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Shanghai : quand les retraités valsent contre la solitude

À Shanghai, certains matins commencent sur une piste de danse. Dès six heures, des retraités entrent dans des salles au décor d’un autre temps, enlèvent leurs manteaux, ajustent leurs chaussures, et prennent place sur le parquet. Pour beaucoup, ces heures passées à danser sont une manière de structurer leur vie après la retraite.

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Écrit par Zoé Auclair-Boissonnat
Publié le 9 janvier 2026, mis à jour le 12 janvier 2026

Vieillir à l’écart en Chine

La Chine compte aujourd’hui plus de 280 millions de personnes âgées de plus de 60 ans. À Shanghai, beaucoup de retraités vivent seuls, tandis que leurs enfants travaillent loin et que les anciens réseaux de voisinage se sont effacés. La retraite marque souvent une rupture brutale : perte de rythme, de statut, de relations quotidiennes.

Lin Guang, 66 ans, explique s’être senti très seul chez lui après avoir quitté la vie professionnelle. Il raconte que ses journées lui semblaient soudainement vides, sans véritable repère. Comme lui, nombreux sont ceux qui décrivent un sentiment de vide après la retraite, dans une société où l’identité reste fortement liée au travail.

C’est dans ce contexte que, chaque jour dès six heures du matin, des salles de danse ouvrent leurs portes à une clientèle majoritairement âgée. Foxtrot, rumba, polka et valse remplacent alors le silence des appartements.

Le retour des rendez-vous à Shanghai

Dans ces salles, Lin Guang dit se sentir plus jeune et retrouver une énergie qu’il pensait avoir perdue. Pour beaucoup, la danse permet de regagner confiance, stabilité émotionnelle et motivation.

Les lieux, comme le célèbre Paramount Ballroom, renforcent cette expérience. Derrière leurs portes en laiton, les lustres, les moulures art déco et les orchestres de jazz recréent l’atmosphère du Shanghai cosmopolite d’avant-guerre. Certaines femmes portent des qipao élégants, d’autres des robes vintage. Les hommes soignent leur coiffure et font briller leurs chaussures. Ce rituel de préparation participe à restaurer une image positive de soi, dans une société où les personnes âgées deviennent souvent invisibles.

Pour les musiciens, eux aussi retraités, ces sessions sont tout aussi essentielles. Jin Zhiping, chef d’orchestre de 69 ans, explique que ces rendez-vous lui donnent le sentiment d’avoir encore une valeur. Pour lui, la danse est à la fois un espace culturel, un exercice physique et une manière de rester utile.

Être vieux n’est pas être mort

Wei Xiaomeng, 90 ans, fréquente le Paramount cinq fois par semaine. Elle décrit cette salle comme un lieu familier, presque domestique, où elle se sent reconnue et attendue. Elle explique y retrouver une forme de sécurité affective. Un autre danseur de 75 ans confie, lui aussi, que la solitude lui paraît beaucoup moins pesante lorsqu’il est sur la piste.

Les organisateurs rappellent que les personnes âgées ne sont pas socialement terminées. Elles ont, comme tout le monde, besoin de contacts, de plaisir, de reconnaissance, de désir et de mouvement. Ces salles remplissent à la fois le rôle de salle de sport douce, de club social et d’espace culturel.

Mais ce patrimoine vivant reste fragile. La majorité des danseurs est très âgée, et le nombre de salles diminue. Pour éviter leur disparition, certains établissements tentent d’attirer une nouvelle génération en proposant des soirées swing, modernes ou latines. Un retour du rétro semble séduire une partie de la jeunesse shanghaïenne.

Les danseurs plus âgés accueillent cette évolution avec enthousiasme. Wang Li, 65 ans, explique que la présence des jeunes lui donne davantage d’énergie et lui procure un sentiment de jeunesse retrouvée.

À Shanghai, ces pistes de danse rappellent ainsi que vieillir ne signifie pas disparaître. Tant que l’on peut encore bouger, regarder, sourire et rencontrer, on reste pleinement vivant.

 

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