Ils portent des manteaux sur mesure, mangent dans des gamelles de créateur et ont leur propre compte Douyin. En Chine, l’animal de compagnie n’est plus simplement un animal : c’est un enfant adoptif, un compagnon émotionnel, parfois presque un partenaire de vie. Le 6 juin dernier, une journée franco-chinoise intitulée «Haut comme trois pattes» a rassemblé à la Villa Basset, sur la route Huaihai, des familles shanghaïennes et leurs animaux autour de marques françaises. Anecdotique ? Pas vraiment. Plutôt le reflet d’une transformation sociale et économique qui redessine le quotidien de millions de foyers chinois.


Un marché colossal né en moins d’une génération
Il y a trente ans, posséder un chien à Pékin était interdit. La détention d’animaux de compagnie en milieu urbain n’était tolérée que depuis peu, et la chose restait marginale, voire suspecte aux yeux d’une partie de la population. Aujourd’hui, la Chine compte près de 1,2 milliard de chiens et chats en milieu urbain, et le marché associé dépasse 3 000 milliards de yuans – soit environ 384 milliards d’euros – avec une croissance annuelle de 5,8 %. Le pays est désormais le quatrième marché mondial du pet care, derrière les États-Unis, le Brésil et le Japon.
Ce basculement s’est produit à vitesse grand V, porté par plusieurs facteurs convergents : l’urbanisation massive, la montée de la classe moyenne, et surtout la généralisation de l’enfant unique, qui a créé chez les jeunes adultes d’aujourd’hui un rapport émotionnel particulièrement intense à l’animal. Pour beaucoup de millennials et de membres de la génération Z urbaine, le chien ou le chat remplace â ou précède – l’enfant. On parle de «mao zhu» (猫主, «maîtres-chats») ou de «gou zhu» (狗主, «maîtres-chiens») pour désigner ces propriétaires qui dépenseront sans compter pour le bien-être de leur compagnon.
L’animal de compagnie, objet de tous les soins
La dépense moyenne par animal a explosé en dix ans. Alimentation prémium, soins vétérinaires réguliers, toilettage, hôtels pour animaux, assurances santé, photographes spécialisés, habits de saison : rien n’est trop beau pour Coco ou Douding. Les célèbres «cat cafes» et «dog parks» ont fleuri dans toutes les grandes villes, et les comptes de chiens ou de chats à succès sur Douyin ou XiaoHongshu comptent des centaines de milliers d’abonnés. Certains ont même décroché des contrats publicitaires.
Cette «économie du chat» – «mao jingji» (猫经济) – est prise très au sérieux par les analystes. Elle tire vers le haut des segments entiers : la santé vétérinaire, la dermatologie animale, la nutrition spécialisée, ou encore les accessoires de mode canine. Le consommateur chinois, longtemps acheteur de produits d’entrée de gamme, opère une nette montée en gamme : il privilégie la qualité, la sécurité et le design, des critères où les marques étrangères, et françaises en particulier, tirent leur épingle du jeu.
L’animal réconcilie les générations
Il y a dans ce phénomène une dimension sociale souvent sous-estimée : l’animal de compagnie est devenu un pont entre les générations. Les grands-parents, qui regardaient autrefois d’un œil perplexe ces chiens en poussette, sont aujourd’hui souvent les premiers à les promener le matin dans les parcs. Les enfants grandissent avec eux comme avec des frères et sœurs. Certaines familles vont jusqu’à intégrer l’animal dans les photos officielles de fin d’année ou dans les cérémonies familiales.
C’est précisément cette dynamique que l’événement «Haut comme trois pattes» a capturée le 6 juin dernier, à la Villa Basset. Autour des workshops de phytothérapie animale, des ateliers de soin ou des défilés canins, c’est une certaine vision de la famille élargie qui se dessinait : une famille où l’animal n’est plus dans l’arrière-cour mais au salon, habillé, soigné et aimé. Une vision que la France, avec sa longue tradition de cohabitation intime entre humains et animaux, a su mettre en scène avec un certain naturel.
Et les expatriés dans tout ça ?
Pour les familles françaises installées à Shanghai, naviguer avec un animal de compagnie n’est pas sans défis. Les réglementations locales encadrent strictement les races autorisées, les conditions de détention en appartement et les espaces de promenade. Les déménagements internationaux avec un animal restent une épreuve logistique et administrative redoutable. Mais une fois installés, les expatriés trouvent à Shanghai un écosystème surprenant : cliniques vétérinaires de qualité, boutiques spécialisées, parcs dédiés, et une communauté de propriétaires aussi passionnés que cosmopolites.
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