

Alors que demain s'ouvre le Festival du film français d'animation organisé par l'Alliance française, cette seconde édition, comme l'ensemble des films présentés à Singapour, tombe sur le couperet de Dame censure. En effet, le troisième opus de Michel Ocelot, Kirikou et les hommes et les femmes en ouverture du festival, est interdit aux moins de 16 ans ainsi que le Tableau et Couleur de peau : miel.
Cette deuxième édition s'annonçait prometteuse pour le jeune public avec une programmation riche faisant la part belle aux nouveautés mais l'autorité chargée de la censure, Media Development Authority (MDA) a appliqué sans états d'âmes les habituels « guidelines ».
Trois dessins animés sur les cinq proposés sont soumis au rating NC 16, ce qui signifie que ne peut être accepté que le public de plus de 16 ans. La négociation menée jusqu'au dernier moment par les responsables de l'Alliance française et appuyée par l'Institut français de Singapour n'a pu faire évoluer ce choix.
La raison invoquée pour ces trois films est la nudité (les seins dans Kirikou, un tableau de Modigliani dans le Tableau, certains enfants dévêtus dans Couleur de peau).
Des règles strictes et générales
Singapour a établi des directives strictes en matière de contenu "explicite" dans toutes formes de médias que ce soit la presse, le cinéma, la télévision ou les jeux vidéo. Le MDA examine rigoureusement chaque production et se montre particulièrement vigilant quand il s'agit des thématiques touchant les m?urs sociales, l'intérêt national et l''harmonie raciale / religieuse. Un panel de chaque représentant de la société civile singapourienne est sollicité pour valider les choix.
Interdire un film d'animation sur les contes africains au jeune public pose évidemment question? Les autorités affirment que "la censure est un élément nécessaire, faisant partie intégrante de la société singapourienne tout simplement parce que la population en général est encore largement conservatrice et de tels contenus controversés seraient trop difficile à gérer".
Ainsi, ce qui semble se dessiner, c'est une plus grande tolérance aux scènes de violence ou d'horreur. Dernièrement, par exemple, le film The Last exorcisme Part II de Daniel Stamm est interdit aux moins de 13 ans contre moins de 16 ans en France. En revanche, la vision d'un sein, même partielle, reste taboue !
La protection de la jeunesse pourrait être le seul raisonnement qui tient la route car le jeune public est facilement influençable et par conséquent, il serait nécessaire de veiller sur lui. Ce rôle appartient-il réellement aux autorités de censure ?
Singapour, loin d'être une exception
"Kirikou n'a pas accès aux pays où la foi religieuse interdit la nudité, comme les États-Unis, où le puritanisme impose la loi du "cachez ce sein que je ne saurai voir". Je crois que Kirikou restera encore pour longtemps une ?uvre marginale pour le public américain et évidemment pour celui des pays du Moyen-Orient. Les films de Kirikou ne sont pas faciles à exporter. Mais nous avons cependant pu les faire découvrir aux spectateurs d'Amérique latine, de certaines parties du territoire Européen, de la Corée, du Japon? En tout, cela représente une quarantaine de territoires" confiait récemment Didier Brunner, producteur des films de Michel Ocelot.
En effet, le premier opus de Kirikou aurait pu connaître un succès mondial sans la censure qu'il a subie aux États-Unis. Même raison retenue qu'à Singapour, la nudité. Seule différence, il a été interdit aux moins de 18 ans. Le film censuré en Grande-Bretagne, n'a pu être distribué qu'au milieu de l'année 2003.
Pourtant, Kirikou et la Sorcière a remporté de nombreux prix. En France, il a reçu le Grand prix du meilleur long métrage d'animation au Festival international du film d'animation d'Annecy en 1999. À l'étranger, Kirikou fut primé dans de nombreux festivals internationaux consacrés au film d'animation en général ou aux films pour la jeunesse, en Europe, en Amérique, en Afrique et en Asie.
Le DVD du premier opus est devenu un best-seller. La musique de Dibango et les chansons de Youssou N'dour le Sénégalais et de Rokia Traoré la Malienne sont dans toutes les mémoires et aujourd'hui encore dans les cours des maternelles françaises. Kirikou l'enfant nu, l'enfant noir. Enfant mais pas naïf, petit mais pas craintif, il pense à chaque fois, puis il fonce dans le tas.
Du roman au matériel scolaire en passant par l'essai psychanalytique, l'histoire de cet enfant "petit mais vaillant" alimente la curiosité, l'ouverture sur l'Afrique mais aussi vers la capacité à se remettre en question et la construction de soi, le désir de s'affirmer et de comprendre le monde des adultes.
Toutes choses essentielles que Dame censure n'a pas su voir. Dommage?
Carole Chomat (www.lepetitjournal.com-Singapour) jeudi 11 avril 2013
















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