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PROMENADE HISTORIQUE - Les premières années de la Concession française

Par David Maurizot | Publié le 18/03/2018 à 21:30 | Mis à jour le 18/03/2018 à 21:30
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Comme promis lors du dernier article historique sur les "Pères fondateurs" de l’ancienne Concession française, David Maurizot, notre chroniqueur historique, vous propose un itinéraire pour retrouver les traces des premières années de "la Concession".

Il est difficile de s’imaginer Shanghai et les bords du Huangpu en 1848, quand Charles de Montigny, premier Consul de France à Shanghai, s’y installe. La ville chinoise était encore fortifiée avec une enceinte de 5 km de circonférence et les quelques étrangers venus faire du commerce étaient relégués en-dehors des murs du côté de Suzhou Creek : au Nord pour les Américains (minoritaires), au Sud pour les Anglais (majoritaires). Les marchands français, eux, allaient arriver au compte-goutte – malgré la signature en 1844 d’un traité autorisant le commerce français. Mise à part quelques constructions modernes au bord du Huangpu, la boue est partout, les marécages jamais bien loin. En hiver le froid pénètre partout. En été la conjugaison de la chaleur et de l’humidité rendent la ville invivable. Le nez est assailli par des odeurs de pourriture. Les moustiques, se déplaçant en nuée, vrombissent. L’air est considéré comme malsain. La mort courante. Partir à Shanghai était alors une aventure dont on n’était pas sûr de revenir.

Montigny n’est toutefois pas le premier Français à avoir foulé la boue de Shanghai : l’y ont précédé de quelques mois une poignée de missionnaires jésuites qui vont prendre soin de lui … puis quelques commerçants français vont ensuite le rejoindre… Partons sur les traces de ces aventuriers.

 

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Notre promenade commence sur le Bund, au croisement avec Yan’an Lu. Apercevez-vous, côté rivière, cette étrange structure avec un haut mât en pierre ? Il s’agit du sémaphore des Jésuites…

 

1. Tour Gutzlaff

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Les Jésuites français débarquent à Shanghai quelques jours seulement après l’arrivée du Consul anglais en 1843. Ils s’installent dans un premier temps du côté de la ville chinoise, puis en mars 1847 s’établissent dans un petit village perdu dans la campagne shanghaïenne, qu’ils nomment Zikawei (c’est notre Xujiahui d’aujourd’hui).

Etablis à la cour de Pékin depuis des siècles sous prétexte de travaux scientifiques (en particulier le calcul du calendrier), ils décident de reprendre cette tradition et de créer à Zikawei un observatoire météorologique. Il s’agit pour eux « d’inspirer, par le moyen des sciences, le respect et la confiance aux lettrés chinois afin de les gagner à Jésus-Christ. » Toutefois, l’observatoire de Zikawei va rapidement dépasser ce "cadre apostolique".

Les navires de commerce anglais et américains – le plus souvent remplis d’opium venu des Indes – ont besoin de connaître la météo et les horaires des marées. Le bulletin météorologique des Jésuites est ainsi d’abord publié dans le journal et affiché sur les quais – qui ont alors pris le nom de "Bund" (de l’Hindi, signifiant "berge"). Puis en 1879, le conseil municipal français décide la construction d’un sémaphore : tel est le nom de ces structures qui transmettaient par des signaux optiques (jeu de drapeaux entre autres) au sommet d’un haut mat (pour être bien visible de tous) des informations aux bateaux. Ainsi en 1881, un mat en bois sera installé sur le Bund, côté français. Outre la météo, celui-ci aidait les marins à régler leurs montres : une grosse boule s’élevait d’abord à 11h45 et ensuite redescendait à midi pile.

En 1907, à la suite d’un violent typhon, le mat en bois sera remplacé par une structure en dur – celle-là même que vous pouvez admirer aujourd’hui. Le sémaphore sera baptisé "Tour Gutzlaff " en l’honneur d’un missionnaire allemand du XIXème siècle qui avait une connaissance approfondie du monde chinois et de ses langues parlées.

N’étant plus en opération depuis 1956, les communications radios l’ayant rendu obsolète, le sémaphore est devenu par la suite un poste de police maritime, puis un petit musée. Déplacé sur des rails d’acier par deux fois, d’abord dans les années 1990 pour faire place au viaduc de Yan’an Lu qui finissait directement sur le Bund jusqu’en 2009, puis pour les travaux liés à l’Exposition Universelle, il a repris sa place originelle à l’issue de cet aller-retour de quelques dizaines de mètres ! La Tour Gutzlaff, véritable relique du port de Shanghai au temps des concessions, nous rappelle l’importance des Jésuites français à Shanghai. Ceux-ci y avaient précédé notre premier Consul !

 

2. Quai de France

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Montez maintenant sur la promenade touristique du Bund. D’ici vous pourrez apprécier Luijiazui, vitrine de la Chine moderne. Amusez-vous à comparer les gratte-ciels d’aujourd’hui avec ceux d’hier situés sur le Bund. Dans les années 30, on reprochait peut-être à certains de ces hauts bâtiments en pierre d’être trop kitsch ?

Installez-vous au niveau de Yan’an Lu, face au trafic qui vient dans votre direction. Ici, vous êtes à la frontière entre la Concession anglaise (sur votre droite) et la Concession française (sur votre gauche). Entre 1849 et 1914, elles étaient partagées par une petite rivière appelée Yang-King-Pang. Vous comprenez maintenant pourquoi Yan’an Lu serpente : c’était auparavant un petit court d’eau qui se jetait dans le Huangpu. Celui-ci, ainsi que le petit pont qui l’enjambait au niveau du Bund, ont disparu en 1914 pour faire place à une grande rue dont le trottoir Nord était sous administration de la Concession internationale et le trottoir Sud sous celle de la Concession française. Le Bund s’arrêtait officiellement ici, et son prolongement du côté français s’appelait "Quai de France" – tel qu’il avait été baptisé par Montigny. Les Shanghaïens le surnommaient simplement "The French Bund". Moins prestigieux que son grand frère anglo-saxon, il s’étendait jusqu’à Dongmen Lu (au niveau où se trouve la tour de l’Hôtel Indigo que vous pouvez apercevoir au loin vers le Sud).

 

3. Messageries Maritimes

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Descendez maintenant l’ancien Quai de France : dirigez-vous vers le Sud (rivière sur votre gauche), dépassez le sémaphore, et arrêtez-vous au troisième bâtiment sur votre droite. Haut d’une dizaine d’étages on a l’impression d’être en face d’un immense blockhaus. Il s’agit en fait d’une des rares structures du temps de la Concession qui subsiste. Les autres bâtiments à sa droite et à sa gauche (sauf un) sont postérieurs à 1980.

Ce joyaux d’Art Déco date de 1937 et abritait les bureaux d’une "grande dame" de la Concession : les Messageries Maritimes. Ah ! Les Messageries Maritimes ! C’était un peu la SNCF de l’époque : les lignes non bénéficiaires étaient financées par l’Etat et permettaient aux autorités françaises de faire circuler le courrier entre ses colonies et d’envoyer ses fonctionnaires aux quatre coins du globe.

En 1869, après l’ouverture du Canal de Suez, un Marseille-Shanghai prenait à peine cinq semaines. On y débarquait sur le Quai de France, exactement là où vous vous situez. Il faut imaginer ces immenses navires, d’abord à voiles, puis à vapeur, et la vie qu’on pouvait y mener. Arrivant pour la première fois en Chine, à quoi pouvait bien penser ces passagers quand ils apercevaient le Bund et Shanghai ?

De par sa puissance politique et financière, les Messageries Maritimes étaient une réelle institution de la Concession française. Ses "agents généraux", envoyés en Chine avec leur famille, logeaient dans de luxueuses villas avec jardin et disposaient de voitures avec chauffeur. Hommes d’influence, ils exerçaient le plus souvent de hautes responsabilités au Conseil Municipal ou à la Chambre de Commerce française.

Ses bureaux, heureusement préservés, abritent aujourd’hui les Archives municipales de la ville de Shanghai, avec à sa base un musée inconnu du grand public. Gratuit, il est ouvert du lundi au samedi de 9h à 17h. Vous pourrez y admirer des archives passionnantes retraçant l’histoire de la ville. Si vous avez le temps, n’hésitez pas à traverser la rue pour vous y rendre. Grimpez sans vous presser les escaliers du perron pour admirer les deux fresques Art Déco d’époque. Il ne manque qu’un majordome ganté de blanc pour nous ouvrir les portes et on y serait …

 

4. Site de l’ancien Consulat de France

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Juste au Sud (à gauche) des Messageries Maritimes se trouvait, jusqu’aux années 1980, le bâtiment de l’ancien Consulat de France à Shanghai. Dès 1855, le successeur de Montigny, Benoît Edan avait en effet décidé d’établir ici le Consulat de France : au croisement du Quai de France avec la rue principale de la Concession. En 1867 un nouveau bâtiment remplacera la modeste masure d’Edan. Puis en 1896 une structure de quelques étages, plus haute et plus large que la précédente, sera élevée.

A la fin des années 1930, le bâtiment de style colonial paraissait bien modeste à côté des Messageries Maritimes. C’est depuis son jardin, chaque matin, qu’était hissé le drapeau tricolore au sommet d’un immense mat. L’ancien Consulat de France a été détruit en 1986 : il paraît que le gratte-ciel qui le remplace en a en partie conservé l’esprit : avec des arcades qu’on retrouve à la base et sur les grilles du parking. Pourquoi pas…

 

5. La Rue du Consulat

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A côté, perpendiculaire au Quai de France, voici l’ancienne Rue du Consulat – aujourd’hui Jinling Dong Lu. Au XIXème siècle, c’était la rue principale de l’enclave française. Sur le trottoir gauche apercevez-vous les arcades ? Il s’agit de l’architecture d’origine, du temps de la Concession.

A l’exemple de ce qui existe à Paris rue de Rivoli, les trottoirs de la rue du Consulat de Shanghai étaient couverts. La légende dit qu’il en était ainsi pour le confort de M. le Consul de France : il pouvait partir de son Consulat et aller jusqu’au Conseil municipal (par où nous allons passer plus loin) sans être importuné par la pluie...

Le haut bâtiment que vous apercevez sur la gauche date de 1929 et était celui du Journal de Shanghai. « L’organe des intérêts français en Extrême-Orient », comme il se définissait, était distribué à la petite communauté francophone de la ville. Ses passionnantes archives sont consultables sur le site gallica.bnf.fr ou en version originale et jaunie par le temps aux archives de Xujiahui (une carte de bibliothèque vous sera nécessaire).

 

6. Swire & Butterfield

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Poursuivez votre chemin sur l’ancien Quai de France et descendez de la promenade du Bund au niveau de la rue suivante (Xin Yong’An Lu). Avez-vous remarqué le bâtiment de briques rouges juste à côté des hautes tours modernes ? Après les Messageries Maritimes, il s’agit du second (et dernier) bâtiment d’époque à subsister sur le French Bund. Voici l’ancien siège shanghaïen de la compagnie Swire & Butterfield.

Compagnie anglaise fondée au début du XIXème siècle, le groupe était l’une des plus grandes entreprises anglaises en Chine … Il a commencé par l’import d’opium... avant de se diversifier dans des commerces plus respectables : transport maritime, import-export bien évidemment, mais aussi dans l’immobilier, l’alimentation, etc. Le groupe, sous le nom de The China Navigation Company, était un grand armateur et ses bateaux accostaient à Shanghai ici – à côté de ceux des Messageries Maritimes.

Ses dirigeants disposaient d’une immense résidence dans la Concession (aujourd’hui le Radisson Blu Plaza Xingguo Hotel) et ont détenu de hautes positions au Shanghai Municipal Council de la Concession internationale. Aujourd’hui, Swire est très loin d’avoir disparu du paysage chinois : il possède de nombreuses propriétés à Hong Kong (Pacific Place, Island East, etc.), sous le nom de Swire Properties, mais aussi une compagnie aérienne, dont le nom vous est forcément familier : Cathay Pacific.

En Chine (mais aussi dans une partie des Etats-Unis), c’est lui qui met en bouteille les boissons Coca-Cola. Le nom chinois de Swire est Taikoo (太古 / Tai Gu) : on le retrouve souvent sur les petits sachets de sucre en poudre ou… sur le dernier grand centre commercial qui vient de s’ouvrir à Shanghai (le Hkri Taikoo Hui, où se situe le Starbucks Reserve Roastery). La compagnie est actuellement toujours dirigée (à Londres) par un Mr. Swire, descendant du fondateur. Son empire emploie 130.000 personnes, principalement en Asie.

 

7. Yong’an Fang

Quittons maintenant le Quai de France et empruntons la rue qui longe le bâtiment de Swire & Butterfield (Xin Yong’An Lu). Après 100m de marche, sur votre droite, n’hésitez pas à pénétrer dans la lilong, nommée Yong’an Fang. Typique de l’architecture shanghaïenne, celle-ci date de 1912 et comme toutes les autres de la ville porte dans son ADN les traces de la Révolte des Taiping (1850-1864).

En effet, au tout début de l’histoire des concessions, les Chinois n’habitaient pas les enclaves étrangères. En 1853, lors de la conquête de la ville chinoise par la Société des Petites Epées (ou "Petits Couteaux", 小刀会 / Xiao Dao Hui), affiliée aux Taiping, la population fuit vers la sécurité des concessions étrangères. Les promoteurs immobiliers développent alors des habitations peu chères destinées à ces réfugiés : les maisons sont mitoyennes avec le plus souvent de lourd portail en pierre (shikumen), mais surtout les blocs de lilong ne sont ouverts sur la rue que par quelques portes qui sont gardées et fermées la nuit. La sécurité était ainsi assurée.

Cela est encore flagrant aujourd’hui : quand on pénètre dans une lilong, on a l’impression de passer d’un monde à un autre. Le bruit de la rue ne parvient plus aux oreilles, comme si on était dans un petit village. N’hésitez donc pas à pénétrer dans Yong’an Fang par la porte Sud, et à en ressortir ensuite par la porte Ouest (qui donne sur Yong’an Lu).

 

8. Etablissements Rémi

Prenez Yong’an Lu sur votre droite (vers le Nord) et remontez jusqu’à Jinling Dong Lu, l’ancienne rue du Consulat, avec ses arcades. Le bâtiment qui vous fait face (n°8 Jinling Dong Lu), avec ses fenêtres gothiques, est l’un de ceux des établissements Rémi – du nom du premier commerçant français à s’être installé à Shanghai et qui se lia d’amitié, non sans arrière-pensées, au Consul Montigny. A tel point que dans un double mariage célébré à Paris, Dominique Rémi épousera la fille aînée du Consul Montigny, alors que son associé Edouard Schmidt en épousera la fille cadette !

Ainsi, ce sont les établissements Rémi Schmidt et co. qui construiront le nouveau bâtiment du Consulat à la fin du XIXème siècle… à un prix qui fit scandale… Les mariages entre la politique et les intérêts commerciaux ont de tout temps été sulfureux... Ce bâtiment des établissements Rémi date de 1912, mais se situe bel et bien sur le premier terrain acheté par Dominique Rémi à Shanghai en 1849. Nous sommes en réalité ici à l’endroit même des toutes premières constructions de la Concession française.

 

9. Eglise Saint-Joseph du Yang-King-Pang

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Prenez maintenant Jinling Dong Lu sur votre gauche et continuez jusqu’à la prochaine intersection (avec Sichuan Nan Lu). Engagez-vous y, sur votre gauche (direction Sud) et au bout de quelques mètres à peine, sur votre droite, vous allez apercevoir, derrière son portail, une petite église (au n°36 Sichuan Nan Lu). Il s’agit de Saint-Joseph du Yang-King-Pang, un nom qui vous est maintenant familier. Les grilles sont ouvertes lors de la célébration des offices : en semaine tous les matins à 7h, et le dimanche à 7h (messe en latin), 9h (messe en mandarin), et à 11h (messe en anglais).

Première église catholique de la Concession, achevée en 1862, elle se trouve sur un terrain qui avait été attribué par les autorités chinoises aux Jésuites français, avant même l’arrivée de Montigny. Quand celui-ci débarqua, ils s’empressèrent de lui proposer de s’y installer – ce qu’il fit sans attendre – et lui conseillèrent d’établir la Concession française ici-même, entre les murs de la ville chinoise et le Yang-King-Pang. Une position stratégique sans pareil, lui dirent-ils. Il fut convaincu sans délai.

Une fois que tout cela fut accompli, ils réalisèrent d’intéressant profits sur la vente de ces terrains et d’autres dans le voisinage… sans aucun doute pour la plus grande gloire de Dieu... La fille cadette de Montigny, Blanche, sera inhumée à Saint-Joseph en 1862 – quelques mois à peine après son mariage avec Edouard Schmidt – suite à une épidémie de choléra. Elle repose, très probablement encore, sous la chapelle qui se situe à gauche de l’entrée. Au-dessus de la porte ornée d’un vitrail à ancre de marine, quasiment invisible, perdue dans la pénombre, une plaque en latin qui a survécu aux vicissitudes de l’histoire semble le confirmer.

 

10. Blood Alley

Revenons maintenant sur nos pas et retournons dans l’ancienne Rue du Consulat, en la prenant sur la gauche (direction Ouest donc). La prochaine intersection, sur votre droite, est avec Xikou Lu. Cette ruelle, s’appelait auparavant Rue Chu Pao San et était le royaume des bars mal famés : soldats et marins de toutes nationalités y descendaient pour se désaltérer (entre autres)… Légèrement avinés après ces modestes rafraîchissements ils n’hésitaient pas alors à montrer du muscle et à s’affronter violemment… la rue était ainsi surnommée "Blood Alley".

 

11. Chung Wai Bank (Zhonghui Building)

Continuez sur Jinling Dong Lu (toujours direction Ouest) et profitez des arcades. Les blocs de lilong sur votre gauche sont malheureusement en train d’être méticuleusement rasés. Il n’en reste plus que les façades donnant sur la rue… Cette partie de l’ancienne Concession française, auparavant si populaire et si typique, avec ses magasins d’instruments de musique, est en train de disparaître…

Continuez votre route pendant 300m de marche, jusqu’au croisement avec Henan Nan Lu. Sur votre gauche vous pouvez apercevoir non loin de là l’arrêt de métro Yuyuan : là se trouvait la Porte Nord de la ville chinoise. A droite, à quelques dizaines de mètres également, vous pouvez voir la voie surélevée de Yan’an Lu, où était le Yang-King-Pang. La Concession française n’était ici pas bien large !

Le bâtiment en face de vous sur votre droite (coin Nord-Ouest du croisement Jinling Dong Lu / Henan Nan Lu) est un magnifique bâtiment Art Déco dessiné par Léonard et Veysseyre, et datant de 1934. Il s’agit de la Chung Wai Bank, appartenant au roi de la pègre shanghaïenne : Du Yuesheng. Nous reparlerons de lui dans un prochain article, mais sachez qu’il s’entendait à merveille avec les autorités de la Concession française. Il disposait donc de quelques terrains bien placés…

 

12. Poste Mallet

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Juste à côté, toujours sur Jinling Dong Lu, un poste de police. Planquez vos appareils photos et téléphones et n’essayez pas de pénétrer dans la cour, au risque de vous faire sévèrement rappeler à la Loi. Essayez toutefois de jeter un coup d’œil sur le bâtiment tout au fond : il s’agit du poste de police original, du temps de la Concession. On l’appelait le Poste Mallet.

Magnifique exemple d’architecture Art Déco, encore une fois construit par Léonard et Veysseyre, il date des années 1930. Vous en aurez une bonne vue depuis le parking de la Chung Wai Bank. Le poste avait été établi en lieu et place de l’ancien bâtiment du Conseil Municipal – qui lors d’une extension de la Concession déménagea sur l’Avenue Joffre (aujourd’hui Huaihai Lu).

Au temps de la Concession, les deux ailes et l’entrée au niveau de Jinling Dong Lu n’existaient pas. Le terrain était alors une place d’armes où trônait la statue de l’Amiral Protet – du nom d’un militaire français, mort héroïquement en prenant d’assaut la ville chinoise en 1862 pour la dégager des révoltés Taiping.

 

13. Mur d’enceinte

Continuez maintenant sur Jinling Dong Lu (toujours vers l’Ouest) jusqu’à Zhejiang Nan Lu, tout en longeant les lilong en cours de destruction. Essayez d’ailleurs de vous rendre compte de l’étendue des dégâts en pénétrant dans certaines d’entre elles (la majeure partie des grilles seront toutefois probablement fermées). Tournez ensuite à gauche dans Zhejiang Nan Lu (direction Sud), puis traversez Renmin Lu pour vous retrouver sur le trottoir Sud. Si Renmin Lu n’est pas rectiligne mais courbée, c’est parce qu’en réalité celle-ci épouse le tracé de l’ancien mur d’enceinte de la ville chinoise. Voyez-vous le petit café à la base de la petite tour moderne qui vous fait face ? Allez-y et vous allez apercevoir (juste avant l’entrée du café) des restes de la muraille ! Ceux-ci ont été découverts il y a quelques années à peine – lorsque d’anciennes habitations ont été rasées pour faire place à ces bâtiments modernes.

 

14. Guilde de Ningbo

Continuez sur Renmin Lu, direction Sud-Ouest. Au bout d’une centaine de mètres, vous allez apercevoir sur votre droite, de l’autre côté de la rue, une porte chinoise faite de briques rouges. Il s’agit de l’entrée d’un terrain qui appartenait à la Guilde de Ningbo. Au XIXème siècle deux graves incidents y eurent lieu : ils virent s’y affronter les gens de Ningbo avec les autorités françaises qui voulaient les en déloger. Il y eut de nombreux morts du côté chinois : la porte est ainsi conservée, en mémoire de ces combats.

 

15. Pavillon Dajing

Continuez encore votre route sur Renmin Lu (vers le Sud), vous allez apercevoir, sur votre gauche, la dernière étape de notre visite : il s’agit du Pavillon Dajing, l’unique pavillon encore debout du mur d’enceinte. En effet, ceux-ci coiffaient à intervalle régulier la muraille. Conservé en 1912, quand le mur a été détruit, puis rénové en 1995, il est ouvert au public et abrite un petit musée agrémenté de nombreuses photos de la vieille ville de Shanghai.

 

Retrouvez la Société d'Histoire de Shanghai en scannant le Qr Code ci-dessous :

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David Maurizot

Installé en Chine depuis 2003 et sinophone, David préside bénévolement la Société d’Histoire des Français de Chine à Shanghai. Professionnellement, il dirige le bureau Chine d’Advention, cabinet français de conseil en stratégie.
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