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Fernando Menezes: Professeur et Français de droit

Par Guillaume Thieriot | Publié le 04/02/2021 à 04:00 | Mis à jour le 11/03/2021 à 19:17
Photo : Fernando Menezes dans les rues de São Paulo © Guillaume Thieriot
Fernando Menezes Sao Paulo

Portraits de Français du Brésil et de Brésiliens de France - Rencontre avec Fernando Menezes, professeur de droit à l‘Université de São Paulo (USP) et directeur administratif de la puissante FAPESP, la Fondation de soutien à la recherche de l’État de São Paulo. Son travail avec la France lui a valu de recevoir la nationalité française sans jamais y avoir résidé. Une fenêtre du Code Civil entrouverte par la diplomatie française pour reconnaître et renforcer cette amitié.

lepetitjournal.com - Fernando Menezes, d’où vient votre relation privilégiée avec la France ?

Fernando Menezes - Je n’ai pas d’origines françaises, mais j’ai baigné très tôt dans des références culturelles françaises. Par ma mère, qui aimait beaucoup la France, et par mes professeurs de droit qui, souvent, avaient étudié à la Sorbonne. D’ailleurs, le droit public brésilien, mon domaine, est largement basé sur le droit public français.

LPJ - Mais vous-même vous n’avez pas étudié en France ?

FM - Non, jamais. J’ai commencé à travailler avec la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur quand j’étais au secrétariat d’État à la science, aux technologies et au développement économique du gouvernement de São Paulo, entre 2003 et 2006. J’étais l’adjoint de João Carlos Meirelles, un homme d’une grande stature, un humaniste, ingénieur polytechnicien avec un sens profond de l’intérêt général. Et bien sûr, un francophone et un francophile, qui a perçu tout l’intérêt stratégique du partenariat avec cette région française, qui a inspiré une bonne partie de notre programme économique.

LPJ - Et ensuite ?

FM - J’ai poursuivi ma carrière à la FAPESP,  comme conseiller du président d’abord, qui m’a associé à sa stratégie d’ouverture internationale. En parallèle, j’ai intégré la commission internationale de la USP en 2011. Et c’est à ce titre que j’ai reçu une délégation de l’Université de Lyon 3. Cela a été le début d’un partenariat très riche, qui s’est élargi ensuite aux Universités de Lyon et de Saint-Étienne, et qui n'a cessé de grandir et de se développer depuis.

LPJ - Quel type de partenariat ?

FM - Cela a commencé classiquement avec des professeurs invités de part et d’autre. Mais progressivement, on a monté des choses plus innovantes et intenses, comme des séjours en France avec nos doctorants, ou des accords de reconnaissance de diplômes. Aujourd’hui, grâce aux cours dispensés à São Paulo par des enseignants français, certains de nos étudiants ont une Licence de Lyon en même temps que leur diplôme brésilien. C’est un parcours particulier au sein de la Faculté de Droit, qui est aujourd’hui très demandé, tout comme les séjours en France.

Un jour, alors que je venais d'arriver en France, le Consul général m’a appelé et m’a dit : “tu es dans ton pays“

LPJ - La France a visiblement reconnu votre action. Vous avez été accueilli comme "personnalité d’avenir" en 2007, vous avez fait chevalier des Palmes académiques en 2013 puis officier en 2018, et, fait plus rare, vous avez été "naturalisé" en 2019. Comment cela est arrivé ?

FM - C'est parti d'une conversation presque anodine, avec M. Brieuc Pont (le Consul général de l'époque - ndlr). De fil en aigulle cette hypothèse a surgi, et cela m’a paru quelque chose de naturel. Non comme une chose qui allait de soi, qui m’était due ; c’était extraordinaire comme possibilité en réalité. Mais c’était naturel pour moi parce que cela rencontrait quelque chose d’intime, un sentiment véritable. Cela est sans doute lié aux valeurs de la société française, aux valeurs des lumières, que j’ai fréquentées à travers mon éducation et mes premières références culturelles.

LPJ - Mais comment cela a-t-il été possible ?

FM - C’est une fenêtre du Code Civil français. Le fait d’avoir mené des activités d’intérêt pour la France peut être assimilé à un temps de résidence. J'ai donc fait une sorte de demande de naturalisation. La procédure a pris deux ans et un jour, fin 2019, alors que je venais d'arriver en France, le consul général m’a appelé et m’a dit : "tu es dans ton pays."

LPJ - Aujourd’hui, comment voyez-vous la France ? Si elle était un animal par exemple ?

FM - Ce serait la Chouette de Minerve, symbole de connaissance. Je pense qu’en France, on valorise davantage le savoir. Mes amis français sont parfois plus pessimistes ; question de point de vue sans doute, on attend plus de son propre pays. Mais j’ai quand même l’impression qu’en France, la République est solide, les institutions fonctionnent. Au Brésil, on a encore des défis majeurs en matière de sécurité, d’inégalités, d’alphabétisation même. On souffre toujours de vices liés à la formation même du Brésil, avec un patrimonialisme qui conduit à mélanger le public et le privé. Bien sûr, cela rend difficile de parler de « valeurs » quand on a des problèmes si concrets et si urgents à régler. Mais la France peut nous inspirer, nous apporter des repères d’une société qui respecte davantage les valeurs humanistes.

Guillaume Thieriot

Guillaume Thieriot

Journaliste indépendant, formé à l'École Supérieure de Journalisme de Lille. Correspondant de lepetitjournal.com pour ses éditions au Brésil (Rio de Janeiro et São Paulo).
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