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TÉMOIGNAGE - 1966, première liaison aérienne Paris-Shanghai

Par Le Petit Journal Shanghai | Publié le 08/03/2020 à 19:20 | Mis à jour le 08/03/2020 à 20:04
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Le 19 septembre 1966 est inaugurée de la première liaison aérienne occidentale Paris- Shanghai. Jean-Claude Le Berre, chef d'escale lors de ce vol historique, témoigne de cette aventure pour Le Petit Journal Shanghai.

En septembre 1966, deux ans après la reconnaissance de la République populaire de Chine par la France, Air France a été la première compagnie européenne, et même occidentale, à relier le Vieux Continent avec la jeune république. Air France n’avait alors plus desservi Shanghai depuis 1949...

 

1- LA MISE EN PLACE :

Le 31 août 1966, Paul Mathias (représentant local), moi-même, Jean-Claude Le Berre (chef d’escale) et mon épouse entraient en République Populaire de Chine par le train depuis Hong Kong, jusqu’à Canton, puis de Canton jusqu’à Pékin, avec quelques 17 valises contenant les documentations commerciales, techniques et administratives d’Air France.

Le 6 septembre, enfin arrivés à Shanghai, nous découvrons, deux semaines seulement avant l’arrivée du vol inaugural, l’aéroport de Hongqiao. Seuls y opéraient alors quelques lignes intérieures de la CAAC ( Iliouchine et Vickers Viscount) et un avion B707 de la PIA (Pakistan International Airlines) qui effectuait en triangle, deux fois par semaine, la ligne Dacca (alors Pakistan oriental, le Bangladesh n’existait pas), Canton, Shanghai. L’Aéroflot quant à elle l'exploitait depuis Pékin.

Pour mémoire, la République Populaire de Chine entrait, en été 1966, en révolution culturelle... Il n’y avait à l’époque aucun consulat européen à Shanghai  (et bien sûr aucune société étrangère, et encore moins de touristes…). Il n’y avait sur place qu’un chargé d’affaires britannique ( qui se retrouvera bientôt expulsé) et un bureau maritime polonais chargé du traitement des navires polonais qui venaient faire escale à Shanghai.

 

2- LA VIE AU QUOTIDIEN :

A l’arrivée à Shanghai, nous avons été logés au Peace Hotel, magnifique palace de style art déco des années 30, situé à l’angle de la Nanjing Road et du Bund, le long du Huang Pu.

De la fenêtre de nos chambres, nous pouvions voir la noria de lourdes jonques qui tiraient des bords à la voile pour charger et décharger les navires amarrés sur bouées au centre du fleuve. Sur l’autre berge, au loin, ...rien… de simples maraîchages à la place ce qui est devenue aujourd’hui la moderne Pudong !

Après six mois passés sur place, le représentant d’Air France a pu obtenir notre relogement dans deux appartements au 1202 de la Huahai Zhong Lu. C’était un immeuble des années 1930. Nous apprîmes, beaucoup plus tard, que nous étions dans « l’ancienne concession française » et cet immeuble s’appelait « Gascogne ». Il avait été construit en 1934 par deux architectes français installés à Shanghai depuis 1922, Alexandre Léonard et Paul Veysseyre.

 

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3- LA LIGNE ET LE VOL INAUGURAL :

Le vol inaugural au départ d’Orly par AF180 eu lieu le 19 sept 1966, avec une arrivée à Shanghai le mardi 20 septembre 1966. Le voyage durait 22 heures et comportait quatre escales intermédiaires : Paris-Orly, Athènes (ou parfois Tirana, en Albanie), Le Caire, Karachi, Phnom-Penh, Shanghai. Trois équipages se succédaient.

A Shanghai, il fallait passer les formalités des services d'immigration et de douane et les passagers à destination de Pékin continuaient ensuite sur un vol CAAC.

Au retour vers Paris : l'itinéraire suivait la même route après un demi-tour à Shanghai en deux heures.

 

5- LES PASSAGERS :

Air France était la compagnie qu’empruntaient :

  • les diplomates se rendant à Pékin (ils étaient peu nombreux à l’époque, la France étant un des rares pays à avoir reconnu (en 1964), la République Populaire de Chine.

  • les amis de la République Populaire de Chine ( majoritairement en provenance des pays africains et sud-américains).

  • les « commerciaux » de tous pays qui devaient obligatoirement traiter avec les entreprises chinoises via les « Corporations » du commerce extérieur situées à Pékin, seules habilitées à traiter avec les importateurs et exportateurs étrangers.

  • occasionnellement des équipages de bateaux, venant convoyer à Shanghai des navires condamnés à la casse et destinés à la récupération de métaux, rapatriés par avion.

  • et dans cette période politiquement agitée, les étudiants et "coopérants" chinois partis sous le régime précédent (sous la présidence de Liu Shaochi) « étudier » à l’étranger et rapatriés par le nouveau régime. Ultérieurement un nouveau contingent de "coopérants" est parti, dans l’autre sens, pour les remplacer (Afrique de l’Est, Madagascar, Amérique du sud..).

 

6- LE FRET ET LA POSTE :

- A l’import, cela a commencé par des visons vivants, transportés en cages (en provenance d’un élevage aux Pays Bas, si je me souviens bien) dont les peaux devaient être traitées en Chine. Ce trafic a dû rapidement être interrompu par Air France en raison de la puanteur que dégageait l’urine de ces animaux, odeur qui imprégnait durablement les bagages des passager et des équipages et qui se sentait jusqu’en cabine !

- A l’export, nous transportions des balles de cheveux, d’une trentaine de kilos chacune, magnifiques, denses et souple, parfaitement adaptées au chargement dans nos quatre soutes vrac ( qu’il fallait partager en cinq destinations). Ces cheveux étaient ceux des jeunes filles chinoises, « invitées » par les révolutionnaires à couper leurs nattes. Ces cheveux transitaient ensuite pour différents traitements en France, en Italie (Milan), pour la confection de postiches et de perruques.

La révolution culturelle se radicalisant (à partir de janvier 1967) les soutes se sont alors remplies de colis de « petits livres rouges du Président Mao » et de divers badges et insignes à son effigie, ...

 

Un témoignage de Jean-claude Le Berre, chef d’escale Air France à Shanghai 1966-1968

 

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1 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

Didier mar 10/03/2020 - 00:07

Le Gascogne est l’immeuble où l’on mettait les étrangers car truffé de micros. On voit encore les fils qui reliait la salle d’écoute au sous-sol

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