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Capoeira contre la faim : entrez dans la roda solidaire

Par Guillaume Thieriot | Publié le 17/05/2021 à 17:00 | Mis à jour le 18/05/2021 à 14:04
Photo : De gauche à droite : (en haut), contra-mestre Steph, mestre Roxinho, mestre marrom ; (en bas) mestre Plinio, mestre Pedro Peu, mestre Pingo.
Maitres de capoeira contre la faim

Cinq maîtres de capoeira du Brésil se sont regroupés pour mobiliser leur réseau, désormais mondial, et venir en aide à leurs communautés, durement frappées par la crise. Une roda de capoeira solidaire en somme.

Le spectre de la faim plane à nouveau sur le Brésil. L’extrême pauvreté touche désormais 12,8% de la population : concrètement, ce sont désormais 27 millions de personnes qui vivent avec moins de 246 R$ par mois, soit moins de 1,2 euros par jour. Un nombre en augmentation inquiétante sur les 2 dernières années, tandis que les prix, eux, n’ont de cesse d’augmenter. Ainsi du riz, qui est au Brésil ce qu’est le pain en France, et dont le paquet de 5 kg est passé sur la même période de 11 à 24 R$.

Dans ce contexte, les initiatives solidaires heureusement se multiplient, qui viennent pallier les carences au niveau gouvernemental. Jusqu’aux maîtres de capoeira qui commencent à s’organiser et jouer, en plus du berimbau, de leur forte influence dans leurs comunidades (leurs communautés), et surtout de leurs réseaux transfrontaliers.

Internationale du berimbau

Car la capoeira est désormais pratiquée dans une centaine de pays dans le monde. Les maîtres brésiliens ont voyagé, semé, formé. Ils ont désormais leurs disciples, devenus professeurs et ambassadeurs à leur tour.

C’est le cas de Stéphane Munnier, designer digital, qui a passé 15 ans à Rio de Janeiro, à l’école de Mestre Marrom, sur le morro da Babilônia, jusqu’à devenir contra-mestre (contre-maître) lui-même. Dans la hiérarchie de la capoeira, le contra-mestre est le niveau intermédiaire entre professeur et maître ; un quasi maître en somme. Respect.

Stéphane est rentré en France en 2018 pour raisons professionnelles, mais avec la passion de la capoeira chevillée au corps (c’est le cas de le dire, tant la cheville travaille et voltige dans cet art martial hérité des esclaves). Avec sa compagne, ils ont créé à Paris l’association Oyà, qui administre l'antenne parisienne du groupe Ngoma Capoeira Angola, et ainsi conservé le lien avec le Brésil, épicentre de ce qui est désormais une internationale du berimbau.

Maitres de capoeira contre la faim devant les cestas basicas

Objectif : aider 4800 familles

En mars dernier, 5 maîtres de Salvador de Bahia, Rio et São Paulo, tous très impliqués dans leurs communautés, ont jeté les bases d’une action commune et créé Coopera Angola. Avec l’urgence de la crise économique qui se surajoute à la crise sanitaire, ils se sont lancés d’abord dans une campagne de collecte de fonds, pour pouvoir distribuer des "cestas básicas" (des paniers de produits de première nécessité).

Stéphane Munnier apporte son savoir-faire et gère la communication de cette opération diffusée dans le monde. Le premier objectif est de recueillir au moins 20.000 dollars pour aider 4800 familles à tenir une semaine. S’il est dépassé, cela permettra d’aider davantage de familles encore. Aujourd’hui, après un mois et demi de campagne, ils en sont à plus de 15.000 $.

Mais le but aussi, c’est d’agrandir la roda, ce cercle autour duquel les “lutteurs“ marquent le rythme et chantent avant de se relayer au centre, pour rivaliser d’agilité dans ce dialogue aérien, ce fantastique défi à la gravité (et donc aux chaînes) que constitue la capoeira. On parle ici bien sûr d’une roda symbolique et mondiale. On peut donner, concrètement, même une somme modique. Mais aussi, tout simplement, comme le souligne Stéphane Munnier, “juste entrer dans l’échange et contribuer à diffuser le message et l’appel de cette capoeira contre la faim“.

Plus d'infos sur le site "capoeira contra a fome".

 

capoeira contre la faim

 

Guillaume Thieriot

Guillaume Thieriot

Journaliste indépendant, formé à l'École Supérieure de Journalisme de Lille. Correspondant de lepetitjournal.com pour ses éditions au Brésil (Rio de Janeiro et São Paulo).
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