Édition internationale

CHINOISES CÉLIBATAIRES – Quand modernisme et tradition s’entrechoquent !

Écrit par Le Petit Journal Shanghai
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 10 novembre 2016

Par Lydie Helmy

Depuis plusieurs années déjà, les sites chinois de vente en ligne (Taobao, JD, etc.) célèbrent la journée des célibataires le 11 novembre, ou 11/11 en raison du chiffre 1 qui symbolise le célibat. Ils proposent des promotions alléchantes sur toutes sortes de produits qui vont rendre hystériques les quelques 360 millions de consommateurs en ligne chinois ! Néanmoins, c'est la catégorie des célibataires qui est ouvertement visée pour l'occasion, qui s'ils ne peuvent pas encore acheter maris ou femmes au rabais, sont incités à se faire plaisir ! En effet, les célibataires chinois sont en constante augmentation, et luttent à leur manière contre l'institution sclérosante du mariage. Ce phénomène touche en particulier un certain type de femmes chinoises, les shengnu.

Qu'est-ce qu'une shengnu ?

Une shengnu, ou femme délaissée (on dit aussi leftover woman), est une femme célibataire de plus de 27 ans, titulaire d'un diplôme d'études supérieures élevé et ayant un poste de haut niveau, qui vit dans une grande ville comme Pékin ou Shanghai.

Pourquoi un tel phénomène ?

Selon Kelly, célibataire de 38 ans, manager pour la Chine dans une société d'ameublement, "la plupart des hommes chinois conserve la mentalité traditionnelle selon laquelle l'homme doit gagner le salaire le plus élevé du couple, et prendre les décisions importantes". Pour ces femmes fortes, le territoire de chasse se réduit ainsi à une catégorie socio-professionnelle d'hommes encore plus établis qu'elles, ce qui diminue considérablement les opportunités de rencontres !

Kelly ajoute que "plus l'âge de la shengnu est avancé, plus il lui sera difficile d'intéresser un Chinois, même si le salaire de ce Chinois est plus élevé que le sien." Pourquoi ? "Parce qu'il souhaitera forcément avoir un enfant?". Un peu de sport et beaucoup d'élixir de jouvence pourraient sans doute aider à masquer à ces chers Messieurs l'âge des demoiselles pas encore bonnes à jeter aux orties?

Le phénomène de célibat existe aussi parce que la shengnu refuse la pression sociale et familiale qui impose le mariage à tout prix. "Certaines filles sont prêtes à tout pour entrer dans le cadre préconçu du mariage", dit Maggie, 30 ans, avocate. La shengnu préfère vivre seule, se faire plaisir en prenant le temps de trouver le bon mari avant tout engagement, lourd de conséquences ! En effet, Maggie précise qu' "en Chine, on ne se marie pas avec un homme, on se marie avec sa famille, et surtout sa mère !". Ah, la belle-mère ! Ce phénomène serait donc universel? Après le mariage, la nouvelle épouse intègre la famille du mari où, comme dans toute famille chinoise, la marâtre règne d'une main de fer et peut débarquer à tout moment : "Elle possède le double des clés de l'appartement, peut passer deux semaines chez le couple si elle n'habite pas la même ville et tannera la belle-fille pour qu'elle lui fasse un bébé rapidement !". Et Magie ajoute : "Cela va sans dire que lorsqu'une Chinoise devient mère, elle coupe les ponts avec ses amis !". Un tableau qui ne fait pas envie du tout ! Tout à coup, on comprend mieux les choix de la shengnu ...

Le modèle chinois pour la femme ne plait pas aux jeunes cadres urbaines d'aujourd'hui. Selon Maggie, "le mariage n'est pas la seule voie pour exister et construire. Je crois à la liberté donnée à chacun de trouver sa propre voie."

Est-ce que la shengnu devrait rencontrer son homologue masculin, appelé "branche nue" (bare branch), victime de la politique de l'enfant unique qui a engendré un déséquilibre numéraire significatif entre les hommes et femmes [1] ? Assurément non ! Les "branches nues" vivent en milieu rural ou pauvre et ne possèdent pas de moyens financiers suffisants pour se marier. On dit même qu'ils vont trouver des épouses en Asie du Sud-Est...

[1] Selon les statistiques officielles, il y aurait 117 hommes pour 100 femmes.

 

 

Pour en savoir plus :

 

Lisez notre article  

CATHERINETTES CHINOISES - La pub qui a ému la toile

Lydie Helmy lepetitjournal.com/shanghai Vendredi 11 novembre [rediffusion du 11/11/15]

Le Petit Journal Shanghai
Publié le 10 novembre 2016, mis à jour le 10 novembre 2016
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos