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Portrait d'expat': Sacha Mollaret, fondateur du bistrot Marchezinho

Par Axel Lahaye | Publié le 11/07/2019 à 11:00 | Mis à jour le 11/07/2019 à 11:00
Sacha Mollaret Marchezinho

Après plusieurs allers retours entre la France et le Brésil, Sacha Mollaret a fini par abandonner sa jeune carrière d’architecte pour se consacrer à sa passion, la restauration autour des bons produits du terroir.

 

 

sacha Mollaret
Sacha Mollaret, Marchezinho

 

 

Lepetitjournal.com : Sacha, présentez-vous ?

Sacha Mollaret : Je suis niçois et j’ai 31 ans, j’adore bien manger et vivre l’instant présent ! Je suis diplômé de l’école d’architecture de l’INSA Strasbourg mais je n’ai pratiqué que un an, je n’étais pas très compatible avec la vie de bureau. Manque d’adrénaline et de mouvements, pour résumer ! Mais surtout je ne supporte pas de passer trop de temps devant un ordinateur, donc en tant qu’architecte c’était difficile. Autocad et compagnie, je ne pouvais plus les voir, j’ai vite compris que je devais trouver un autre chemin, mais ça a pris un certain temps…

 

Pourquoi le Brésil ?


Par défaut ! En 3ème année je devais partir en échange universitaire en Suède mais il y a eu une erreur dans les inscriptions et je me suis retrouvé avec la seule destination encore disponible : Rio de Janeiro ! c’est ainsi que j’atterrissais au Brésil le 21 janvier 2009 avec un pote de ma promo, le jour de mon anniversaire, au cœur de la chaleur de l’été carioca !

 

Comment s’est passé votre échange ?

J’étais à la PUC mais j’avais insisté pour vivre à Santa Teresa où je me sentais bien. Santa c’est un petit village, une petite communauté qui permet d’oublier qu’on est au coeur d’une énorme métropole, et je déteste les grandes villes ! Même si on passait des heures dans le bus 409 à cause du trafic à Botafogo et au Jardin Botanique, c’était toujours un plaisir de revenir sur les hauteurs de Rio, on se sentait privilégier. A cette époque il y avait encore l’ancien Bonde, c’était génial de le prendre en s’agrippant sur les cotés, un vrai voyage dans le temps ! Je pense que comme beaucoup d’entre nous j’ai été très surpris par cette nouvelle culture, cette ville exceptionnelle de par son site naturel et son ambiance. C’était pour moi un échange qui m’a donné un nouvel horizon. Je suis parti heureux et très satisfait et j’avais l’intime conviction que je finirai par revenir vite.

 

Que s’est-il passé après cet échange ?

Une fois mon diplôme en poche je suis revenu fin 2011 pour rendre visite à un ami qui n’avait pas réussi à partir, il s’était lancé dans un projet ambitieux de pousada et c’est à ce moment que j’ai commencé à voir Rio comme un lieu d’opportunité, on était en plein boom voire miracle brésilien, ça pétillait de partout, on sentait que c’était à Rio qu’il fallait être. J’ai senti que notre culture française différenciée pouvait nous apporter une plus-value sur certaines aubaines, sans oublier d’intégrer la culture locale. Le fil rouge commence à s’installer dans ma tête mais je reviens en France pour travailler en agence quelques mois et très vite je planifie un nouveau voyage avec un aller simple. Je m’envole à nouveau pour le continent sud américain en octobre 2012, je me ballade au total 15 mois en Colombie, au Pérou et je m’installe à Buenos Aires pendant 6 mois, je forme un collectif de restauration de rue, le « Matahambre » avec un ami colombien et un français. Je prenais beaucoup de plaisir à travailler avec les produits frais locaux et je profitais pleinement de  ma liberté pour créer mes propres recettes. Je refais un saut au Brésil avant de retourner en France mais il était hors de question de reprendre un poste en archi. Je finis par travailler sur une plage privée près de Nice en tant que bartender et serveur, 4 mois à fond sur les galets de la côte d’azur me permettaient ensuite de vivre le reste de l’année !  Pendant 3 ans je faisais la saison pour ensuite passer l’hiver au chaud au Brésil dans les limites du visa touriste ! jusqu’à ce carnaval 2015 où je tombe sur ma namorada, le vrai coup de foudre en plein bloco ! J’ai refait une dernière saison à la plage puis nous nous sommes pacsés à la fin de l’année pour que je puisse véritablement m’installer, et là tout s’est accéléré.

 

Comment est née l’idée du Marchezinho ?

Une fois en règle, je me suis mis  à regarder Rio avec un autre œil, avec plus de maturité je dirais, j’avais désormais d’autres envies que de profiter du samba de la Pedra do Sal ! je voulais me lancer dans un vrai projet d’entreprenariat, je me sentais prêt. Très vite j’ai senti ce manque de lieu sympa pour bien manger et boire un verre, à Rio c’est souvent l’un ou l’autre. Ainsi germe petit à petit l’idée d’ouvrir un restaurant avec des amis français et brésiliens. On voulait surtout proposer un cadre décomplexé et agréable. J’ai toujours été attiré par la bonne bouffe, les bons produits et la culture qu’ils transmettent. C’est aussi à ce moment là que ce nouveau marché s’ouvre au Brésil, on sent que les gens cherchent à mieux manger, la Junta Local commence à avoir un grand succès, et moi je voulais justement valoriser les produits locaux dans mon restaurant. Après de nombreux changements de caps et de multiples péripéties, le Marchezinho ouvre ses portes en janvier 2017, en plein coeur du « Baixo Botafogo », à la sortie du métro, rua Volontarios da Patria ! Tous les associés ont la trentaine, ce projet nous plonge dans le monde de l’entreprenariat brésilien, tout est nouveau, c’était très excitant. Notre approche était de participer au questionnement de la manière de consommer et de s’alimenter, on s’interrogeait sur la répartition des richesses, notre but était de chercher des alternatives pour valoriser les producteurs locaux et les inclure dans la grande boucle de la restauration Carioca, toujours dans un contexte simple et accessible.

marchezinho
Le Marchezinho

Quels sont les résultats ?

Au bout d’un an l’essai était transformé et nous avons pu nous agrandir en intégrant la boutique voisine, le biboui devenait un véritable bistrot ! En parallèle nous développons l’épicerie et la fromagerie avec des fermiers de l’état de Rio et du Minas Gerais. Aujourd’hui, Marchezinho ce sont 5 associés et 24 employés, on ouvre de 10h à 01h tous les jours sauf le dimanche, nous avons une vingtaine de tables. Le midi, nous proposons un menu du jour avec 2 à 3 choix en fonction des produits de la saison, notre carte évolue aussi tous les 6 mois. Le soir nous servons des petiscos tels que les Dadinho de Tapioca, le Palmito no forno, des tartines de fromage de chèvres… le tout avec des caïpi maison, du Gin et du vin brésilien ! Nuno de Araucarias Paes assure le pain frais que vous pouvez aussi emporter… Je pense que nous avons réussi à créer une véritable identité dans l’univers de la restauration Carioca, on en est assez fiers. Plusieurs revues nous ont consacré des articles, comme le Nacional Geografic, le Veja Rio, Globo, Folha de Sao Paulo… ça fait plaisir cette reconnaissance !

 

Comment vous différenciez-vous ?

En plus de nos produits typiques et uniques, nous faisons souvent des soirées à thèmes autour des produits de la mer que j’affectionne particulièrement, mon coté méditerranéen je suppose ? Je me rends moi même aux colonies de pêcheurs du Poste 6, à Niteroi ou à Guaratiba à 6h du matin pour leur acheter leurs meilleures prises, que ce soit pour le poisson, le poulpe ou les moules ! C’est un beau défi de proposer autre chose que de la viande aux Cariocas ! Sans oublier les soirées Steak Tartares ou Niçoises avec le Pain Bagnat et la Pissaladière ! Nous faisons aussi des projections sur les océans une fois par mois sur notre grand mur blanc ! Enfin nous invitons régulièrement des chefs qui partagent la même vision et les mêmes valeurs, ils prennent possession de la cuisine et proposent un nouveau menu le temps d’un soir, l’idée c’est vraiment l’échange à travers la cuisine.

 

Le mot de la fin ?

Grâce à ce restaurant et à ce projet j’ai pu approcher Rio et sa région sous un autre angle, loin des clichés autour du samba et de la plage, c’est comme un nouveau voyage en quelque sorte, j’ai développé une nouvelle relation avec le Brésil. Je ne m’attendais pas à découvrir une telle richesse de terroir, j’ai pu rencontré des passionnés qui sont devenus mes fournisseurs et des amis, ils me permettent de continuer à découvrir et à m’enrichier au jour le jour et à ne pas connaître la routine… de plus leurs produits me permettent de matar a saudades de nos fromages et de notre charcuterie !

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