Édition internationale

Les robots d'Unitree rentrent à la bourse de Shanghai

Entre déploiement massif de robots humanoïdes, encadrement strict des systèmes anthropomorphiques et pression concurrentielle sur les géants américains, Pékin affirme une volonté claire de définir l’avenir de l’intelligence artificielle et des robots.

Robots cheer leaders aux HK sevensRobots cheer leaders aux HK sevens
Des robots dansent en tant que mascottes lors de la cérémonie d’ouverture du Hong Kong Sevens au stade de Kai Tak, le 17 avril.
Écrit par Juliette Robieux
Publié le 24 avril 2026, mis à jour le 22 avril 2026

Unitree à Shanghai, des robots leaders mondiaux

Unitree Robotics illustre parfaitement la montée en puissance des champions chinois de la robotique incarnée. Fondée en 2016 à Hangzhou, l’entreprise connaît une croissance spectaculaire, avec un chiffre d’affaires atteignant 1,71 milliard de yuans en 2025, soit une hausse de 335%, tandis que son bénéfice net ajusté a été multiplié par près de huit pour atteindre environ 600 millions de yuans. Cette performance soutient son projet d’introduction en bourse sur le STAR Market de Shanghai, visant à lever 4,2 milliards de yuans pour une valorisation estimée à au moins 42 milliards. Sur le plan industriel, Unitree a expédié plus de 5 500 robots humanoïdes en un an, représentant environ 32,4% du marché mondial, avec une part croissante des revenus (plus de 50%) provenant de ces machines.

 

Des performances techniques jamais vues

L’entreprise se distingue aussi par ses performances techniques : son robot humanoïde H1 a atteint une vitesse record de 10 m/s, proche de celle d’un sprinteur d’élite, confirmant les ambitions de dépasser les capacités humaines dans certaines tâches physiques. Au-delà des performances, ces robots s’intègrent déjà dans des usages concrets, notamment comme guides, agents d’accueil ou outils d’inspection industrielle. Leur présence s’étend également à des événements culturels et sportifs, comme des chorégraphies complexes diffusées à la télévision nationale ou des démonstrations de boxe et de danse. Lors des Hong Kong Sevens, plusieurs robots ont accompagnées les cheerleaders sur le terrains, et lors du Nouvel An Lunaire, le show annuelle a présenté un segment qui mettaient à l'honneur des robots Unitree dansant. Cette diffusion reflète une stratégie chinoise plus large visant à banaliser l’usage des robots dans la société, des usines jusqu’aux foyers. L’écosystème industriel chinois, combiné à des coûts compétitifs (par exemple un robot G1 vendu autour de 13 500 dollars), permet à Unitree de proposer des produits à la fois performants et accessibles, renforçant son avantage dans la course mondiale à la robotique humanoïde.

 

La Chine en avance dans la course aux robots humanoïdes

La compétition entre la Chine et les États-Unis dans le domaine des robots humanoïdes s’intensifie rapidement, avec un basculement progressif en faveur des acteurs chinois. Lors du CES 2026 à Las Vegas, 21 des 38 entreprises présentant des robots humanoïdes étaient chinoises, illustrant leur domination croissante en termes de volume et de présence industrielle. Cette avance repose notamment sur un écart massif en innovation brevetée : sur les cinq dernières années, les entreprises chinoises ont déposé environ 7 705 brevets liés à la robotique humanoïde, contre 1 561 pour les États-Unis. Mais la différence majeure réside dans la capacité de production et de commercialisation. Des entreprises comme Unitree ou AgiBot ont déjà commencé à vendre des robots à grande échelle, avec des milliers d’unités livrées, tandis que des acteurs américains comme Tesla ou Boston Dynamics restent encore largement au stade de déploiements limités ou expérimentaux. Par ailleurs, la Chine bénéficie d’un écosystème complet, allant des composants aux chaînes d’assemblage, ainsi que d’un soutien politique actif à travers des initiatives comme le programme « robotics+ ».

À l’inverse, les entreprises américaines mettent davantage l’accent sur la sécurité des données et des systèmes plus sophistiqués, mais souvent plus coûteux. Cette divergence se traduit aussi dans les stratégies de marché : les entreprises chinoises visent une diffusion rapide et abordable, y compris à l’international, tandis que les acteurs américains privilégient des applications à forte valeur ajoutée. En parallèle, la Chine domine déjà certains segments globaux, comme les robots industriels (premier marché mondial depuis 11 ans) ou les robots domestiques, et pourrait capter une majorité du marché des humanoïdes dans les prochaines décennies. 

 

Les législations liées aux nouvelles technologies

L’évolution rapide des robots humanoïdes et des IA anthropomorphiques soulève des enjeux réglementaires majeurs, auxquels la Chine, les États-Unis et d’autres juridictions tentent de répondre de manière distincte mais parfois convergente. En Chine, la régulation devient de plus en plus sophistiquée, combinant règles juridiques et normes techniques. La définition de l’IA anthropomorphique y est large, incluant tout système capable de simuler des traits humains, des modes de pensée et des interactions émotionnelles. Parallèlement, des obligations émergent, telles que l’identification claire des IA comme non humaines, des limitations sur l’usage des données utilisateurs pour l’entraînement, et des mécanismes de prévention des risques psychologiques (par exemple, rappels après usage prolongé ou redirection vers des services d’aide en cas de détresse).

Ces débats interviennent dans un contexte où l’IA s’intègre rapidement dans des secteurs sensibles comme le divertissement : en Chine, plus de 100 célébrités ont rejoint des plateformes permettant l’utilisation de leur image par des contenus générés par IA, suscitant des controverses sur la substitution du travail humain. Enfin, la Chine renforce son rôle normatif en publiant en 2026 une première norme internationale pour les robots humanoïdes, couvrant toute la chaîne industrielle. 


 

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