JEAN-MICHEL PEYRAT, ARTISAN DU BOIS SUR-MESURE – Savoir-faire et transmission, de l’Aveyron à Shanghai !

Par Le Petit Journal Shanghai | Publié le 03/10/2016 à 19:30 | Mis à jour le 02/04/2017 à 05:24

Par Delphine Gourgues

Originaire de l'Aveyron, Jean-Michel Peyrat a toujours eu la passion du bois. Après des années passées auprès des Compagnons du Tour de France, il élargit ses horizons et parcourt le monde entier. Tour à tour artisan indépendant, bénévole dans des associations humanitaires, missionné pour l'Unesco ou l'Union Européenne, il reste fidèle à ses convictions de découverte permanente de l'autre et de transmission de son savoir. Aujourd'hui installé à Shanghai (mais depuis plus de quinze ans en Chine), il crée et restaure du mobilier, avec toujours le même amour du bon et beau produit. Zoom sur un expert de l'éternel recommencement?

Au commencement était l'amour du bois

Né dans l'Aveyron, dans le village de Rouens plus exactement, Jean-Michel Peyrat a toujours aimé le bois. Il a d'ailleurs commencé à créer des objets et à se fabriquer ses propres jouets en bois dès l'âge de huit ans ! Pas franchement passionné par les études, il s'oriente rapidement vers un CAP en menuiserie. Pour la suite, il caressait bien le rêve de l'école Boule mais le prix était trop élevé. Il trouve un jour un dépliant sur les Compagnons du Tour de France et les contacte, mais malchance, toutes les places étaient prises? Il commence donc à travailler chez un artisan pendant l'été. C'est alors que les Compagnons le rappellent, suite à un désistement, et proposent de le prendre, il a 48h pour se décider. Le lundi suivant, il part donc sur Toulouse pour devenir "ouvrier sur le Tour du Monde", il a alors 16 ans?

Les Compagnons du Tour de France, une expérience extraordinaire !

Cette école (de la vie) propose une formation en alternance, gratuite et itinérante, pendant laquelle les apprentis travaillent en entreprise en journée et prennent des cours le soir. Pendant sept ans, Jean-Michel fait donc son tour de France, restant dans chaque ville entre  six et neuf mois, pour acquérir le savoir-faire de cette région. Accueilli dans les maisons des Compagnons, il y fait des rencontres d'une richesse inégalable et se forme à des nombreuses techniques et multiples matériaux. Le seul engagement d'un Compagnon est de transmettre à son tour son savoir acquis, Jean-Michel s'y met au bout de quatre ans de compagnonnage. Si les Compagnons du Tour de France existent depuis huit siècles en France et en Europe, ils restent une méthode d'enseignement de l'artisanat unique, et ont aujourd'hui repoussé les frontières pour envoyer leurs apprentis autour du monde.

Petit précis de vocabulaire

Ebéniste : artisan spécialisé dans le placage des bois précieux (à l'origine l'ébène), par extension, artisan spécialisé dans le mobilier de luxe. Cette profession n'existe plus vraiment, même si l'appellation reste utilisée par certains.

Menuisier : professionnel qui travaille le bois, sous toutes ses formes (meubles massifs, portes, fenêtres, boiseries?).

Jean-Michel Peyrat se présente comme menuisier en agencement, mais réalise aussi du placage et travaille toutes sortes de bois et autres matériaux (pierre, verre, métaux?)

 

Citoyen-menuisier du monde

Si Jean-Michel est rentré créer son atelier de menuisier en agencement dans l'Aveyron vers l'âge de 23-24 ans, il a vite été chercher ses clients un peu partout en France, en commençant par les fameux cafetiers parisiens originaires de la région. Son concept : faire créer aux gens leurs meubles, 100% sur-mesure, ne pas sacrifier l'aspect pratique et utile à l'esthétique. Il travaille avec des apprentis, maximum quatre personnes dans son atelier car il avoue "gérer du personnel, je ne sais pas faire !"? C'est alors que Jean-Michel Peyrat rencontre des gens qui vont l'envoyer à l'autre bout du monde ! Des clients du centre de tests de l'EDF dans l'Aveyron lui parlent d'un projet humanitaire au Vietnam, pour construire une école à Hué, ancienne capitale impériale du pays. "L'hiver est très froid chez nous, on n'est pas très efficace dans un atelier où il fait -15oC le matin, j'ai donc décidé de partir pour quelques mois !". Nous sommes en 1994. Là-bas, il peut donner libre cours à sa passion, créer, restaurer, donner et transmettre, le tout bénévolement ! Il est ensuite contacté par l'UNESCO pour restaurer le fameux théâtre de la Cité Interdite de Hué, tout en bois polychromé, une belle réalisation ! Puis, il est envoyé à Angkor au Cambodge pour un autre projet d'école. Son dossier (un an de préparation !) sera financé par le Ministère de la Coopération.

Des plus belles expériences aux gros coups durs?

"Les Compagnons m'ont appris à pouvoir partir de zéro et à m'adapter partout. Le Cambodge m'a permis de me redécouvrir et m'affirmer. Maintenant, je sais faire de mes points faibles des points forts !" Par exemple, la langue. Pour lui, ne pas parler la langue du pays n'est pas un problème. "Dans mon métier, on peut convaincre par le geste et le contact". "Si je n'avais pas vécu cette expérience au Cambodge, je ne serai pas ici aujourd'hui !", conclue-t-il. Jean-Michel passe donc toutes ces années à former des artisans en menuiserie, en sculptures sur pierre aussi. "Les process sont identiques, c'est la matière qui change". Il leur apprend aussi à fabriquer des objets pour les vendre et nourrir leurs familles. L'Union Européenne reprend le projet, l'élargit au niveau national. Mais quand certains clients lui demande de falsifier des rapports pour obtenir de nouveaux financements publics ("comme souvent quand il y a de l'argent subventionné" déplore-t-il), il finit par claquer la porte.

De retour dans son atelier aveyronnais, il reprend ses restaurations et créations plus locales. Mais le sort s'acharne, en 1999, il se casse la colonne vertébrale, sous le poids d'une grosse armoire? Il faut arrêter l'atelier sinon c'est la chaise roulante? Jean-Michel n'a pas 40 ans quand il entend ce diagnostic. Reconnu invalide, il repart, peu convaincu, en formation. Et là, il retrouve un professeur ancien-"Compagnon", qui le remet sur pied et l'oriente vers le métier de technicien de production, c'est-à-dire expert en mobilier industriel. Puis il est vite rattrapé par le virus de l'international, puisqu'il est contacté par une entreprise qui lui demande d'aller au Vietnam pour former des artisans et fabriquer des meubles pour le marché américain. Par challenge, il répond "l'avenir c'est la Chine !" et débarque à Canton, en janvier 2000, sans contact, en ne parlant que français? Le 11 septembre 2001 avortera ce projet mais Jean-Michel est relancé ! Référencé par des cabinets de consultants, il réalise de 2000 à 2005 pour l'Union Européenne plusieurs missions d'audit d'usines, toujours dans le domaine du mobilier. Algérie, Maroc, mais aussi Chine, pour des achats de matières premières notamment?

Les leçons de la Chine

Depuis 2005, il se concentre sur la Chine. Il monte une société de contrôle qualité pour des clients français et s'installe à Canton. Toujours dans la logique du compagnonnage et de la transmission, il emploie des stagiaires en permanence, certains veulent revenir, comme Quentin qui deviendra, et est toujours, son associé. Jean-Michel, exalté par l'aventure chinoise, décide alors de lancer sa propre ligne de meubles. Mais le marché a évolué, les interlocuteurs ne sont plus des professionnels du mobilier mais des acheteurs, "on ne parle pas le même langage? Et puis je ne suis pas commercial dans l'âme", reconnaît-il.  Après une autre tentative infructueuse en 2012 de "prototypage mobilier", dans le Fujian, il convertit finalement son entreprise en une société de design, qui propose des projets désignés en Chine mais qui ne s'occupe plus de la production. Ayant réduit la voilure, il décide alors d'en laisser les rennes à son associé Quentin et de se relancer comme artisan à Shanghai, où il connaît déjà pas mal de monde.

Nouveau départ à Shanghai

Arrivé il y a cinq mois, il a ouvert son atelier de menuiserie et a la chance de pouvoir profiter de bureaux au sein de la société ADEN. Encore un nouveau challenge, et c'est bien cela qui lui plaît ! Il travaille pour des particuliers, en faisant marcher le bouche-à-oreille, en proposant des meubles sur-mesure, de la restauration, ainsi que des objets, des sculptures... Et qu'on se le dise, sur-mesure ne signifie pas forcément hors de prix ! Il travaille tous les matériaux y compris l'alu, le plexis, le verre, la laque. Aidé par son associé Quentin qui se charge du design, il a par ailleurs déjà créé plusieurs réalisations pour des professionnels : mobilier d'entreprise, comptoirs d'accueil, showrooms... Ses projets du moment ? La rénovation du bar du Kartell, et la conception de micro-hôtels (en partenariat avec ADEN), sorte d'hôtels Formule 1 pour le marché chinois?

Toujours dans cet esprit de générosité et de partage, Jean-Michel Peyrat s'engage pour le Téléthon 2016 à Shanghai ! En effet, il va créer un meuble, pièce unique, qui sera proposé, lors du gala annuel de fin d'année, traditionnellement organisé par l'UFE (Union des Français de l'Etranger).


Jean-Michel Peyrat est bien un homme aux mille vies, avant tout amoureux de ce matériau qu'est le bois, et qui veille à appliquer dans tous ses choix sa devise favorite : "Le savoir, le savoir-faire, le faire savoir".

Pour contacter Jean-Michel Peyrat :

Email : jmp.lbc@gmail.com

Tel. : +86 137 09 39 85 12

Crédits photos personnels

Delphine Gourgues lepetitjournal.com/shanghai  Mardi 4 octobre 2016

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