Le 16 mai 2026, des milliers de coureurs du monde entier vont chausser leurs baskets sur les remparts de la Grande Muraille pour disputer le Marathon annuel du monument, considéré comme l'une des épreuves les plus difficiles de la planète avec ses 5 164 marches et 7h30 de moyenne. Un événement qui illustre à lui seul la puissance d'attraction de ce colosse. Avec plus de 21 000 km de remparts disséminés sur 15 provinces chinoises, de la mer de Bohai au désert de Gobi, apprenez tout sur le célèbre monument.


Dix mille li de long
En chinois, on appelle la Grande Muraille Wànlǐ Chángchéng (万里长城), littéralement "La longue muraille de dix mille li". Le chiffre dix mille ne désigne pas une quantité précise : en chinois classique, il symbolise l'infini. Trois caractères pour dire que ce monument dépasse l'entendement. C'est peut-être là la clé pour comprendre pourquoi cette Merveille du monde continue de fasciner autant : elle échappe à toute tentative de résumé. Elle est, au sens propre, infinie.
Pourtant, la Grande Muraille n'est pas un seul mur continu, mais un système de fortifications bâties sur plus de 2 000 ans, par des dizaines de dynasties, avec des matériaux, des techniques et des objectifs différents. Ce que le visiteur voit à Badaling n'a rien à voir avec ce que l'on aperçoit dans le désert du Gansu ou sur les rives du fleuve Jaune. C'est cette diversité que ce guide explore.
Un ensemble hétérogène
La muraille ne commence pas avec Qin Shi Huang, contrairement à la légende. Dès le VIIe siècle avant J.-C., les États chinois de la période des Royaumes combattants érigent des murs pour se défendre les uns des autres. C'est en 221 avant J.-C. que l'unification change tout : l'empereur Qin Shi Huang ordonne au général Meng Tian de connecter et d'étendre ces murs disparates.
C'est sous la dynastie Ming (1368-1644) que la Muraille prend sa forme définitive et iconique. Confrontés à la menace mongole, les empereurs abandonnent la terre battue pour les briques et la pierre maçonnée, permettant de construire sur des pentes plus raides et d'équiper les remparts de créneaux et meurtrières. Les sections les plus célèbres datent de cette époque. L'UNESCO la classe au patrimoine mondial en 1987 selon six critères sur sept possibles, la décrivant comme "un chef-d'œuvre absolu" et "un témoignage exceptionnel des civilisations de la Chine antique". La Muraille irrigue aussi la littérature chinoise depuis deux millénaires : des poèmes de la dynastie Han jusqu'à Tu Fu au VIIIe siècle, elle est une référence culturelle constante.
Les sections connues autour de Pékin
La muraille Ming s'étend officiellement de Hushan (province du Liaoning) à Jiayuguan (province du Gansu), soit 8 851 km de long selon les mesures officielles de 2009. Sur ce total, moins de 5 % sont réellement accessibles aux visiteurs. La majorité des voyageurs découvrent la Muraille dans les environs de Pékin, qui concentre les sections les mieux restaurées. Chacune a son caractère propre, et le choix mérite réflexion.
Badaling (72 km de Pékin)
Badaling est la section la plus visitée au monde. Achevée en 1505 sous la direction du général Qi Jiguang, elle a accueilli plus de 500 chefs d'État et personnalités internationales. Ses infrastructures sont complètes : téléphérique, musée de la Grande Muraille, salle de cinéma circulaire, accès partiellement aménagés. Le train à grande vitesse depuis la gare de Qinghe à Pékin y mène en 20 minutes seulement. Incontournable pour une première visite, mais à éviter les week-ends et jours fériés chinois où la foule y est dense.
Mutianyu (73 km)
Mutianyu est devenue la favorite des voyageurs internationaux. Entourée à 96 % de végétation, elle compte 22 tours d'observation, certaines dominant un dénivelé de 500 mètres. Un télésiège permet d'atteindre les remparts sans effort, et une descente en toboggan attend les plus joueurs au retour. Moins fréquentée que Badaling, elle offre un excellent équilibre entre confort, paysage et authenticité. Le meilleur choix pour les familles avec enfants.
Jinshanling (154 km)
À 2h30 de Pékin, Jinshanling est considérée par beaucoup comme la plus belle section de toute la Muraille. Moitié restaurée, moitié sauvage, elle offre une alternance saisissante de passages en bon état et de remparts envahis par la végétation. Idéale pour la randonnée et la photographie, calme et peu fréquentée. Depuis 2025, les tronçons reliant Jinshanling à Gubeikou et à Simatai sont partiellement en travaux : il est conseillé de vérifier les conditions avant de planifier une randonnée longue.
Simatai (145 km)
Simatai est la seule section proposant des visites nocturnes, avec des remparts éclairés créant une atmosphère particulièrement mémorable. Très escarpée, elle est idéale pour les randonneurs expérimentés. Le village voisin de Gubei Water Town, réplique d'architecture traditionnelle construite sur des canaux, permet de prolonger la journée agréablement. Ce site est classé patrimoine mondial depuis 1987.
Jiankou (100 km)
Jiankou est la section la plus périlleuse de toute la Muraille : non restaurée, elle serpente en forme de "W" le long des crêtes montagneuses selon une pente parfois verticale. Accessible uniquement aux randonneurs confirmés, elle est le paradis des photographes pour ses vues spectaculaires sur des remparts en ruine se découpant dans la végétation. Comme pour Jinshaling, certaines parties sont fermée depuis 2025 pour des travaux : vérifier l'état des accès avant toute planification.
Huanghuacheng (75 km)
Huanghuacheng est connue pour un phénomène rare : certaines de ses sections sont partiellement submergées dans un lac artificiel créé en 1974 lors de la construction d'un barrage. Les remparts émergent de l'eau, formant un paysage que l'on ne trouve nulle part ailleurs. Un verger de châtaigniers de la dynastie Ming, vieux de 500 ans, se trouve au pied du mur. C'est une section peu fréquentée, parfaite pour des photos originales.
Gubeikou (130 km)
Gubeikou est l'une des sections les plus sauvages accessibles depuis Pékin. Rocailleuse, escarpée, et très peu fréquentée, elle offre une expérience de la Muraille dans sa version la plus brute. Elle constitue le point de départ naturel d'une randonnée vers Jinshanling (environ 14 km), à condition de vérifier l'état des travaux en cours entre les deux sections.
Les sections hors des sentiers battus
Pour les voyageurs curieux, la Muraille réserve des spectacles d'une tout autre nature dans des provinces parfois oubliées des circuits classiques. Ces sections demandent plus de temps et d'organisation, mais elles offrent des expériences inoubliables, souvent loin des foules.
Shanhaiguan et la Tête du Vieux Dragon (Hebei)
À Qinhuangdao, province du Hebei, la Muraille plonge littéralement dans la mer de Bohai. Ce point de jonction est appelé Laolongtou (老龙头), la "Tête du Vieux Dragon" : les remparts semblent s'y abreuver dans les flots. C'est l'extrémité orientale officielle de la muraille Ming, à environ 300 km de Pékin, accessible en train en 2h30. Le site comprend aussi la forteresse de Shanhaiguan, surnommée "le premier fort sous le ciel".
Jiumenkou, la Grande Muraille sur l'eau (Liaoning)
À 16 km au nord-ouest de Shanhaiguan, dans le comté de Suizhong, se trouve l'unique point de toute la Muraille où les remparts franchissent une rivière : la Jiujiang. La section de Jiumenkou enjambe le cours d'eau sur 9 arches de granit de 5 mètres de largeur, liées entre elles par du fer fondu, qui servaient de portes d'eau pour laisser passer les crues tout en bloquant l'ennemi. Construite initialement sous la dynastie des Qi du Nord (479-502) puis reconstruite en 1381, cette section de 1 704 mètres est à la fois muraille et pont. Un tunnel creusé dans la montagne voisine est également ouvert aux visiteurs.
Hushan, au bord de la Corée du Nord (Liaoning)
Près de la ville de Dandong, la section de Hushan est la plus orientale de toute la Grande Muraille. Elle longe le fleuve Yalou, frontière naturelle entre la Chine et la Corée du Nord. Par temps clair, on aperçoit distinctement les villages nord-coréens de l'autre côté du fleuve, ce qui confère à la visite une dimension géopolitique unique. La section elle-même est courte et en grande partie restaurée, mais l'environnement en fait une destination à part entière. Dandong est facilement accessible depuis Pékin ou Shenyang en train.
Laoniuwan, là où la Muraille rencontre le fleuve Jaune (Shanxi)
À la frontière entre le Shanxi et la Mongolie intérieure, le village de Laoniuwan est l'un des sites les plus spectaculaires de toute la Grande Muraille, et pourtant presque inconnu à l'international. C'est ici que les remparts Ming arrivent au bord du fleuve Jaune (Huang He), le fleuve mère de la civilisation chinoise. Une tour de guet construite en 1544 se dresse encore au-dessus des gorges, surplombant le fleuve depuis des falaises abruptes. Classé parmi les villages traditionnels de Chine depuis 2013, Laoniuwan a conservé une authenticité remarquable.
Yanmenguan, le Col des Oies Sauvages (Shanxi)
Dans les montagnes du Shanxi, à 60 km au nord de Xinzhou, le col de Yanmenguan (雁门关), "Passe des Oies Sauvages", est l'un des trois grands passages stratégiques du mur intérieur Ming. Les oies migratrices, dit la légende, ne pouvaient passer qu'ici lors de leurs déplacements vers le sud, d'où le nom. Décor de montagnes escarpées, remparts partiellement restaurés, foule inexistante : le site est particulièrement photogénique et chargé d'une histoire militaire abondamment citée dans la littérature classique chinoise.
Jiayuguan et la Muraille suspendue, au bout de la Route de la Soie (Gansu)
À près de 2 000 km de Pékin, Jiayuguan marque l'extrémité occidentale officielle de la Grande Muraille Ming. Surnommé "le premier fort imprenable sous le ciel", le fort de Jiayu Pass fut bâti en 1372, dernier poste avancé de l'empire avant le désert de Gobi. À 11 km au nord se trouve la Muraille suspendue (Xuanbi Changcheng, 悬壁长城), ainsi nommée parce que ses remparts s'inclinent à 45 degrés sur une pente quasi verticale, donnant l'impression d'être suspendus dans le vide. La vue sur le désert de Gobi et les contreforts enneigés du massif du Qilian est saisissante. Un musée de la Grande Muraille à Jiayuguan complète la visite avec des cartes et objets retraçant l'évolution du monument à travers les dynasties. Accessible en avion depuis Pékin (3h) ou en train.
Xifengkou, les tours fantômes sous les eaux (Hebei)
Dans la province du Hebei, la section de Xifengkou offre un spectacle mémorable : des tours de guet Ming partiellement immergées sous les eaux d'un réservoir artificiel. Lors de la construction d'un barrage, l'eau a progressivement englouti les remparts, laissant émerger des moignons de briques comme des îles fantômes. Selon le niveau saisonnier du réservoir, plus ou moins de structures apparaissent. Une expérience visuelle unique, à combiner avec Shanhaiguan toute proche.
Quelle muraille pour quel budget ?
Quand y aller ?
Les meilleures périodes sont le printemps (avril-mai) et l'automne (septembre-octobre), quand les températures sont douces et les paysages les plus vivants. En automne, les feuillages rouges et orangés font de sections comme Simatai ou Jinshanling un spectacle particulièrement beau. Il faut en revanche éviter absolument la Golden Week (1er au 7 octobre) et les jours fériés du calendrier chinois, pendant lesquels les sections proches de Pékin atteignent une fréquentation difficilement supportable. En semaine, en arrivant tôt le matin, la différence est spectaculaire.
Budget et billets
L'entrée varie entre 40 et 110 yuans (5 à 13 euros) selon la section, auxquels il faut ajouter 120 à 180 yuans pour les téléphériques disponibles sur certains sites. Pour les sections lointaines comme Jiayuguan, il faut prévoir un billet d'avion (environ 3 000 yuans) ou un long trajet en train. Il est obligatoire de présenter son passeport original à l'achat des billets sur les sites majeurs. Le liquide est de moins en moins accepté en Chine : télécharger Alipay ou WeChat Pay avant le départ est aujourd'hui indispensable.
Se déplacer
Pour Badaling, le TGV depuis la gare de Qinghe à Pékin y mène en 20 minutes, ce qui en fait la section la plus facile d'accès de loin. Pour Mutianyu, des bus touristiques dédiés partent de la station de métro Dongzhimen. Pour les sections plus éloignées comme Jinshanling, Simatai ou Huanghuacheng, la location d'un chauffeur privé à la journée reste la solution la plus souple et la plus pratique.
Ce qu'il faut savoir avant de partir
Il est strictement interdit de ramasser des pierres, graver les briques ou laisser des déchets sur la Muraille. Le camping est interdit sur les sections restaurées et des agences spécialisées organisent des bivouacs légaux sur certaines sections sauvages. En 2025 et 2026, plusieurs tronçons (Jiankou, parties de Gubeikou) étaient partiellement fermés pour travaux : il est conseillé de vérifier l'état des accès en amont de tout projet de randonnée longue. Sur place, prévoyez au minimum 1,5 litre d'eau par personne, des chaussures de randonnée robustes et une protection solaire : l'ombre est rare sur les remparts, et les vendeurs de boissons sont absents des sections sauvages.
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