Richard Gomes: "Au Brésil, les entreprises françaises sont attendues et recherchées"

Par Vincent Bosson | Publié le 27/06/2022 à 15:42 | Mis à jour le 28/06/2022 à 14:43
Photo : Richard Gomes, Directeur Amérique Latine pour Business France / vincent Bosson
Richard Gomes

 

Le Brésil est un marché stratégique pour les entreprises françaises en recherche de leviers de développement. Avec plus de 1000 entreprises présentes dans tous les secteurs d'activité, le Brésil demeure le premier partenaire commercial de la France en Amérique Latine.

Rencontre avec Richard Gomes, Directeur Business France Zone Amérique Latine qui nous a reçus dans les locaux de Business France à São Paulo, pour échanger sur les enjeux propres à ce pays - continent ainsi que les opportunités qui en découlent.

25 ans après son V.I.A à Sao Paulo, Richard Gomes est désormais Directeur de la Zone Amérique Latine pour Business France.  Son équipe qui regroupe 48 experts sectoriels de 6 nationalités différentes œuvrent chaque jour pour accompagner les PME/ETI françaises sur les marchés latino-américains et promouvoir l’attractivité de la France auprès des investisseurs des pays d’Amérique Latine.

 

Richard Gomes, dans le paysage du développement international, Business France apparaît comme une référence dans l’accompagnement des entreprises françaises à l’étranger, pourriez-vous nous parler de ses missions au Brésil ?

Business France, c’est le « Tinder de l’exportation ». Nous accompagnons les entreprises françaises à définir leur stratégie export et de mieux comprendre les enjeux propres au Brésil ainsi que les opportunités qui en découlent. Nous actionnons plusieurs leviers en fonction de la maturité des entreprises pour mettre en place des rendez-vous d’affaires qui permettent aux exportateurs français d’assurer les premiers contacts avec des acheteurs, des distributeurs, des partenaires industriels et financiers brésiliens.    

Nos équipes qui sont réparties entre São Paulo et Rio de Janeiro accompagnent annuellement à peu près 600 entreprises tous secteurs confondus.  

Notre organisation sectorielle qui regroupe 4 filières : Agrotech, Art de vivre et santé, Industries et Cleantech, Tech et services nous permet d’offrir une expertise dans chaque domaine et d’intégrer les codes propres à chaque secteur d’activité.  

 

Salon Apas Show a São Paulo / Vincent Bosson
Salon Apas Show a São Paulo / Vincent Bosson

 

Le secteur de l’agroalimentaire

Business France dispose d’un pôle agroalimentaire qui s’est fortement développé, notamment sur les sujets de la production.  En effet, le Brésil bénéficie de conditions favorables (immensité du territoire, ensoleillement, précipitations), de ressources en main d’œuvre abondantes et d’une politique d’investissements, aussi bien publique que privée, qui ont permis une augmentation des rendements et une amélioration des pratiques de production.  Aujourd’hui le pays dispose de sites de production gigantesques notamment dans le soja, le café, la canne à sucre, etc.

Toutefois, le pays connait des pertes de productivité et les entreprises brésiliennes sont très attentives aux technologies déployées aussi bien en agriculture, en élevage et par les industries alimentaires en France. Le Brésil représente un marché potentiel colossal pour placer les technologies des entreprises françaises et leur savoir-faire. Nous avons d’ailleurs doublé notre activité sur ce secteur depuis 2017. Business France a d'ailleurs récemment organisé la participation d’exportateurs français au Salon Apas Show qui s'est tenu à São Paulo en 2022.

 

Le secteur de l’industrie et du « clean tech »

L’industrie et la « clean tech » couvrent des réalités très larges allant de l’automobile, l’aéronautique en passant par la ville durable, l’énergie et l’environnement. Les entreprises industrielles françaises ont massivement investi dans ces secteurs notamment à Rio de Janeiro qui concentre le pôle énergétique du pays et l’implantation de la plupart des filiales françaises des énergies renouvelables ou carbonées.

On peut citer à titre d’exemple : Total, Voltalia qui fait 2/3 de son chiffre d’affaires mondial au Brésil, EDF, Vinci, Bouygues et bien d’autres.

 

L’énergie et la transformation représentent des secteurs stratégiques pour ce pays-continent qui peut compter sur ses 12 % des réserves d’eau douce de la planète dont 2 fleuves les plus étendus au monde (Amazonas et Paraná) et ses barrages hydroélectriques pour assurer sa transition énergétique. 

La ville de São Paulo concentre quant à elle les entreprises de production et d’extraction ainsi que les entreprises spécialisées dans la distribution. Nous travaillons également sur les problématiques de la mobilité urbaine notamment sur la ligne 6 et 14 du métro où il y a des intérêts français, avec des entreprises telles que Alstom ou Egis.

 

Offre commercial

 

Business France travaille également à positionner l’offre française sur le segment de la sécurité civile et la protection. L’Agence intervient dans les domaines des gilets pare-balles, casques, uniformes pour les pilotes de la police militaire brésilienne et des drones pour surveiller les frontières avec la Colombie et le Pérou. Dans ce domaine, la France est un véritable pays de référence.

 

Le secteur de la technologie et de l’innovation

L’accélération de la digitalisation dans des pans entiers de l’économie a favorisé l’émergence de champions et de licornes aussi bien en France qu’au Brésil. Nous constatons un accroissement incroyable de ces licornes entre le début de la pandémie, où il n’y avait pratiquement aucune licorne au Brésil et aujourd’hui, où en compte une vingtaine.

On peut citer l’exemple de la licorne Loggi créée par un Français installé au Brésil.  En raison de la pandémie de Covid-19, un total de 150 000 nouvelles boutiques en ligne ont été créées au cours des huit premiers mois de 2020 et les revenus du e-commerce ont connu une augmentation de 56%.  Loggi propose une solution innovante : la traçabilité des envois pour répondre aux défis logistiques et de déplacement que connaît le Brésil.

Le pays présente également d’autres opportunités dans divers secteurs comme les jeux vidéo, la santé, ou encore la Fintech. Le Brésil est un grand consommateur de technologie. São Paulo compte par exemple le plus grand nombre de courses Uber au monde, avant New York. Et Rio de Janeiro doit se positionner dans le top 5 au niveau mondial. Dès qu’une innovation arrive sur le marché, les Brésiliens adoptent rapidement les nouveaux outils mis à disposition. 

 

Le Brésil est le 4e pays le plus connecté au monde et comptabilise plus de 150 millions d’internautes. Les Brésiliens sont des utilisateurs très enthousiastes des réseaux sociaux.

Historiquement, les abonnements téléphoniques coûtaient très chers et les réseaux sociaux ont permis de pallier cette problématique et c’est le cas également avec les Fintech. Le pays recense le plus grand écosystème d’Amérique latine.  Cette révolution a permis de répondre aux problématiques d’accès à des comptes bancaires traditionnels pour les Brésiliens. On peut noter le cas de la société Nubank qui est passée de 20 millions de clients à plus de 50 millions pendant la pandémie. Les transactions par PIX, un « open banking » qui permet de payer en instantané de compte à compte, quelques soit la banque, sans frais et sans intermédiaire, ont déjà dépassé les transactions par cartes bancaires, alors que l’application a été lancée il y a moins de deux ans.

 

Salon Hospitalar à São Paulo / Vincent Bosson
Salon Hospitalar à São Paulo / Vincent Bosson

 

Le secteur art de vivre et santé

La Santé est le premier secteur de l’exportation française vers le Brésil, comme pour l’Amérique latine. La pandémie de Covid-19 aura permis de mettre en exergue les carences en infrastructures et équipements médicaux des établissements de santé publique brésiliens. Tandis que le secteur privé a du mal à répondre à la croissance de la demande, et a entrepris, sur les dernières années, des investissements importants en augmentation de sa capacité et en modernisation.

Plusieurs opportunités existent sur ce marché pour les entreprises françaises. Nous avons récemment organisé la participation d’exportateurs français au salon Hospitalar, qui s’est tenu du 17 au 20 mai dernier à São Paulo.

Les produits du secteur Art de Vivre englobe les Arts de la table – Luxe – Décoration. Tous les produits qui permettent la valorisation du « chez soi ». Le secteur du luxe peut être qualifié de paradoxal. Les boutiques de Luxe sont bien implantées au Brésil, mais pour les Brésiliens qui peuvent consommer le luxe français, ils préfèrent souvent l’acheter en France.

Côté Design, les Brésiliens sont de mieux en mieux informés et sont plus exigeants en qualité valorisent les marques locales et internationales reconnues. Ils recherchent aussi souvent la touche française. D’ailleurs les deux designs (français et brésiliens) ont une complémentarité intéressante.

Sur les 4 filières, l’Art de Vivre est celle qui souffre le plus du protectionniste brésilien, car les taxes sont assez importantes pour entrer sur le marché. Il s’agit surtout de produits considérés, au Brésil, comme des marchandises qui ne sont pas d’une nécessité absolue. Ainsi l’IPhone vendu au Brésil est l’un des plus chers au monde.

 

Business France promeut également les investissements brésiliens en France, pourriez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?

Avec notre équipe Invest, Business France s’attache à attirer les investisseurs brésiliens en France. Nous sommes en concurrence avec d’autres pays européens, notamment le Portugal, pour des raisons linguistiques. Il est important de noter qu’avec 2 millions de lusophones, la France a un vrai atout pour attirer les investissements Brésiliens.

Jusqu’à la crise de 2014, 2015, les Brésiliens investissaient en premier lieu dans le marché domestique étant donné l’immensité du territoire de ce pays - continent.

 La nouvelle génération des investisseurs brésiliens a changé cette dynamique et regardent désormais en dehors des frontières. 

 

La France a des atouts à faire valoir ! Nous sommes le 1er pays européen en termes d’attractivité des investissements étrangers depuis maintenant 3 ans. 

L’intérêt de la France est renforcé grâce à un écosystème tech français dynamique en Europe et dans le monde. La France dispose d’écoles performantes et d’un vivier de jeunes talents et entrepreneurs créatifs. La marque French Tech soutenue et déployée par le gouvernement compte désormais 26 licornes.

Les entreprises technologiques brésiliennes s’intéressent au marché français notamment pour des questions de financement et de visibilité. En effet, si les entreprises arrivent à percer en France, elles s’assurent une visibilité en Europe et à l’international.

Même si le Brésil est un géant économique et se classe parmi les 10 premières puissances mondiales, il dispose finalement d’assez peu de grandes marques internationales au regard d’un marché de 200 millions d’habitants.

 

Ambition Amérique Latine

Pouvez-vous nous parler de l’évènement Ambition Amérique latine qui se tiendra les 29 et 30 juin prochains ?

Ambition Amérique Latine permet de mettre en avant les opportunités d’exportation et d’investissement en Amérique Latine, notamment au Brésil. C’est un événement qui vise à renforcer nos liens économiques et commerciaux et de réveiller l’intérêt des PME/ETI françaises pour ces marchés qui ne sont pas uniquement réservés aux grands groupes. Le défi de Business France est de convaincre les entreprises françaises de venir au Brésil. Paradoxalement, Business France rencontre plus de difficulté à trouver des entreprises françaises qu’à leur trouver des partenaires d’affaires au Brésil. La ville durable, la santé, les énergies renouvelables, l’innovation ou encore l’agro-écologie : ce pays offre de nombreuses opportunités et les entreprises françaises sont attendues !

 

Quels ont les freins des entreprises françaises pour exporter vers le Brésil ?

Les stéréotypes : la distance, les différences culturelles ou encore la bureaucratie. Dans les prochains mois, Business France continuera d’accompagner avec attention les entreprises pour développer les échanges au-delà des incertitudes propres à une période électorale.

Nous constatons également que la pandémie n’a pas freiné le développement des entreprises déjà présentes sur le sol brésilien. Celles-ci ont même réalisé des investissements conséquents comme c’est le cas pour Engie ou Carrefour.  Engie a par exemple finalisé son rachat du réseau brésilien de gazoducs TAG à Petrobras dans le nord du Brésil. Carrefour a racheté l'ex-filiale de Walmart au Brésil pour un milliard d'euros et devient ainsi le premier employeur privé au Brésil.

 

Avec un marché de 212 millions d’habitants, le Brésil offre de grandes opportunités d’affaires pour les grandes entreprises mais aussi pour les PME/ETI françaises.

C’est un marché unique et exceptionnel pour les entreprises françaises parce qu’il a aujourd’hui une conjonction d’éléments difficiles à trouver sur d’autres marchés comparables : une dimension continentale, une forte demande de produits français dans tous les domaines, une proximité culturelle latine et une amitié franco-brésilienne solide.

Vincent Bosson

Vincent Bosson

Formé en science de l’éducation et en sociologie, Vincent Bosson est photojournaliste installé à São Paulo, correspondant de lepetitjournal.com pour ses éditions au Brésil (Rio de Janeiro et São Paulo).
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