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Shanghai ouvre son ciel aux drones

Alors que les drones civils transforment progressivement les secteurs de la logistique, de la surveillance et des loisirs, la Chine mise plus que jamais sur l’économie de la basse altitude pour stimuler l’innovation et la croissance. À Shanghai, près de la moitié de la ville est désormais désignée comme zone libre pour les drones, tandis que la région de la Greater Bay Area (GBA –Guangdong-Hong Kong-Macao) devient un terrain d’expérimentation majeur pour cette industrie en plein essor. Un virage technologique qui promet de redéfinir les transports, les services urbains et même l’agriculture de demain.

DronesDrones
Écrit par Le Petit Journal Shanghai
Publié le 9 février 2026

220 000 drones à Shanghai

D’après un récent rapport municipal, 48 % du territoire shanghaïen est, depuis le 1er février 2026, classé en zone libre pour les vols de drones, soit une surface de plus de 6 000 km². Cette décision, prise dans le cadre du plan quinquennal chinois pour développer l’économie de la basse altitude (jusqu’à 1 000 mètres d’altitude), vise à positionner la métropole comme un hub mondial pour les technologies aéronautiques légères, d’ici 2028  Shanghai vise un secteur industriel de l’économie de la basse altitude à 80 milliards de yuans, la ville a déjà enregistré 3,2 millions de vols de drones l'an dernier, pour 220 000 drones immatriculés par 800 entreprises, maintenant que la ville ouvre ce secteur aux particuliers, ce chiffre devrait exploser sur les prochains mois.

La raison d’une telle expansion c’est le potentiel de ce marché plus d'un an après le lancement par les autorités nationales d'un plan d'action visant à accélérer le développement de cette économie. En logistique et livraisons, des géants comme JD.com, Meituan et SF Express testent déjà des livraisons par drone dans les zones urbaines et rurales, réduisant les délais et les coûts. Sur la surveillance et sécurité, les drones sont de plus en plus utilisés pour la gestion du trafic, la prévention des incendies et les opérations de secours. Concernant le tourisme et les loisirs, des vols touristiques en drone, des spectacles lumineux et des courses de drones attirent une nouvelle clientèle, locale et internationale. Enfin l’agriculture de précision dans les banlieues de Shanghai, des drones pulvérisent des engrais et surveillent les cultures, boostant la productivité agricole.

Cette libéralisation s’accompagne cependant de règles strictes, dont l’enregistrement obligatoire des appareils et des pilotes, des zones interdites autour des aéroports, des bases militaires et des sites sensibles. Et une assurance responsabilité civile obligatoire pour les opérateurs commerciaux.

"Cette ouverture contrôlée permet à la fois d’encourager l’innovation et de garantir la sécurité du trafic aérien", explique un responsable de l’Administration de l’aviation civile de Chine (CAAC).

 

La Greater Bay Area, laboratoire de la basse altitude

La région du Greater Bay Area (GBA), qui regroupe Guangdong, Hong Kong et Macao, est en train de devenir un pôle d’excellence pour les tests et le déploiement de drones à grande échelle. Plusieurs projets pilotes y sont menés :

Un réseau de livraison par drone interurbain : Des entreprises comme EHang (spécialisée dans les taxis drones autonomes) et DJI (leader mondial des drones civils) collaborent avec les autorités locales pour créer un corridor aérien entre les villes du GBA. Objectif : permettre des livraisons transfrontalières en moins d’une heure, notamment pour les produits médicaux et les colis urgents. Shenzhen teste déjà des livraisons de médicaments entre hôpitaux via drones, avec un temps de trajet divisé par trois par rapport aux ambulances terrestres. Guangzhou expérimente des taxis drones pour désengorger le trafic routier, avec des vols tests entre le centre-ville et l’aéroport de Baiyun.

La surveillance environnementale et urbaine : Les drones équipés de capteurs sont déployés pour, mesurer la qualité de l’air en temps réel, inspecter les infrastructures (ponts, lignes électriques) sans intervention humaine et lutter contre la pollution des rivières et des côtes, notamment dans le delta de la Rivière des Perles.

L’agriculture intelligente : Dans les campagnes du Guangdong, des drones autonomes cartographient les sols, pulvérisent des pesticides ciblés et surveillent la santé des cultures. Une révolution pour les petits agriculteurs, qui voient leurs rendements augmenter de 15 à 20 %.

Les "autoroutes du ciel" : Le GBA travaille sur la création de couloirs aériens dédiés pour les drones, avec des stations de recharge et des systèmes de gestion du trafic en temps réel. Un projet pilote relie déjà Shenzhen à Zhuhai, avec l’ambition de l’étendre à Hong Kong d’ici 2027.

"Le GBA veut devenir la Silicon Valley des drones", déclare un expert de l’Institut de recherche aérospatiale de Shenzhen. "Avec son écosystème d’entreprises high-tech et ses investissements massifs, la région a tous les atouts pour ce secteur." Shenzhen, siège du géant mondial DJI, vise d’ici 2028 un secteur industriel du drone à 130 milliards de yuans.

Malgré ces avancées, plusieurs obstacles persistent : sur la régulation, harmoniser les règles entre la Chine continentale, Hong Kong et Macao reste un défi, notamment pour les vols transfrontaliers. La sécurité reste le problème principal, les risques de collisions avec des avions ou des hélicoptères imposent des systèmes de détection et d’évitement ultra-performants. Et les vols de passagers sont un sujet encore très sensible même en Chine. Enfin l’acceptation publique, avec les nuisances sonores et les questions de vie privée freinent encore l’adoption massive des drones en milieu urbain.

Pour les entreprises, cette économie de la basse altitude offre des opportunités inédites, dans la logistique, les sociétés d’e-commerce peuvent optimiser leurs chaînes d’approvisionnement. Pour le tourisme, des agences commencent à proposer des visites guidées par drone au-dessus des paysages du GBA. Enfin pour les services techniques, les entreprises spécialisées dans la maintenance d’infrastructures (éoliennes, pipelines) recrutent des pilotes de drones formés aux normes chinoises.

Les expatriés passionnés de technologie ou d’aéronautique trouveront aussi leur place, avec des formations certifiantes pour devenir pilote de drone (écoles à Shanghai, Shenzhen et Guangzhou), des concours et événements, avec la Chine qui organise de plus en plus de compétitions internationales de drones, avec des prix attractifs pour les innovateurs.

D’ici 2030, le marché chinois des drones civils pourrait représenter plus de 100 milliards de dollars, selon les estimations du ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information. Shanghai et le GBA jouent un rôle clé dans cette croissance, avec des projets toujours plus ambitieux dont des taxis drones autonomes pour les trajets quotidiens, des drones-livraisons interurbaines entre Shanghai, Hangzhou et Nanjing et une intégration totale des drones dans les smart cities, pour une gestion urbaine plus efficace et durable.

Pour les entrepreneurs et les investisseurs, le message est clair : la Chine mise gros sur les drones, et ceux qui sauront innover dans ce secteur auront une longueur d’avance.

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