Chine : Tour de piste pour Xi Jinping à Hong Kong

Par Le Vent de la Chine | Publié le 04/07/2022 à 21:30 | Mis à jour le 05/07/2022 à 10:26
xi jinoing hong kong

Après 900 jours passés en Chine continentale, le président Xi Jinping a finalement mis un terme à son « confinement » pour aller célébrer le 25ème anniversaire de la rétrocession de l’ancienne colonie britannique à la Chine (30 juin – 1er juillet). Cela faisait des mois que les observateurs spéculaient sur la probabilité de cette visite, officiellement confirmée en dernière minute.

 

Quoiqu’aucun dirigeant chinois n’ait jamais manqué la prestation de serment des chefs de l’exécutif local depuis 1997, le déplacement du leader, accompagné de son épouse Peng Liyuan, n’allait pas exactement de soi.

En effet, le contexte actuel présentait à la fois un risque sanitaireHong Kong enregistre près 2000 cas de Covid-19 par jour – et sécuritaire, car malgré un important dispositif de sécurité déployé pour l’occasion, la « région administrative spéciale » (RAS) passe pour « indisciplinée » depuis les grandes manifestations antigouvernementales de 2019.

Pour ces raisons, le leader a préféré passer la nuit du 30 juin de l’autre côté de la frontière, à Shenzhen, pour revenir le lendemain assister à la cérémonie d’intronisation de John Lee et des membres de son administration. Un curieux arrangement qui a été perçu comme impoli aux yeux de nombreux Hongkongais.

Tout un symbole

Au total, le dirigeant n’a passé que 10h sur place contre 3 jours lors de son précédent séjour en 2017. Cependant, la portée de cette visite éclair est éminemment plus symbolique que celle d’il y a cinq ans.

Il faut dire que 2022 est une année charnière pour Xi Jinping, qui doit être celle de sa réélection au prochain Congrès. Venir à Hong Kong lui permet donc d’afficher son assurance en amont de ce grand rendez-vous politique.

Plus fondamentalement, Hong Kong se trouve à mi-parcours de l’échéance de 2047 qui était censée marquer la fin du principe « d’un pays, deux systèmes » négocié dans les années 80 entre Margaret Thatcher et Deng Xiaoping. À l’époque, ce dernier avait promis que « rien ne changerait pendant cinquante ans ». Cependant, le passage en force par Pékin d’une loi de sécurité nationale en 2020 suivie d’une réforme du système électoral « gouverné par des patriotes », a réduit à néant l’opposition et poussé à la fermeture de nombreux syndicats, ONG et médias indépendants.

Même si l’Occident interprète ces changements comme une violation de la déclaration commune sino-britannique de 1984 (un simple « texte historique » selon Pékin) et la fin prématurée du principe « d’un pays, deux systèmes » qui garantissait à la RAS un certain degré d’autonomie et de libertés, Pékin préfère jouer sur l’interprétation, arguant « qu’un pays » doit primer sur « deux systèmes ».

Préserver le système actuel de Hong Kong

Comme pour tenter de rassurer une population sceptique et éviter de prêter le flanc à la critique, Xi Jinping a – contre toute attente – exprimé son attachement à ce modèle : « c’est un si bon système qu’il n’y a aucune raison de le changer, il faut le préserver à long terme » (comprendre au-delà de 2047), a-t-il déclaré.

Les analystes ne se font néanmoins pas d’illusions et s’attendent à ce que les derniers vestiges de cet accord (système judiciaire, cadre légal, éducation…) soient progressivement démantelés jusqu’à ce que Hong Kong ressemble en tout point – ou presque – à n’importe quelle autre ville de Chine continentale, comme Shanghai ou Shenzhen. D’ailleurs, sur la toile, les internautes chinois commencent déjà à qualifier Hong Kong de « province ».

En fin de compte, aux yeux de Pékin, si Hong Kong arrive à maintenir son statut de centre financier international malgré la disparition progressive des atouts qui ont fait son succès, c’est tant mieux, sinon, tant pis… Nouvelle preuve s’il en fallait que sous Xi Jinping, la sécurité politique prime sur les enjeux économiques. De surcroît, l’importance de la RAS pour Pékin a été diluée au fur et à mesure que le reste du pays s’est développé : en 1997, Hong Kong représentait 18% du PIB chinois, contre seulement 2,1% en 2021. Le politologue britannique Charles Parton résume ainsi la situation : « au fur et à mesure que 2047 approche, peu importera au Parti si les compagnies étrangères qui veulent faire des affaires en Chine restent à Hong Kong ou s’installent ailleurs dans le pays ». À 2500 km plus au Sud, Singapour peut se frotter les mains. 

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Guillaume Asmanoff et Thomas Aunave

Rédacteurs en chef de l'édition Shanghai.

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