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CRITIQUE - A horse, a horse, my kingdom for a horse

Écrit par Lepetitjournal Singapour
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

 

Depuis quelques jours, la mise en scène de Sam Mendes de l'une des plus grandes tragédies de Shakespeare, Richard III, a enchanté le public de l'Esplanade et pour cause

Pour qui n'a jamais vu une pièce de William Shakespeare mise en scène, commencer par Richard III est un vrai régal. On y retrouve tous les ingrédients qui font que l'écriture du dramaturge anglais est toujours aussi haletante. Une marque de fabrique élisabéthaine : les meurtres. Alors que le théâtre classique français sevrait son spectateur de toutes les obscénités, par souci de ne pas choquer le spectateur, de l'autre côté de la Manche, empoissonnement et assassinats foisonnaient. Et c'est le cas avec Richard III. Homme qui se distingue par une laideur tant physique que moral, il ne recule devant aucune horreur pour éliminer tous ceux qui se mettraient sur sa route. Destination : le trône des Plantagenêts ! Héritiers, conseillers, femmes, enfants, vieux, jeunes. Tout le monde, pour peu qu'il puisse représenter un obstacle, fini poignardé, décapité dans la Tour de Londres. Sam Mendes épargne les effusions d'hémoglobine ; sa mise en scène est plutôt sobre. Quelques effets : un carré de lumière au sol, une lumière rouge qui descend des cintres, une découpe de lumière sur une des portes. L'exécuteur des basses oeuvres n'aura qu'à passer la main devant le visage du condamné pour signifier le meurtre. Simple. Efficace. Au suivant !

Du grand spectacle?


Disons le tout de suite : The Bridge Project est une réussite. Du grand spectacle, dans le meilleur sens qui soit ! Sam Mendes livre là une mise en scène sobre et juste. Un décor simple : un parquet, des portes alignées les unes à côté des autres pour seuls murs. Les entrées et les sorties des personnages se feront par là, donnant une grande fluidité à tous les allers et retours. Parce qu'il y a une gageure à mettre en scène, aujourd'hui, cette tragédie de Shakespeare qui ne cesse de changer de lieu, jouant parfois sur la simultanéité des scènes proposées. En son temps, le théâtre élisabéthain avait réglé le problème : l'absence de décor permettait de passer rapidement d'un espace à un autre, pour cela il fallait "simplement" compter sur l'imagination du spectateur. C'est pourquoi, à certains moments, on peut trouver le décor un peu redondant, pris au piège d'une obligation de signifier absolument des scènes aux spectateurs. Cela donne alors lieu à des installations éphémères de décors (comme le QG de campagne pour quelques instants). Par ailleurs, la scénographie est judicieuse, notamment dès qu'il s'agit de mettre en avant le personnage de Richard III. Le portrait géant en fond de scène, au moment du couronnement. Le jeu avec l'écran vidéo sur lequel apparaît le futur roi en prière : le gros plan sur le visage de Kevin Spacey envahit tout l'espace. Enfin, la mort de Richard III. Ce champ de bataille où on le voit pousser son célèbre "A horse, a horse, my kingdom for a horse" ! Pendant les trois heures et demie de la pièce, on attend presque tous cette réplique. De la manière dont elle sera dite dépend quasiment la réussite de la pièce. Et là, même si on peut redire à l'aspect criard du passage dans lequel elle est dite, la réplique fait une nouvelle fois mouche. Il n'en sera rien, il n'aura pas son cheval. Richard III meurt ! Et son corps sera pendu par les pieds au milieu de la scène : effet garanti.

Richard III ou Kevin Spacey?

Enfin, on peut toujours se demander ce qui a prévalu à la présence du public dans la salle ? Voir Kevin Spacey, et ainsi céder à l'envie de voir un des grands acteurs hollywoodiens sur un plateau de théâtre. Ou, voir Richard III, et ainsi assister à une des grandes pièces du répertoire anglais. Dans les deux cas, il fallait y être car Kevin Spacey a livré une très belle performance de comédien dans ce rôle si exigeant. Le personnage de Shakespeare est un monstre, boiteux et bossu. Il est omniprésent dans toute la pièce. C'est toujours un défi à relever : allier tant de cruauté et de bouffonnerie n'est pas évident ! Sam Mendes trouve la mise en scène juste pour mettre en relief le talent de son comédien. Jusqu'à ce passage vidéo évoqué plus haut, où le futur Richard III est "surpris" en train de prier. C'est moderne, c'est une trouvaille ingénieuse qui permet de voir le facétieux Spacey à l'oeuvre, gros plan sur son visage faussement étonné. Un grand comédien, un vrai plaisir à voir. La salle ne s'y est pas trompée qui l'a ovationné au moment du salut.

Rendez-vous est pris pour l'année prochaine, monsieur Mendes?

Olivier Massis (www.lepetitjournal.com-Singapour) mardi 29 novembre 2011


logofbsingapour
Publié le 29 novembre 2011, mis à jour le 5 janvier 2018
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