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LA CHINE AUX JO DE RIO 2016 - Un "flop historique" et quelques polémiques

Écrit par Le Petit Journal Shanghai
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 22 août 2016

De Gaëlle Déchelette

La Chine a fait sa plus mauvaise performance depuis les JO d'Athènes de 2004, et perd sa deuxième place habituelle derrière les Etats-Unis. Outre ces résultats, diverses polémiques ont émaillé les Jeux de Rio, et nous vous proposons de revenir sur les différents évènements qui ont marqué cette grande manifestation sportive.

Le costume de la délégation chinoise, crédit photo People Daily

Du positif d'abord

Chen Guanming, un Chinois de 60 ans, est arrivé sur son vélo à Rio, après avoir effectué un périple pour assister en 2004 aux JO d'Athènes, en 2008 à ceux de Pékin et en 2012 aux Jeux de Londres. Son message est inscrit en chinois et en anglais sur une banderole : « Promouvoir l'esprit olympique, espérer la paix dans le monde ». Avec 50 km par jour en moyenne, l'homme a pédalé pendant 15 ans et a déjà parcouru 170,000 kilomètres ! Après les JO de Rio, il compte repartir pour l'Europe, la Scandinavie, avant de rallier le Japon pour les Jeux de Tokyo en 2020. Un bien bel exemple de l'esprit sportif.

Ensuite, une bonne surprise pour la Chine en vélo, d'autant plus que c'est un entraîneur français, Benoît Vêtu (cocorico !) qui a mené l'équipe de Chine de vitesse à la victoire. Une première pour les sprinteuses, et leur entraîneur qui va désormais se tourner vers d'autres horizons.

Equipe de cyclisme sprint féminine, crédit photo L'Equipe

Enfin, beaucoup se sont demandés quelles étaient ces marques rouges et rondes dans le dos d'athlètes comme Michael Phelps. Les Chinois ont donc pu se vanter d'avoir « aidé » le nageur dans sa victoire grâce à la technique de « cupping » utilisée en médecine chinoise. Cette méthode, parfois douloureuse, consiste à aspirer la peau à l'aide de ventouses. Elle est réputée en Chine pour combattre les douleurs musculaires et articulaires, et même vaincre le rhume. Avec la couverture médiatique des Jeux, nul doute que cette méthode ancestrale va connaître un grand engouement.

Les polémiques qui ravivent l'esprit nationaliste

Les athlètes chinois se sont plaints sur les réseaux sociaux de vols et de dysfonctionnements dès leur arrivée à Rio. Ainsi Shi Dongpeng, coureur du 110 mètres haies, s'est fait voler son ordinateur à son arrivée. Fan Zhendong, pongiste, publiait une photo de sa tringle de douche cassée sur le village olympique, l'occasion pour les internautes chinois de railler l'organisation des jeux et de rappeler que les JO de Pékin en 2008 s'étaient déroulés sans accroc.

Ensuite, il y a eu l'affaire du drapeau : les drapeaux chinois utilisés lors de la cérémonie du 10 mètres tir étaient incorrects ; en effet les 4 petites étoiles étaient parallèles à la grande étoile, alors qu'elles doivent pointer vers elle. Les officiels des JO de Rio se sont excusés, arguant que les drapeaux avaient été validés par la Chine avant la mise en production. Mais pour parer à toute polémique, de nouveaux drapeaux ont été commandés sur le champ. D'autres erreurs ont été commises dans les médias, une chaîne australienne ayant utilisé le drapeau chilien à la place du drapeau chinois dans un reportage.

Puis il y a eu la défaite du boxeur chinois Lu Bin, dans la catégorie mi-mouche, qui, persuadé d'avoir gagné le titre, brandit son poing en l'air tandis que l'arbitre désigne son adversaire le Kenyan Peter Mungai Warui comme le vainqueur. Une scène qui a fait le tour du net et suscité des critiques de la part des Chinois concernant l'arbitrage, considéré comme injuste envers l'athlète chinois.

Défaite du boxeur chinois Lu Bin, crédit photo Atlantico

Et puis encore une fois, les gymnastes chinoises ont été accusées d'être plus jeunes que les 16 ans réglementaires, avec des soupçons, comme ce fut le cas en 2008 pour la médaillée d'or He Kexin, contre la fédération chinoise de gymnastique qui aurait « vieilli » artificiellement ses athlètes.

Mais la plus grande polémique des JO restera malheureusement celle qui opposa la France à la Chine. Le nageur français Camille Lacourt a en effet accusé son homologue chinois Sun Yang de dopage, et son allocution a grandement choqué les internautes chinois, qui l'ont accusé de racisme et exigé des excuses. Des messages d'insultes ont été postés à l'encontre de l'athlète français jugé vulgaire, alors que Michael Phelps, qui a lui aussi porté la même accusation, était plus mesuré dans ses propos. Sun Yang avait été contrôlé positif en 2014  et avait écopé de trois mois de suspension. S'il n'est pas incriminé cette fois-ci, c'est la nageuse nageuse Chen Xiyi, 4e au 100 mètres papillon, qui a été testée positive à un produit masquant les produits dopants. Cette dernière a fait appel et demandé des tests complémentaires.

Un autre sujet de discussion sur le net chinois fut la tenue officielle des athlètes, jaune et rouge, que d'aucuns comparent au plat typique ???? fanqie chaodan, ?ufs brouillés à la tomate, ou à une tenue de serveur de restaurant  bas de gamme. L'homme responsable de ce « désastre » n'est autre que Ye Zhaoying, qui a conçu les tenues des athlètes chinois des trois derniers JO. Le public chinois déplore que la délégation chinoise ne choisisse pas de designers de renom pour la création des tenues, comme c'est le cas dans d'autres pays.

De bonnes surprises

Loin des polémiques, certains athlètes chinois ont fait la une des médias étrangers, pas tant pour leur performance que pour  leur vie privée et leur caractère. Ainsi la jeune He Zi, médaillée d'argent en plongeon, a été demandée en mariage devant les caméras à la descente du podium. L'amoureux éperdu n'est autre que Qin Kai, lui-même médaille de bronze en plongeon synchronisé à 3 mètres, qui s'est agenouillé devant He Zi avec une bague dans un écrin de velours. Un moment « ?? » ke'ai, (mignon), d'autant plus que la jeune femme, d'abord surprise, a évidemment acquiescé, avant de verser une larme.

La demande en mariage de la nageuse He Zi, crédit photo Huffington Post

Cependant la révélation de ces JO 2016 fut la nageuse chinoise Fu Yuanhui, considérée comme fraîche et spontanée lorsqu'elle se plaint des combinaisons qui compriment la poitrine, ou qu'elle évoque ses difficultés avec la langue anglaise. Cette athlète pas comme les autres a séduit tout un public, avec l'innocence de ses 20 ans et son franc-parler, notamment quand elle parle de son impossibilité à trouver un petit ami, du fait de sa grande taille, qui serait due à beaucoup de lait et de sommeil lorsqu'elle était enfant !

La nageuse chinoise Fu Yanhui

Cette jeune femme a également brisé un tabou après le relais 4x100 mètres, en s'excusant de sa performance, expliquant "mes règles ont commencé hier, je me sens très fatiguée". Par cette simple phrase, la nageuse rappelait ainsi au monde que les règles peuvent être douloureuses et impacter la performance des athlètes féminines. Un problème de santé comme un autre, bien loin des publicités pour les serviettes hygiéniques qui montrent des femmes rayonnantes et pleine d'énergie pendant cette période du mois. Et pour le public chinois, qui s'étonnait qu'elle puisse nager tout en ayant ses règles, de révéler l'existence du tampon hygiénique (seuls 2% des Chinoises en utilisent), qui a pour (fausse) réputation d'abîmer l'hymen des femmes. Coïncidence marketing ou non, la première marque de tampon chinoise était lancée la semaine dernière.

Entre nonchalance et déception

Malgré toutes ces bonnes nouvelles, les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances. Et si à la deuxième semaine des Jeux, les médias chinois titraient « la Chine ne court plus après les médailles », l'agence de presse nationale Xinhua utilisait amèrement la formule de « pire flop olympique » quelques jours avant la fin des Jeux. En effet, le nombre de médailles obtenues à ce jour ne dépasse pas celles obtenues lors des JO d'Atlanta en 1996. De plus la Chine était habituée à la deuxième place derrière les Etats-Unis depuis les Jeux d'Athènes en 2004, et tout le monde en Chine se souvient de l'incroyable score de 51 médailles d'or pour les JO de Pékin en 2008.

Mais cette année la Chine finit avec 70 médailles dont 26 d'or, 18 d'argent et 26 de bronze, ce qui l'amène à la 3e place derrière le Royaume Uni (66 médailles dont 27 d'or). Les internautes chinois s'insurgent contre ces résultats désastreux, parlant de mauvais « retour sur investissement » des fonds publics utilisés pour l'entraînement des athlètes. Une délégation pourtant venue en nombre, avec 416 sportifs, la plus importante de l'histoire des JO pour la Chine.

Une troisième place d'autant plus difficile à avaler que le Royaume-Uni fait figure de « petit » pays, et que les athlètes de badminton, plongeon et gymnastique chinois n'ont pas raflé les médailles d'or espérées. En tir, la championne Du Li a perdu son titre, de même que le nageur de 400 mètres Sun Yang. En gymnastique, pour la première fois depuis les jeux de Los Angeles en 1984, la Chine n'a remporté aucun titre en individuel et seulement deux médailles de bronze en équipe.

Un bilan mitigé pour les athlètes chinois qui n'en finissent pas moins avec les honneurs puisqu'ils figurent sur le podium des trois meilleures nations au monde. Nous leurs souhaitons donc un bon retour au pays et ?? jiayou, courage, pour les JO de 2020 à Tokyo!

Gaëlle Déchelette lepetitjournal.com/shanghai Lundi 22 août 2016 

Le Petit Journal Shanghai
Publié le 21 août 2016, mis à jour le 22 août 2016
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