

La fidélité n'est pas une qualité très répandue dans les ménages chinois. Les ernai, ou "secondes épouses", n'appartiennent pas qu'au passé d'une Chine sous l'autorité d'un empereur, mais existent encore et toujours en 2015. Considérées comme un signe extérieur de richesse, elles représentent la réussite de l'homme qui les entretient.
Concubine : le mot fait immédiatement référence à des temps anciens dans une Chine traditionnelle. Les cinéphiles pourront également se remémorer les oeuvres magnifiques Adieu ma concubine de Chen Kaige et Epouses et Concubines de Zhang Yimou. En effet, l'empereur de Chine jouissait de centaines de concubines au sein de la Cité interdite. Cependant, cette "relique du féodalisme" (selon l'expression employée par Mao), qui s'était diffusée parmi les mandarins, a été officiellement abolie avec la victoire des Communistes en 1949, le programme du Parti établissant l'égalité entre les sexes. Cette pratique n'a pourtant jamais réellement été éradiquée et, depuis plusieurs années, est même devenue un article de luxe parmi tant d'autres qui "donne de la face" à l'amant.
La femme en tant qu'objet est donc bien une réalité en Chine. Les hommes chinois ne lésinent d'ailleurs pas sur la dépense pour pouvoir s'enorgueillir d'être avec une jeune femme de la "meilleure qualité", en l'occurence issue de la province "où elles ont la peau la plus belle" : le Sichuan. Pour les quelques rêveurs qui croient encore à la passion du coup de foudre, ce n'est pas le cas ici : "dans la plupart des cas, l'argent est au coeur de la relation", reconnait Zheng Baichun, célèbre avocat impliqué dans la défense des maitresses. Le phénomène est tel qu'aujourd'hui des constructeurs automobiles étrangers identifient un segment du marché appelé "voitures de maitresses" !

Un combat difficile contre des habitudes bien ancrées
Certaines villes situées dans le sud de la Chine ont acquis le nom de "villages des concubines", tant le nombre d'habitantes vivant de cette activité est élevé. L'une des provinces les plus concernées serait celle du Guangdong, où entre 60 et 70% des citadins auraient une "seconde épouse". C'est pourquoi les étudiantes de la province doivent assister à un cours leur inculquant "l'estime de soi, l'autonomie et le développement personnel".
Des efforts ont été réalisés au niveau de la loi afin de dissuader les potentielles concubines de commencer ce "business". Elles ne peuvent donc pas poursuivre en justice leurs amants pour leur réclamer l'argent ou les biens promis, mais les épouses officielles peuvent demander le remboursement de l'argent donné par le mari à sa concubine. De plus, les cadres du Parti et leurs maitresses sont aussi visés par des mesures très strictes : sept ans de prison pour les "amours secrètes" des officiels corrompus, la concubine étant considérée comme complice par l'argent qu'elle recoit.
Des épouses ne se préoccupent pas de la loi et passent directement par des détectives privés en vue d'obtenir des dossiers solides pour le divorce. Certaines vont même jusqu'à faire appel à la "tueuse de concubines", surnom donné à Zhang Yufen. "Si je ne réussis pas à faire revenir les maris de ces femmes à la maison, je veux au moins les aider à toucher des indemnités", affirme cette dernière. Et ses méthodes sont efficaces : elle n'hésite pas à faire des descentes dans les hôtels avec parfois de violentes échauffourées !

Alexandre Pouilly lepetitjournal.com/shanghai Mardi 22 Décembre 2015







