Édition internationale

LE JOURNAL DE SHANGHAI – lepetitjournal.com du temps de la Concession Française !

Écrit par Le Petit Journal Shanghai
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 18 mai 2015

Par Carole Colomb

Présenté comme "organe des intérêts français en Moyen Orient", le Journal de Shanghai fut le quotidien unique des francophones vivant à Shanghai du temps de la Concession Française. D'abord publié en 1872 entièrement en chinois, édité en français par la suite, il est vite devenu l'organe de presse étranger le plus puissant en Chine jusqu'en 1940. Zoom sur ces pages inédites qui racontent l'Histoire !


Un journal, c'est nécessaire ! La présence des étrangers à Shanghai a vite suscité le besoin et donc la mise en place d'informations et de publications accessibles. Le journal hebdomadaire anglais North China Herald  a inclus un supplément en chinois dès 1861 ; il a ensuite été renommé North China Daily News, et est devenu le journal étranger le plus influent de ces temps-là. Préoccupés de culture, les français ont vite pris la relève avec Le Journal de Shanghai, un quotidien particulièrement bien fourni en informations internationales, locales, pratiques, il est vite devenu l'incontournable organe de presse et moyen de diffusion des informations de la ville.

La Une du 4 septembre 1939: Déclaration de guerre, un numéro historique !

Histoire? A cette époque, il existait à Shanghai 2 487 librairies (136 à Pekin et 40 à Nankin). On peut donc deviner qu'entre 1920 et 1945, Shanghai comptait le plus grand nombre d'intellectuels de toutes les villes en Chine.  Il semble que 129 numéros du Journal de Shanghai en français aient été imprimés pendant 14 ans, le dernier numéro étant paru le 11 mai 1940. Plusieurs directeurs et rédacteurs en chef se sont succédés dont Jean Fontenoy le premier et G.S Moresthe le dernier. Le Journal de Shanghai coutait 10 cents, et on pouvait s'y abonner dans toute la Chine pour l'année, à Shanghai ceci revenait à 29 dollards en 1939 (1 dollard valait 6,17 francs a cette époque). Il contenait parfois des suppléments illustrés sur des sujets culturels. Sa publication devait être largement financée par la publicité, au vu du grand nombre d'encarts publicitaires de tout genre y figurant, et en particulier sur les premières pages. 

Distribution Les bureaux et certainement l'imprimerie et le centre de distribution étaient situés au 21, rue du Consulat, tout près du Quai de France, du consulat et de l'hôtel des voyageurs : l'Hôtel des colonies, où le journal était distribué. La Rue du Consulat est aujourd'hui Jinling Lu, le bâtiment du consulat qui était au coin avec le Bund a été détruit, et au numéro 21, rien ne laisse présager qu'un journal y était préparé et imprimé quotidiennement ! Il est possible de consulter des exemplaires du Journal de Shanghai à la bibliothèque des Jésuites attenante à la cathédrale Saint Ignace, mais il faut adhérer. La Bibliothèque Nationale de France s'est chargée de numériser la plupart des pages, vous pouvez les télécharger gratuitement. 

Sources Les informations provenaient pour beaucoup des agences de presse internationales : Reuther, Havas pour la plupart. Des rédacteurs locaux alimentaient les articles sur les événements de la ville ou agrémentaient les pages de billets. On y trouvait également parfois des romans feuilletons édités sur plusieurs semaines comme par exemple Arsène Lupin de Maurice Leblanc. Si les textes étaient denses, l'écriture serrée, et les pages bien remplies, Le Journal de Shanghai illustrait parfois ses articles avec des photos. Il semble que Louis-Philippe Messelier, un jeune Français travaillant également dans le commerce de la laine, ait été un journaliste photographe pour le Journal de Shanghai. Ses clichés sont pris dans les rues populaires, dans les lieux de l'aristocratie, à la campagne ou encore dans les studios de cinéma, ils montrent déjà la tradition juxtaposée avec la vie moderne de Shanghai. 

Beaucoup d'infos pratiques Le Consulat de France (le consul y écrivait souvent en personne), le chef de la police, les hôpitaux, les services sanitaires ou les pharmacies ainsi que les institutionnels des autres concessions étaient aussi des sources d'information, de bulletins et d'avis au public importants.

Dans les pages du journal de Shanghai, le lecteur pouvait trouver les bulletins météo, les horaires d'arrivée ou de départ des bateaux pour la Chine, l'Europe ou l'Amérique, la liste des spectacles en cours, les courses au canidrome, les programme radio, les arrivées ou départ du courrier postal, les cours de la Bourse de Paris et de celle de Shanghai, des retranscriptions des discours des présidents dans le Monde, les actualités nationales et internationales, des poèmes, les films à l'affiche des nombreux cinémas de la ville, et les petites annonces.

Les médecins étaient même autorisés à y faire de la publicité, et au vu de leur spécialité, on devine que les nuits à Shanghai à l'époque étaient parfois des nuits coquines !

Au delà de la richesse des informations trouvées à chaque page lors de sa lecture aujourd'hui, des rires et sourires que certaines informations ou images provoquent, du témoignage extraordinaire que ce journal représente, c'est aussi un véritable plaisir et on s'imagine bien le feuilleter en terrasse du restaurant Normandie Avenue Joffre en 1930. lepetitjournal.com/shanghai ne se feuillette pas mais se lit tout autant, se veut aussi éclectique et saura être, j'en suis sûre, le reflet de notre époque à l'image de son aïeul !

Carole Colomb lepetitjournal.com/shanghai Mardi 19 Mai 2015

Le Petit Journal Shanghai
Publié le 18 mai 2015, mis à jour le 18 mai 2015
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