

les députés Gwenegan Bui et Jean Jacques Guillet ont été chargés par la Commission des Affaires Etrangères de l'Assemblée Nationale de réaliser un rapport sur l'Asie du Sud-Est. Ils étaient à Singapour les 15 et 16 septembre. L'occasion, dans l'entretien qu'ils ont accordé au petitjournal.com, de revenir sur les enjeux de la diplomatie économique dans une région dont le potentiel justifie que la France y renforce sa présence.

Jean Jacques Guillet est député UMP des Hauts de Seine depuis 1993 et maire de Chaville. Il est aussi Conseiller Général et Président du groupe parlementaire France-Malaisie.
Comment se déroule cette mission d'étude sur l'Asie du Sud-Est dont vous avez été chargés ?
Gwenegan Bui ? Notre déplacement en Asie a été précédé par 6 mois de travail en France au cours desquels nous avons rencontré un certain nombre d'intellectuels, d'experts et chefs d'entreprise. Nous nous sommes particulièrement intéressés à l'Indonésie, à Singapour et au Vietnam, pays avec lesquels la France a signé un partenariat stratégique. Cette mission a été l'occasion d'étudier les forces et les faiblesses de ces relations afin d'évaluer la situation dans une perspective de renforcement des échanges économiques, culturels et stratégiques, mais aussi en termes de lien avec la communauté française.
Jean Jacques Guillet ? Il s'agissait avec ce déplacement de vérifier nos intuitions. Notre visite de 7 jours nous a conduit à Medan (Sumatra) pendant 2 jours, nous sommes actuellement à Singapour et repartons ensuite à Jakarta.
Pour quelles raisons la commission des Affaires Etrangères de l'Assemblée Nationale a-t-elle choisi de porter l'attention sur l'Asie du Sud-Est ?
GB ? La France regarde naturellement vers l'Afrique, le Proche-Orient et l'Ukraine, si bien que notre regard ne se porte pas assez sur d'autres régions à fort potentiel. En conséquence, il s'agit avec cette mission en Asie du Sud-Est de défricher des sujets qui présentent un potentiel économique important, de nouer des relations plus étroites entre nos Etats et nos peuples, mais aussi d'évaluer la situation en mer de Chine et la réalité des risques.
Quels sont les enjeux de cette étude ?
JJG ? Nous constatons que la région est victime d'un certain désintérêt en France. Cette situation remonte à la la crise asiatique. On a tendance, en France, à polariser l'attention sur la Chine. Il nous semble qu'il est important de se préoccuper de l'ASEAN, dans laquelle la France a une présence historique et une bonne connaissance de la région. L'Asie du Sud-Est est couverte par de nombreux accords de partenariat, certains très anciens comme celui du Mekong.
Il faut faire revivre la présence française dans la zone. Sur le plan politique, François Fillon s'est rendu en Indonésie et au Cambodge en 2011. Jean-Marc Ayrault est venu en Indonésie et à Singapour en 2012.
GB ? C'est la présence politique qui détermine l'économie. La France est capable d'avoir une présence dans la zone. Elle a un partenariat important avec Singapour comme avec le Vietnam. Il faut reprendre pied politiquement dans la région. Il faut faire progresser le commerce international français. Il est important que les Français à l'étranger réagissent en Français et qu'ils chassent en meute. Il ne faut pas laisser les ressortissants français sans lien avec la métropole. Il faut aider les Français qui sont à l'étranger. En retour, il faut que ces derniers soient conscients des responsabilités qu'ils ont vis-à-vis de la métropole et qu'ils nous aident à faire progresser nos entreprises au quotidien.
JJG ? Il est important de voir comment réagissent les chefs d'entreprise. On peut recommander que soient désignés des chefs de file parmi les grands groupes qui protègent les autres.
En ce qui concerne l'Indonésie, un récent rapport du Sénat mentionne la diminution très forte ? de 450 à 150 ? du nombre des entreprises françaises en 15 ans.
JJG ? La situation en Indonésie est largement liée à la crise asiatique et au contexte du pays. La crise asiatique a entrainé une rétratation de 13 % de l'économie en un an. Cela a marqué un très fort temps d'arrêt dans le développement du pays. Ne sont restés sur place que les grands groupes. Il ne faut pas non plus oublier que l'Indonésie est restée longtemps sous embargo de l'Union Européenne en raison de la question du Timor oriental. Aujourd'hui il est essentiel de faire revenir les entreprises françaises. Il y a sur place un potentiel économique très important.
Quelle place Singapour peut-elle jouer dans ce déploiement de la présence française dans la région ?
JJG ? J'ai coutume de dire que Singapour est sans doute la porte de la zone, mais est-ce la clé ? Singapour occupe une place essentielle dans la zone. Est-elle incontournable ? Il n'y a pas de certitude. Les pays de l'ASEAN ont des histoires différentes. Il n'est pas nécessairement pertinent d'être à Singapour.
Il est intéressant de revenir sur l'aspect bi-partisan de votre travail. L'international est-il un espace de consensus ?
JJG ? L'international n'est pas le seul domaine dans lequel on peut réaliser un travail bi-partisan. J'ai, par exemple, réalisé avec François Rutil un rapport sur le paquet énergie-climat. Mais c'est vrai qu'il existe globalement une forme de consensus dans le domaine des Affaires Etrangères. La structure de la diplomatie ne change pas fondamentalement avec les alternances politiques.
GB ? Je remarque que le fait de se présenter ainsi à l'étranger, dans une approche bi-partisane, renforce énormément le crédit de la démarche auprès de nos interlocuteurs. Le fait que des personnes issues de différentes famille politiques parlent d'une seule voix souligne le caractère stratégique des sujets abordés.
Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour) lundi 29 septembre 2014



















