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Rencontre avec Erwin Olaf, là où le temps s’est arrêté...

Par Caroline Boudehen | Publié le 17/04/2018 à 21:30 | Mis à jour le 17/04/2018 à 21:30
Photo : Erwin Olaf - portrait (c) Erwin Olaf Studio
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Célèbre photographe Néerlandais, Erwin Olaf expose sa nouvelle série de photographies « Shanghai » à la MD Gallery. Dédiée à la mégalopole chinoise, cette série fait partie d’une trilogie, dont le premier volet a été consacré à Berlin. C’est la première fois que l’artiste travaille hors studio, et cherche son inspiration à travers la ville, son pouls, ses rythmes et ses habitants. Recréer son propre univers dans des lieux qui l’intriguent : « J'essaie de créer des associations cinématographiques, des fantasmes et des émotions qui incarnent ces endroits spéciaux, que ce soit dans les bâtiments, les maisons privées ou les espaces publics. ».

Esthétisées dans les moindres détails, les photographies incarnent une vision de l’artiste, et une temporalité incertaine : le contraste entre extrême précision de l’objet et absence de marqueur temporel font basculer l’image et ce qu’elle représente dans un moment suspendu, là où le temps s’est figé. Un arrêt sur image, en quelque sorte, dont ne peut deviner ni l’époque, ni même le passé ou le futur proche de la scène photographiée. Que s’apprête à faire cette femme avec ses bagages ? Vient-elle d’arriver ? Ou va-t-elle partir ? Est-ce aujourd’hui ? En 1930 ? Rencontre avec Erwin Olaf, créateur de capsules temporelles.

 

Pourquoi avoir choisi Shanghai pour le second volet de votre trilogie ? Comment percevez-vous la ville ? Entretenez-vous un lien spécial avec elle ?

E.O. : Je voyage beaucoup à travers le monde, et ce que j’ai ressenti les quelques fois où j’ai eu l’occasion de venir à Shanghai, c’est assez unique… Lorsque l’on fait le trajet entre l’aéroport et la ville, on est frappé par l’immensité et le vide, par ce côté industriel de la Chine. Mais une fois au cœur de la ville, tout change radicalement. Les impressions se transforment : on découvre des quartiers très différents les uns des autres, loin de ce que prédisposait à croire cette route pour y arriver…  Tantôt calmes, tantôt bouillonnantes, bordées d’arbres ou d’écrans tapageurs, les rues sont ici extrêmement contrastées. Les milliers d’habitants y vivent à des rythmes très différents. C’est ce qui m’a attiré. Cette ville avec ses temporalités de vie distinctes. Elle englobe histoire et futur. Si je la personnifie, Shanghai me fait penser à une adolescente, elle va de l’avant à un rythme effréné. Elle est comme un trou noir vivant : elle aspire l’énergie et on ne sait pas ce qui va se passer. C’est la nouvelle capitale de l’Asie.

 

C’est la première fois que vous travaillez hors studio pour cette trilogie. Comment se sont passés les shootings à Shanghai ? Quels lieux avez-vous choisis ?

Pour mes sujets, je recherche toujours l’histoire, j’y puise mon inspiration. Et pour cette trilogie, je voulais pouvoir faire une connexion avec Berlin et ses années 1920-1940. Je me suis donc mis à la recherche d’endroits à Shanghai qui existaient déjà dans les années 1930, pour pouvoir évoquer l’héritage de la ville et son authenticité : appartements d’époque de la Huaihai Lu, les anciens abattoirs 1933, etc.

 

Vos œuvres sont intrigantes… Comment les composez-vous ? Comment choisissez-vous les personnages qui vont habiter ces photographies ?

C’est une longue procédure ! Pour créer une photographie, j’ai une vision précise. Je sais par avance ce que je veux évoquer : l’image doit être intemporelle, insaisissable et en même temps suggérer un sentiment très fort. Elle sera unique... Je mets donc beaucoup de temps à choisir la composition de l’image et les modèles sont bien sûr essentiels. Ils doivent être acteurs pour une seconde. Car même si ce sont des "arrêts sur images", ces suspensions sont un mouvement, ce sont des scènes avec un avant et un après, même si on ne les connait pas. Paradoxalement, les acteurs ne sont pas figés dans cette image. Ainsi, la personnalité et l’identité de ces femmes, hommes ou enfants sont très importantes. Scènes de rue, d’appartement, anniversaires… chacune est un moment de vie. Banal dans la réalité, mais qui devient mystérieux à travers les images.

 

Vous êtes déjà venu plusieurs fois à Shanghai, qu’est-ce que vous aimez y faire ? Quels sont vos endroits de prédilection ?

Effectivement, c’est la cinquième fois que j’ai l’occasion d’être ici ! J’aime beaucoup cette ville… qu’est-ce que c’est grand ! Je suis toujours étonné. Je n’ai pas beaucoup d’habitudes ici, je reste souvent peu de temps et ne me rappelle pas vraiment de lieux précis… d’autant que je ne suis pas sûr qu’il s’agisse des mêmes depuis mon dernier voyage ! Tout change tellement vite. Mais j’aime toujours autant ces rues bordées de platanes et flâner dans l’ex-concession française. Ah, et je trouve le Shanghai Exhibition Center incroyable… C’est fou ce lieu, on dirait un château posé au milieu de la ville !

 

Pour tous les détails sur l'exposition : consulter notre agenda.

 

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Caroline Boudehen Le Petit Journal Shanghai

Caroline Boudehen

Diplômée en Art Contemporain et Médias, Caroline est rédactrice depuis 2009 pour différents magazines (Le Journal des Arts, La Gazette Drouot, Artension, SKP Magazine) et galeries d'art contemporain. Elle est installée à Shanghai depuis 2015.
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