inspiration plus architecturale alors que Arch Flowers est plus florale.
Je considère la lumière comme un matériau à part entière

Vous travaillez beaucoup avec la lumière, la considérez-vous comme un matériau à part entière ou comme un moyen de révéler autre chose ?
Je considère la lumière comme un matériau à part entière. Comme une couleur, une texture ou une matière physique. Mais c'est aussi un révélateur.
La lumière permet de transformer notre perception d'un objet ou d'un espace. Elle peut rendre une structure légère alors qu'elle est imposante, ou au contraire lui donner une présence presque monumentale. Ce qui m'intéresse, c'est cette capacité à modifier notre lecture de l'espace.
Pensez-vous que le public regarde différemment une œuvre lumineuse qu'une sculpture ou une peinture ?
Oui, probablement. Une œuvre lumineuse agit souvent de manière plus immédiate. Elle attire naturellement le regard et modifie l'environnement qui l'entoure.
Mais au-delà de cet impact initial, j'espère que les visiteurs prennent le temps d'observer la structure, les rythmes, les répétitions et les relations entre les formes. L'œuvre ne se résume jamais à son effet lumineux. Ces deux œuvres fonctionnent également avec la lumière naturelle.
Une œuvre dans l'espace public doit dialoguer avec l'architecture, les flux, les usages et les habitudes de la ville
Vous êtes architecte de formation. Vous intervenez souvent dans l'espace public. Qu'est-ce qui vous attire dans ce contexte plutôt que dans le cadre plus contrôlé du musée ou de la galerie ? L'espace public est un lieu de rencontre imprévisible. Les visiteurs ne viennent pas forcément chercher de l'art. Ils peuvent découvrir l'œuvre par hasard.
Cette confrontation avec un public extrêmement varié m'intéresse beaucoup. Une œuvre dans l'espace public doit dialoguer avec l'architecture, les flux, les usages et les habitudes de la ville. Elle devient une partie temporaire du paysage urbain. J'expose régulièrement dans des centres commerciaux, bureaux, hôtels, aéroports; ce sont des sites très intéressants également.
Une œuvre installée dans la rue doit-elle être immédiatement accessible ? Pouvez-vous nous donner des clefs pour comprendre et interagir avec vos œuvres?
Je pense qu'une œuvre doit être accueillante, mais pas nécessairement explicite. Je ne cherche pas à imposer une lecture unique. Chacun peut y projeter sa propre expérience. La meilleure manière d'interagir avec mes œuvres est simplement de les parcourir, de les contourner, d'observer comment elles modifient l'espace et comment elles changent selon le point de vue.
Les réseaux sociaux ont évidemment transformé notre manière d'interagir avec les œuvres

Avez-vous l'impression que les habitants s'approprient réellement ces installations temporaires et pensez-vous que les réseaux sociaux ont modifié la manière dont les visiteurs interagissent avec les œuvres?
Oui, les habitants se les approprient souvent très rapidement. C'est même l'une des plus belles réussites d'une installation dans l'espace public. Les réseaux sociaux ont évidemment transformé notre manière d'interagir avec les œuvres. Ils permettent une diffusion extraordinaire, mais ils modifient aussi parfois le rapport au temps et à l'observation. Une photographie peut être une porte d'entrée, mais elle ne remplacera jamais l'expérience physique de l'œuvre.
En revanche, ils permettent de diffuser des images variées d'une sculpture sous l'angle créatif de différentes personnes. Cela apporte une grande diversité sur la lecture d'une œuvre. C'est un dialogue qui s'instaure entre le public, le projet artistique et l'artiste.
Craignez-vous parfois que certaines œuvres deviennent avant tout des décors photographiques ?
C'est un risque, mais ce n'est pas forcément un problème. Une image peut donner envie de découvrir une œuvre. Ce qui m'importe, c'est que l'expérience réelle offre davantage que la photographie. Mes installations sont conçues pour être vécues physiquement. La relation au corps, à l'échelle et au déplacement ne peut pas être capturée entièrement dans une image ou une vidéo.
Lorsque les visiteurs quitteront votre installation ce soir, quelle question aimeriez-vous qu'ils continuent à se poser ?
J'aimerais simplement qu'ils regardent leur environnement différemment. Si une œuvre peut modifier, même brièvement, notre perception de l'espace, alors elle continue d'exister après la visite.
Je suis fasciné, par exemple, par Gardens by the Bay.
Si vous deviez résumer Singapour en une forme géométrique, laquelle choisiriez-vous ?
Je choisirais probablement une sphère composée d'une multitude d'éléments connectés. Une forme à la fois très simple et extrêmement complexe, comme Singapour elle-même : compacte, dense, organisée, mais toujours en mouvement.
Quel est l'endroit de Singapour où vous aimeriez installer une œuvre ?
J'aimerais beaucoup réaliser une installation qui dialogue directement avec la végétation et les jardins de la ville.
La rencontre entre mes structures géométriques et l'environnement naturel produit souvent des contrastes intéressants. J'ai exposé une sculpture immersive en 2025 au jardin botanique de New York (NYBG), pour cette occasion, nous avions planté des fleurs en résonance avec l'œuvre. Singapour offre des opportunités uniques dans ce domaine. Je suis fasciné, par exemple, par Gardens by the Bay.
Pour découvrir le travail de Cyril Lancelin, rendez-vous au festival i Light Singapore et sur son site town.and.concrete
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