Démarrés en 2024, les tests du C919en vue de l'obtention de la certification européenne prennent de la vitesse à Shanghai où l'on note une présence accrue et prolongée d'inspecteurs, pilotes d'essai et techniciens européens.


Qu’est-ce que le COMAC C919?
C’est un avion bi-réacteur moyen courrier à fuselage étroit construit en Chine depuis 2015 par l’avionneur Chinois COMAC en concurrence directe avec les leaders mondiaux Airbus et Boeing.
Comme toute chose en Chine, son nom a une symbolique particulière: le C vient du nom du constructeur COMAC, le 9 est un chiffre symbolisant la longévité et le 19 fait référence aux 190 places passagers à son bord.
La conception et l’assemblage de l’avion se font sur le site de production localisé à Shanghai, sauf pour les moteurs qui proviennent pour le moment des fournisseurs étrangers (Safran et General Electric).
Son premier vol a eu lieu le 5 mai 2017 et le premier vol commercial le 28 mai 2023 après l’obtention de la certification l’année précédente. Il relie l’aéroport de Hongqiao à Shanghai à Beijing-Daxing.
Depuis, le C919 a transporté plus de 4 millions de passagers sur 46 itinéraires et il a opéré 4300 vols rien que durant la période de vacances du Nouvel An chinois, prouvant par la même sa robustesse et sa fiabilité.
Vers une certification européenne
Les premières évaluations en vue d’une future certification du C919 ont démarré à la fin de 2024.
D’après les dernières informations, rapportées notamment par South China Morning Post, les techniciens et les pilotes d’essai de l’EASA (European Aviation Safety Agency) se sont installés à Shanghai pour une longue durée afin de mener non seulement des vols tests mais aussi des vérifications au sol poussées sur le fleuron de l’aviation chinoise.
Ceci dans le cadre de la troisième phase du chemin vers une certification européenne, sur un total de quatre. Chaque évaluation de vol est ainsi suivie d’une analyse approfondie, de formalités administratives et de vérifications techniques. Avec l’accent mis notamment sur l'intégration des composants, la traçabilité des matériaux et les redondances de sécurité.
Le premier vol commercial du C919 pour China Eastern datant de 3 ans, la quantité de données disponibles pour analyse est déjà significative pour les inspecteurs européens.
Les représentants de l’EASA ont également inspecté les sites d’assemblages de l’avion à Shanghai dans le but de comprendre les standards de production.
De son côté, la CAAC (Civil Aviation Administration of China) a impliqué ses meilleurs pilotes alors que l’opérateur China Eastern Airlines (actuellement comptant 10 C919 dans sa flotte) et le constructeur (COMAC) donnent plein accès aux données opérationnelles, dossiers d’entretien et de réparations et d’autres informations relatives aux vols domestiques déjà effectués par le C919.
Une transparence totale en vue d’accélérer le processus de certification sur le marché global.
Le sésame pourrait également profiter aux occidentaux en donnant accès à l’exportation et contrats de leasing jusque là réservés aux opérateurs chinois uniquement.
De leur côté, les autorités aéronautiques chinoises y voient un potentiel pour concurrencer effectivement les deux acteurs majeurs du marché actuel: Airbus et Boeing.
Défis et enjeux
Bien que la date de certification finale ne soit pas encore connue, cette accélération dans les démarches est significative. Les dernières annonces en date de l’EASA concernant le processus de certification situaient l’obtention de la certification quelque part entre 2028 et 2031.
C’est que les aspects et performances techniques de l’aéronef chinois ne sont pas les seuls facteurs en jeu. Comme c’est souvent le cas, les considérations géopolitiques ont leur rôle à jouer dans le processus dont ils peuvent influencer fortement la rapidité. En septembre dernier, Bloomberg avait annoncé que l’objectif initial de COMAC de produire 75 avions en 2025 avait été réduit de deux-tiers.
Ceci dit, l'américain Boeing est également impacté par la situation tendue entre la Chine et les US ce qui pourrait avoir un impact sur son programme de livraison de nouveaux avions.
La production de l’aéronef chinois dépend également de certains composants provenant des fournisseurs occidentaux ce qui rajoute à la complexité des certifications.
Autre aspect important: la conformité avec les protocoles de sécurité européens et problèmes liés au Système Global de Navigation Satellite.
Sans oublier le poids symbolique de l’accession d’un troisième joueur, chinois qui plus est, au duopole existant de longue date dans la catégorie avec B737 et A320.
Les optimistes préfèrent penser que les liens commerciaux existants entre la Chine et les compagnies aéronautiques européennes devraient peser positivement sur le processus.
Quant à COMAC, il table sur une livraison de 33 C919 avant la fin de 2026.












