Édition internationale

SOCIETE - Trois destins de femme sous l’oeil de Sylvie Levey

Écrit par Le Petit Journal Shanghai
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 4 février 2010
Trois femmes au destin peu ordinaire. Toutes trois emprisonnées à la prison pour femmes de Songjiang, à l'ouest de Shanghai. Coupables de "crimes suprêmes", les cinq crimes passibles de la peine de mort en Chine. Sylvie Levey, réalisatrice française installée à Shanghai depuis 10 ans, a pu les filmer. Jeudi et vendredi dernier, elle présentait son film à la Galerie Art+Shanghai

"Crimes suprêmes"(Crédits photos: Sylvie Levey)

Sylvie Levey a été la première journaliste française à être accréditée en Chine depuis 1949. Passée depuis à la réalisation de documentaires, elle a obtenu après 3 ans d'enquête, le droit de filmer une prison pour femmes. L'idée est née d'une sorte de "provocation"? Le patron de Sunset Presse ? Arnaud Hamelin, lui a tendu soudainement au visage, la Une du Figaro, avec la photo d'une Chinoise condamnée à la peine capitale dans le cadre de la vaste campagne "Yan Da"- "frapper fort"contre la corruption, lancée alors par les autorités "pour donner l'exemple". C'était au printemps 2001. Arnaud Hamelin ajouta juste ceci: "Tu es journaliste ou non ?". Elle sait qu'elle ne lèvera sans doute qu'un petit coin de voile, mais ne serait-ce que ça, c'est déjà beaucoup. Le tournage s'effectuera bien plus tard, car il faudra attendre l'autorisation officielle. Exceptionnelle ! Et cela prendra des mois : entre septembre 2003 et début 2004, car la réalisatrice tient à suivre le parcours des femmes qu'elle filme. C'est sa manière de travailler. Elle en est sortie secouée, à la fois révoltée et émue. "Ce fut une grande leçon de vie, d'humilité, d'espoir?" - dit-elle. Pour nous aussi.

Des crimes de femmes
Elles s'appellent Liu, An et Long. Rien ne les prédisposait à devenir des criminelles. Pourtant deux d'entre elles ont tué leur mari qui leur faisait subir des sévices. L'autre est tombée pour trafic de drogue, par amour aussi, pour un Mingong (un travailleur journalier) qui l'a fait quitter mari et enfant et s'enfuir à Shanghai avec lui. Depuis, il a été exécuté. Derrière ces crimes, c'est la violence ordinaire faite aux femmes qui est suggérée, dans une société où la moitié du ciel que leur a promis Mao Zedong n'est pas forcément la bonne. Derrière les murs de la prison modèle de Songjiang, elles observent une discipline de tous les instants : parades quasi-militaires, sport quotidien, 8 heures de travail par jour, chambrées tirées au cordeau? "La rééducation des
âmes par le travail", voilà le régime auquel se plient les prisonnières dans ce qu'il faut bien appeler aussi un Laogai. Les prisonnières ont des objectifs de productivité, et les gardiennes font des rapports sur leur comportement. Il leur arrive d'être félicitées;dans ce cas, elles peuvent espérer un certificat de bonne conduite. Bien sûr, tout n'est pas dit devant la caméra de Sylvie Levey;bien sûr, il faut savoir entendre en creux. Mais ces femmes nous donnent une incroyable leçon de dignité, sous le regard plein d'humanité et de respect de la documentariste.

"Je ne veux pas juger"
Même si elle revendique sa part de subjectivité et son droit à l'émotion, Sylvie Levey avertit les spectateurs : elle n'est pas là pour juger, elle est là pour montrer. Et ce qu'elle montre est très loin de nos "fantasmes occidentaux"- selon ses termes- sur les camps de travail. Que chacun en tire ses conclusions, sans oublier que l'état de nos prisons ? en France tout au moins ? est dans la plupart des cas une insulte aux droits de l'homme. Sans oublier non plus que la société chinoise est profondément confucéenne, et croit à la transformation des âmes. Le terme officiel qu'utilise l'administration pénitentiaire est la "rééducation idéologique". Le principe ? La commutation des condamnations à mort en condamnation à perpétuité après 2 ans de probation, puis en fonction du comportement des prisonnières, des certificats de bonne conduite pouvant leur apporter des permissions de sortie et des remises de peine. C'est ce qui a permis à Liu d'être libérée au bout de 13 ans d'emprisonnement. Elle est sortie à temps pour accompagner les derniers jours de son père mourant. Elle a choisi de ne pas travailler, son fils subvenant à ses besoins. Elle veut "re vivre", comme elle l'a dit depuis à Sylvie Levey. D'ailleurs, elle est tombée amoureuse. Une leçon d'espoir?

Aude Riom (www.lepetitjournal.com ? Shanghai) Vendredi 5 février 2010

Informations complémentaires
Primé plusieurs fois, "Crimes suprêmes"a été diffusé sur France 2 , puis dans le monde.
Auteur et co-réalisatrice : Sylvie Levey;co-réalisateur : Pascal Vasselin
Production : Roche Productions, 45 rue de Louvain, 92400 Courbevoie. roche@rocheproductions.com

www.sylvielevey.com


ART+SHANGHAI GALLERY
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(+86-21) 62 48 43 88
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Le Petit Journal Shanghai
Publié le 5 février 2010, mis à jour le 4 février 2010
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