Édition internationale

Raconte-moi Singapour en un objet… L’ananas

Dans cette série, Lepetitjournal.com vous invite à dessiner un portrait de Singapour à travers des objets emblématiques qui racontent l’histoire de la cité-État autant que le quotidien de ses habitants. A l’occasion des 60 ans des relations diplomatiques entre Singapour et la France, laissez-vous surprendre par ces objets qui ont tant à nous dire sur Singapour…

un ananas à singapour un ananas à singapour
Photo: Alizée Marchand
Écrit par Marie-Aude Brochec
Publié le 10 juin 2026

 

Il est l’ingrédient phare du dessert le plus emblématique de Singapour, la pineapple tart. Il serait porte bonheur et a fait la fortune de plusieurs familles singapouriennes au début du 20ème siècle. Son nom en français vient de nana en Guarani-Tupi, langue parlée par l’un des plus grands groupes indigènes du Brésil. Les Espagnols, eux, lui ont trouvé une ressemblance avec une pomme de pin, piña, qui a donné plus tard le mot anglais pineapple. Lepetitjournal.com vous raconte pourquoi il est devenu un symbole aussi puissant dans la cité-État.

 

 

Affiche  de promotion des produits des colonies britanniques commandée par Empire Marketing Board.
Affiche  de promotion des produits des colonies britanniques commandée par Empire Marketing Board.

 

 

L’ananas, fruit porte-bonheur à Singapour

Dans 80 % des langues du monde, il s’appelle ananas, mais ce qui compte ici, c’est son nom en hokkien, le dialecte du sud de la Chine parlé par une majorité de Singapouriens d’origine chinoise. Il s’appelle “ong lai”, ce qui veut aussi dire : “la fortune vient”.

Dans la culture chinoise, beaucoup de symboles sont des porte-bonheur, car leur nom se prononce comme un autre mot. Par exemple, la chauve-souris est un homophone de “fu”, la bonne fortune. Le vase est un homophone de “ping”, la paix. Le chiffre 9 est un homophone de “jiŭ”, l’éternité.

Un homophone est un mot qui se prononce comme un autre. Par exemple : vers, vert, verre, ver, vair (oui, oui, rappelez-vous le soulier de vair de Cendrillon !) ou sans, cent, sang, sent, s’en !

Grâce à sa sonorité proche de “fortune”, l’ananas occupe une place de choix dans les rituels et le quotidien à Singapour : offert lors de l’ouverture d’un commerce, placé à l’entrée d’une maison au Nouvel An chinois, présent dans les offrandes religieuses, utilisé par les entreprises dans leurs logos…

Rouler un ananas sur le sol lors de l’inauguration d’un lieu va symboliquement permettre de “faire entrer la fortune” ! En mai 2025, après rénovation, la rotonde du National Museum de Singapour a rouvert au public. La directrice du musée, Mme Chung May Khuen, a alors longuement roulé un ananas enrubané sur le sol pour attirer la chance et la prospérité, sous les hourras des personnes présentes.

 

 


 

Quand Singapour bâtissait sa fortune sur un fruit

L’ananas porte bonheur et une véritable industrie s’est développée autour de lui, faisant la fortune de Singapour au début du XXe siècle. Les Bugis sont très probablement les premiers à avoir cultivé l’ananas dans le sud de Singapour ainsi que sur les îles de Sentosa et Lazarus, selon Michael Yeo, professeur d’histoire à la Nanyang Technological University.

Mais la grande épopée de l’industrie de l’ananas débute vraiment à la fin du XIXe siècle grâce à des entrepreneurs… français ! Un certain Laurent (probablement Jules Antoine de son prénom) apparaît dans les sources officielles comme le premier à commercialiser des conserves d’ananas en 1875. Son entreprise périclite rapidement, mais un autre Français prend sa suite : Joseph Pierre Bastiani, ancien marin des Messageries Maritimes.

Il exporte ses produits majoritairement vers l’Europe, mais s’intéresse aussi à l’Australie, comme l’atteste sa présence à l’Exposition internationale de Melbourne en 1880. En plus de l’ananas, il se lance dans l’import de produits français tels que pâtés, fromages et sardines.

En 1902, lorsqu’il prend sa retraite et décide de rentrer à Nice, la conserverie Bastiani est l’une des cinq principales usines de Singapour. À la même époque, un autre Français, Alfred Clouët, lance Ayam Brand, que nous trouvons encore aujourd’hui dans les rayons de nos supermarchés singapouriens. Découvrez l’histoire de cette entreprise ici.

Au début du XXe siècle, c’est l’âge d’or : Singapour et Johor deviennent les capitales de l’ananas en conserve, exporté massivement vers l’Occident. Les entrepreneurs chinois se lancent dans la plantation massive d’hévéas, mais il faut attendre que les arbres arrivent à maturité.

C’est un manque à gagner important, alors des ananas sont plantés entre les hévéas, assurant un rendement intéressant. La main-d’œuvre est abondante et bon marché. Toutes les conditions sont réunies pour que l’ananas en conserve soit un formidable levier de succès économique.

Vous connaissez probablement Lim Nee Soon (Yishun) et Tan Kah Kee, car des stations de MRT portent leurs noms, mais sachez qu’ils étaient (entre autres) des rois de l’ananas !

 

 

 

Nouvel An Chinois à Singapour: régalez-vous, cela porte bonheur!

A Singapour et en Malaisie, l’ananas est indissociable du Nouvel An Chinois où il est consommé sous forme d’une petite pâtisserie emblématique : la pineapple tart. Il existe deux variétés: des petites boules fourrées à l’ananas ou des tartelettes.

 

Deux styles, ouverte ou fermée, quelle est votre pineapple tart préférée?
Deux styles, ouverte ou fermée, quelle est votre pineapple tart préférée?

 

Retrouvez une délicieuse recette ici, sur le blog Minute Papillote animé par Hélène, chef expat’ qui a partagé ses secrets avec la communauté francophone de Singapour pendant plusieurs années avant de voguer vers d’autres contrées.

Ces jolies pâtisseries sont consommées par milliers pendant les festivités du Nouvel An.  Elles symbolisent la réussite commerciale, l’abondance et la richesse que chaque membre de la famille appelle de ses vœux. Lepetitjournal.com vous donne ses adresses préférées. Attention, parfois, elles ne sont disponibles que pendant le Nouvel An Lunaire:

  • TigerMom Kitchen,  Homemade Pineapple Tarts, commandes via messagerie Instagram. 
  • Chu and Co,  Pineapple Balls, faites avec du beurre salé français…à Serangoon Garden!
  • Joyus Pastries,  Pineapple Tarts, au pied d’un HDB à Ang Mo Kio. WhatsApp: +65 9618 1238
  • Rebel with a heart, pâtisserie contemporaine qui propose une délicieuse version revisitée Yuzu-Pineapple! https://www.rebelwithaheart.com/

 

Comme souvent, raconter Singapour c’est raconter le métissage culturel, la réussite économique et la gastronomie. Alors, décorez votre maison, montez une entreprise ou dégustez ce fruit. Si l’ananas vous accompagne, il devrait vous porter bonheur, Singapour en est la preuve!

 

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