Édition internationale

Fresque du Climat en Chine : du déclic à l'action

Alors que les canicules et les incendies se multiplient cet été en France, les questions liées au changement climatique occupent plus que jamais le devant de la scène. En Chine, la Fresque du Climat s'est progressivement imposée comme un outil de sensibilisation, réunissant déjà près de 16 000 participants depuis son arrivée en 2018. Nous avons rencontré Nathalie Ieong, coordinatrice du réseau local à Shanghai, qui fait vivre cette initiative réunissant Français et Chinois autour d'un même objectif : transformer la compréhension du climat en levier d'action.

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Écrit par Aude-Line Morin
Publié le 4 août 2026, mis à jour le 28 juillet 2026

Un samedi après-midi à Shanghai, plusieurs groupes sont réunis autour de grandes tables. Devant eux, une quarantaine de cartes  : émissions de CO₂, fonte des glaces, océans, biodiversité, événements climatiques extrêmes… Pendant trois heures, en français, en anglais ou en mandarin, les participants discutent, posent des questions et relient les cartes entre elles pour reconstituer la chaîne des causes et des conséquences du changement climatique.

Logo fresque du climat

Derrière ces ateliers se cache la Fresque du Climat, un outil de sensibilisation créé en France en 2018 par Cédric Ringenbach à partir des rapports du GIEC. En quelques années, cette initiative est devenue un mouvement international présent dans plus de 160 pays et ayant sensibilisé plus de deux millions de personnes.

Une initiative française qui s’étend en Chine

L'histoire de la Fresque du Climat en Chine débute elle aussi en 2018. À Shanghai, Pauline Soudy organise les premiers ateliers tandis qu'à Pékin, Hortense Hallé-Yang développe l'initiative dans la capitale.

À l'origine, le projet repose essentiellement sur quelques bénévoles français. Mais très vite, il dépasse la communauté francophone. Les cartes sont traduites, les ateliers commencent à être proposés en mandarin et de nombreux bénévoles chinois rejoignent l'aventure.

Photographie évènement 22 mars 2026
Atelier fresque du climat et conférence avec Benjamin Humblot and Loïc Voisot, deux jeunes Français ayant marché 518 jours entre Annecy et Shanghai, 22/03/2026

Aujourd'hui, le réseau chinois compte près de 950 animateurs répartis dans plusieurs dizaines de villes et près de 16 000 participants ont déjà pris part à un atelier. La majorité des animateurs sont désormais chinois.

Le déclic d'un engagement

Au cœur de cet écosystème à Shanghai se trouve Nathalie Ieong, co-coordinatrice du réseau local. Diplômée des Mines d'Albi et du mastère franco-chinois ALEF des Mines de Paris et Tsinghua, Nathalie est arrivée en Chine en 2010 pour travailler dans le secteur de l'énergie et du bâtiment durable.

« Adolescente, j'ai été marquée par des magazines sur le réchauffement climatique », confie Nathalie. « Je me suis toujours dit qu'en tant qu'humains, nous étions dotés de technologies et d'intelligence pour réduire notre empreinte. C'est ce qui m'a poussée vers des études d'énergie, car les chiffres montraient clairement que ce secteur était au cœur des émissions. »

Après ses études, Nathalie effectue un premier stage dans le solaire photovoltaïque, avant de rejoindre Engie à Pékin. C'est dans la capitale chinoise qu'elle découvre pour la première fois un tissu associatif local très engagé : « Il y avait des marchés de producteurs bio, des initiatives zéro déchet, des projections de documentaires… Je ne m'attendais pas à trouver autant de personnes mobilisées sur ces sujets ici. »

Mais c'est lors de son arrivée à Shanghai en 2018 chez Terao que sa trajectoire croise pour la première fois celle de la Fresque du Climat, lors d'un atelier d'entreprise.

« Même en travaillant dans le développement durable, j'y ai découvert des mécanismes complexes que je ne soupçonnais pas, notamment sur les impacts subis par les océans. J'ai trouvé fascinant de comprendre à quel point tout était lié. »

Sensibiliser plutôt que culpabiliser

À cette époque, Nathalie travaille à temps plein, mais ressent le besoin de consacrer davantage de temps à des projets qui ont du sens pour elle.

Depuis plusieurs années déjà, elle cherche à agir à son échelle en faisant attention à ses déchets et à sa consommation. Comme beaucoup de personnes sensibles aux questions environnementales, elle espérait que montrer l'exemple encouragerait naturellement les autres à changer leurs habitudes. Mais, peu à peu, elle réalise les limites de cette approche.

« Quand des amis m'invitaient, ils me disaient parfois : "Regarde Nathalie, je n'ai pas pris de plastique !" J'avais l'impression qu'ils se mettaient la pression à cause de moi. Ce n'était pas du tout ce que je voulais. »

Elle sourit en racontant cette anecdote, mais elle révèle une réflexion beaucoup plus profonde. Ce qu'elle recherche désormais, c'est de permettre à chacun de construire sa propre réflexion : « Je ne voulais pas que les gens changent parce qu'ils avaient peur d'être jugés ou parce qu'ils voulaient me faire plaisir. Je veux que les gens se rendent compte par eux-mêmes. Je me suis donc dit que la sensibilisation pouvait planter une graine, qui ferait ensuite évoluer les comportements. »

Pour Nathalie, la sensibilisation n'a pas vocation à culpabiliser, mais à donner à chacun les moyens de comprendre les mécanismes du climat pour faire ensuite ses propres choix. Convaincue du rôle de l'éducation, elle décide de passer à temps partiel chez Terao afin de consacrer une partie de son temps libre à la Fresque du Climat. Elle devient facilitatrice, puis formatrice d'animateurs, et reprend les rênes de la coordination avec d'autres bénévoles engagées comme Angel Choy à Shanghai et Hortense Hallé-Yang à Pékin.

Une communauté de bénévoles en pleine expansion

En Chine, une vingtaine de bénévoles réparties entre Shanghai, Pékin, Shenzhen, Guangzhou, Kunming et d'autres villes coordonne le développement de la Fresque dans tout le pays.

À Shanghai, les ateliers publics sont régulièrement organisés dans des espaces de coworking, des cafés ou des lieux partenaires. D'autres sont proposés dans les entreprises, souvent dans le cadre de démarches RSE ou de formations internes.

Atelier fresque du climat

Parmi les différents publics que touche la Fresque, il en est un qui tient particulièrement à cœur à Nathalie : les élèves et les étudiants. Au-delà des entreprises ou des ateliers grand public, elle aimerait voir davantage d'écoles et d'universités intégrer cet outil dans leurs programmes.

« Les étudiants sont le futur », s'enthousiasme la coordinatrice. « Quand vous sensibilisez un jeune, cela influence ses choix d'études et ses choix de vie, comme ce fut le cas pour moi. Former des enseignants représente également un levier particulièrement efficace : un enseignant sensibilisé pourra, année après année, transmettre ces connaissances à plusieurs générations d'élèves. »

Au fil des ateliers, les animateurs remarquent une attitude très pragmatique chez les participants chinois. L'ambiance est généralement très positive et tournée vers l'avenir. « Beaucoup de participants chinois sont très centrés sur les solutions », observe Nathalie. « Ils nous demandent rapidement : "Qu'est-ce qu'on peut faire ?" Ils expriment aussi une grande confiance dans les innovations technologiques pour répondre aux défis climatiques. »

Cette volonté d'agir se retrouve d'ailleurs dans la nouvelle version de la Fresque. Longtemps centré sur la compréhension des mécanismes du changement climatique, l'atelier consacre désormais davantage de temps à l'identification des solutions. Après avoir relié les cartes et pris conscience des interactions entre les différents phénomènes, les participants réfléchissent ensemble aux leviers d'action : mobilité, énergie, alimentation, urbanisme, adaptation aux événements climatiques extrêmes…

Pour Nathalie, cette évolution est essentielle : « Comprendre le problème est indispensable. Mais si les participants repartent uniquement avec de l'inquiétude, ce n'est pas suffisant. L'objectif est aussi qu'ils repartent avec des pistes d'action. »

Comprendre, transmettre, agir

Au fil de la conversation, Nathalie revient souvent sur une même idée : comprendre n'est que la première étape. Pour expliquer sa vision de l'engagement, elle s'appuie sur le modèle des Steps of Power :

« Il y a quatre étapes. D'abord, il faut comprendre le problème. Ensuite, il faut aider les autres à le comprendre. Puis, chacun agit à son niveau. Enfin, il s'agit de permettre aux autres d'agir à leur tour, que ce soit dans une entreprise, une association, un quartier ou auprès des pouvoirs publics. »

Photographie d'un atelier fresque du climat en Chine

Cette idée de « planter une graine » fait écho à son propre parcours. Adolescente, quelques magazines avaient orienté ses choix d'études vers l'énergie. Plus tard, la Fresque du Climat l'amènera à faire de la place à la sensibilisation dans son quotidien. Aujourd'hui, elle espère simplement transmettre ce déclic à d'autres.

Avant de conclure l'entretien, Nathalie souligne le concept de social tipping point, ou « point de bascule social ». Lorsqu'une part suffisamment importante de la population adopte une nouvelle manière de penser ou d'agir, celle-ci peut finir par devenir la norme. Pour atteindre ce seuil, chacun a un rôle à jouer : les associations, les entreprises, les enseignants, ou encore les médias.

Alors que le climat s'invite dans l'actualité mondiale avec une urgence grandissante, l'équipe bénévole de la Fresque continue de tisser sa toile en Chine, convaincue que la compréhension reste le premier pas vers l'action.

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