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Shanghai, dix ans de mutations : regards croisés de ceux qui l’ont vue changer

Qu'est-ce qui a changé à Shanghai ces dernières années ? Il suffit parfois de fermer les yeux pour mesurer le chemin parcouru. Les fils électriques emmêlés de Nanjing Lu, les scooters, les odeurs de rue, les billets froissés sortis d’une pochette plastique… puis les QR codes, les cafés design, les rues silencieuses et les livraisons à toute heure. En dix ans, Shanghai s’est transformée à une vitesse vertigineuse. Pour raconter ces mutations, nous avons donné la parole à trois regards complémentaires : • Nicolas Berthier, dirigeant fondateur de Unimold Asia installé depuis près de 20 ans, • Clarisse, fondatrice d’Arcade, agence de city tours • Li Song, humoriste, chroniqueur et “pont culturel” entre la Chine et la France. Trois trajectoires, une même ville — et des mutations profondes.

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Clarisse, Song et Nicolas, 3 entrepreneurs à Shanghai
Écrit par Yasmina Depas
Publié le 18 janvier 2026, mis à jour le 20 janvier 2026

J'ai été impressionnée par l'immensité de la ville

Quels sont vos premiers souvenirs de Shanghai ?

Nicolas : Le premier choc a été visuel. Une ville dense, chaotique, presque déroutante. Il y avait énormément de vélos, de scooters, des fils électriques partout. On s’arrêtait pour prendre des photos en se demandant comment tout cela pouvait fonctionner, cela ressemblait à l'Asie du Sud Est.

Clarisse : Moi, j’ai découvert Shanghai par le métro. Deux heures pour aller de l’aéroport à mon université. J’étais impressionnée par l’immensité de la ville, mais aussi par l’efficacité du réseau.

Song : Je suis Shanghaïen d’origine, donc mon souvenir est plus intime. Le zoo de Shanghai, l’odeur animale… et surtout l’hiver. Une humidité glaciale, pas de chauffage. On s’enterrait dans les couettes. Shanghai, c’était aussi un froid qui collait aux os. 

 

La ville est devenue plus verte et plus silencieuse

Qu’est-ce qui vous frappe le plus dans la transformation de Shanghai ?

Sur le changement le plus frappant, les trois témoignages convergent.

Nicolas : Tout a complètement disparu. On est passé à l’opposé : une ville ultra propre, moderne et organisée. 

Clarisse : Je trouve la ville plus verte et plus silencieuse. Les voitures électriques ont vraiment changé l’ambiance sonore. On respire mieux. »

Song : Avant, on voyait des gens sortir de la banque avec des briques de billets. Aujourd’hui, même le mendiant a son QR code. Moins de klaxons, moins de fumée… mais davantage d’écrans. Une modernité qui apaise autant qu’elle interroge.

Les quartiers ont-ils suivi cette évolution ?

Nicolas : À une époque, trouver un café relevait de l’exploit. Il n’y avait qu’un seul endroit, Lubic Coffee, et c’était franchement mauvais. Aujourd’hui, il y a plus de cafés que tout le reste.

Clarisse : J’ai déménagé six fois en dix ans. Des bâtiments anciens ont disparu, mais en parallèle, on a vu émerger des cantines de quartier, des musées, de nouvelles lignes de métro et des espaces verts. Shanghai est une ville en recomposition permanente. 

Song : À Jing’an, c’est comme un fleuve tranquille. On ne voit pas l’eau couler, mais un jour on réalise qu’on n’est plus sur la même rive. Entre Changping Road et Wuding Road, deux Shanghaï cohabitent : l’une locale et populaire, l’autre plus internationale — parfois sans vraiment se rencontrer. 

Tout est devenu fluide et efficace

Selon vous, Shanghai a-t-elle perdu son “âme” ?

Nicolas : Non. Elle s’est transformée. Le mélange entre rénové et neuf est extrêmement bien fait. Les nouveaux immeubles comme sur Changhu lu par exemple ont une âme et ils participent à quelque chose. 

Clarisse : Une ville doit évoluer avec son temps. Il reste encore beaucoup de longtang et de petits restaurants shanghaiens. L’âme n’est pas figée. 

Song : Shanghai n’a pas perdu son âme. Elle l’a déplacée, dispersée entre un gratte-ciel et une vieille maison en briques rouges. 

Le digital a-t-il changé votre quotidien ?

Nicolas : C’est une libération totale. Vélo, métro, Didi, paiement : tout est fluide, efficace. C’est plus qu’une libération.

Clarisse : Tout est pensé pour simplifier la vie de ceux qui travaillent beaucoup. Le gain de temps est énorme.

Song : Vivre à Shanghai, c’est être en couple avec son téléphone. C’est pratique, magique… puis un jour, on se rend compte qu’on ne sait plus payer en espèces. Entre liberté et dépendance, la sagesse serait peut-etre de garder la main sur le bouton "off"

De nombreuses aides pour monter son entreprise

Travailler et entreprendre à Shanghai : plus difficile qu’avant ?

Nicolas : Il y a quinze ans, tout le monde pouvait trouver un job. Aujourd’hui, le marché est clairement plus exigeant avec une montée nécessaire en compétences (us & coutumes, maîtrise du chinois)

Clarisse : Il y a plus de transparence, plus d’aides pour monter son entreprise, et moins de déplacements grâce à la digitalisation. C’est plus structuré. 

Song : Shanghai n’a plus besoin de figurants exotiques. Elle a besoin de ponts, de traducteurs culturels, de gens qui comprennent à la fois les subtilités d'un guanxi (réseaux, relations) et les attentes d'un siège social à Paris ou à New York.

Comment décririez-vous aujourd’hui la communauté française ?

Nicolas : Ca a toujours été un village même lorsque le nombre d'expatriés avoisinnaient les 20.000 personnes et ca l'est toujours resté, tout le monde se croise et se reconnait.

Clarisse : Je la trouve solidaire, même si je suis longtemps restée en marge dans d'autres quartiers plus chinois.

Song : Les groupes sont très soudés entre eux, mais discutent peu entre eux. Comme un plateau de fromages : chacun dans sa case, mais sur le même plateau. 

2016 – 2026 : deux époques ?

Clarisse : Le Wukang Building était inconnu du public en 2016 et est devenu une icône mondiale. C’est assez fou à observer. 

Song : Je résumerais la décennie comme ça :
– 2016 : WeChat – Cash – Optimisme
– 2026 : IA – Confort – Introspection 

Et Shanghai dans cinq ans ?

Nicolas : Je me laisse porter par l’évolution mais je me vois encore à Shanghai pour un moment.

Clarisse : Pour moi, c’est clair : ici, c’est la maison. 

Song : Shanghai, c’est un écosystème sur-vitaminé. Le futur n’y attend pas le lundi. Il arrive le mercredi après-midi. 

 

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