Au Chili, nombreux sont ceux qui ne respectent plus les mesures sanitaires

Par Lepetitjournal Santiago | Publié le 17/06/2021 à 10:45 | Mis à jour le 17/06/2021 à 15:59
Photo : Cristian Castillo - Source : unsplash.com
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Samedi dernier, la Région Métropolitaine est entièrement repassée en confinement total, à cause de la situation sanitaire qui peine à se stabiliser. Au Chili, cela fait plus d’un an que les habitants vivent avec un couvre-feu et subissent des périodes de confinement à répétition. Face à ces restrictions, la population ne respecte plus les mesures mises en place par le gouvernement. Témoignages.


Aux heures de pointe, le métro de Santiago est bondé. Le trafic routier a retrouvé son flux habituel. Et les rues sont loin d’être désertes. La Région Métropolitaine a tout sauf l’air d’être confinée. Et pourtant, tout le grand Santiago est de nouveau sous cloche. Le gouvernement a pris cette décision la semaine dernière, au vu de la situation sanitaire critique. Un énième retour en arrière pour les habitants de la capitale, qui n’en peuvent plus d’être soumis aux restrictions de déplacements.  


Lou, 21 ans, française, étudiante à l’Université Bernard O’Higgins, habitante de la commune de Santiago Centro.

Je ne vais pas respecter ce nouveau confinement. La nouvelle quarantaine a fait s’effondrer des barrières que je m’étais mises pendant mon premier isolement, à mon arrivée au Chili. Je sors un peu plus, je vois plus de monde. Et je me rends surtout compte que personne autour de moi ne respecte vraiment le confinement, ce qui ne me donne pas envie de faire des efforts.

Malgré tout, j’essaye de respecter les mesures de la phase 1 du plan Paso a Paso (confinement total). Mais il est impossible pour moi de ne sortir que deux fois par semaine. Pour le simple fait que cela demande énormément d’organisation, ce qui n’est pas une de mes qualités... Il m’arrive alors de faire de faux permis. J’essaye quand même de respecter au maximum le couvre-feu. Je trouve que c’est une mesure importante puisqu’elle permet de montrer qu’après une certaine heure les gens ne sortent plus dans la rue, et de se rappeler que l’épidémie sévit toujours. Mais je ne vais pas cacher que je vois mes amis en dehors de mon domicile, sans respecter les gestes barrières. Et puis, je vis dans une collocation de 15 personnes où chacun fréquente ses amis, alors je ne pense pas que fréquenter d’autres gens change quelque chose à ma situation. Je suis en réalité démotivée de suivre les restrictions de la phase 1. Il ne me reste que quelques mois au Chili, et ce retour du confinement m’a abattu. Cela me fait vivre dans un climat de peur également que de penser que je peux être contrôlée à chacune de mes sorties.

En réalité, je ne comprends pas ce nouvel isolement. Passer d’une situation de liberté à une totale prohibition, c’est très frustrant. Il n’y a pas de demi-mesure. La gestion des phases du plan Paso a Paso est très peu compréhensible. On dirait qu’elle respecte davantage des limites de temps que la réelle évolution des cas de contaminations. Et puis, quand on voit que plus de 50 % de la population est vaccinée, mais que la saturation des hôpitaux nous amène à être reconfinés, c’est très frustrant. Le gouvernement se voit contraint de prendre des décisions liberticides, qui n’ont même pas prouvé leur efficacité, pour essayer de faire souffler le personnel soignant.

Nous avons décidé de ne plus respecter le confinement. J’autorise mes enfants à aller dormir chez leurs copains.

Maximiliano, 27 ans, chilien, professeur d’histoire, habitant de la commune de Santiago Centro.

J’en suis arrivé à un point où j’ai normalisé les confinements. Cela fait partie de mon quotidien, aujourd’hui et peut-être pendant encore plusieurs années. Certains jours, je trouve ces décisions fortement exagérées. D’autres, je pense que c’est la solution la plus responsable. La logique des différentes phases du plan Paso a Paso me dépasse aussi. Je trouve ces mesures inefficaces puisque ce n’est pas la légère baisse, à la suite de fortes restrictions, qui devrait permettre à toute une population de se déconfiner. Les taux de contagiosité restent très élevés lorsque l’on passe en phase 2. Et pourtant, les gens sont autorisés à ressortir dans les bars et les restaurants, là où ils vont s’infecter. Mais, selon moi, le plan Paso a Paso n’est pas une mesure sanitaire. Ce sont des réflexions économiques qu’il y a derrière. Malgré tout, j’ai toujours tenté de respecter les restrictions. Même si je suis vacciné, je pense au fait que mon irresponsabilité pourrait infecter des personnes vulnérables. Mais nous avons passé tellement de temps en quarantaine que j’ai fini par ne plus respecter les restrictions sanitaires.

Il est nécessaire pour nous, citoyens, de continuer de vivre notre vie. Par ailleurs, selon moi, le gouvernement ne prend pas en compte nos nécessités quotidiennes, pour la simple raison qu’il ne s’accorde pas à la réalité des familles chiliennes. Ce n’est pas seulement le travail qui nous pousse à sortir. C’est aussi une question de sociabilisation, de santé mentale et d’impérieux familiaux. Je respecte un peu moins les gestes barrières puisque la crainte du début du covid s’est envolée. Mais je continue de ne pas faire la bise et de bien porter mon masque. Je continue de faire des efforts pour moi et mon pays. Ce qui me déboussole, c’est que le gouvernement ne parvient pas à gérer la crise. Et il me semble que c’est l’intérêt économique qui passe avant la santé de la population.


Sophie*, française, enseignante, mère de quatre enfants, habitante de la commune de Vitacura.

L’enfermement dû au confinement a des conséquences catastrophiques sur le bien-être de mes enfants. Mon garçon adolescent est enfermé dans sa chambre. Il ne veut plus sortir de la maison. Son frère, qui est plus petit, dort très mal et il a des crises de larmes. Donc nous avons décidé de ne plus respecter le confinement. J’autorise mes enfants à aller dormir chez leurs copains. Ou parfois, ce sont les copains qui viennent à la maison. On ne voit pas non plus des milliards de personnes, mais avec les voisins du quartier, nous avons décidé de faire en sorte que nos enfants maintiennent des relations sociales, car c’est une question de santé mentale.


Marcelo*, 34 ans, chilien, travaille dans l’audiovisuel, habitant de la commune de San Miguel (en confinement total depuis plusieurs mois).  

Je ne me déplace que très rarement le soir, au moment du couvre-feu. Mais le peu de fois où j’ai décidé de ne pas respecter cette mesure, je n’ai ressenti aucun scrupule à le faire. Toutefois, j’ai cette sensation d’un léger risque quand je me déplace pendant le couvre-feu, par rapport aux contrôles policiers. Mais je vois bien que la ville continue de fonctionner à minuit, il y a de beaucoup de voitures et je ne suis pas seul sur la route. Ça diminue mes craintes.

De manière générale, même s’il y a un confinement dans ma commune, je sors quand même pour aller faire mes achats quotidiens. Selon moi, ces sorties n’impliquent pas de gros risque quant à la probabilité de contagion. À d’autres moments, je me déplace aussi, car mon travail me l’exige, ou bien, je rends visite à un membre de ma famille ou à des amis. Je m’autorise ces sorties, car ça fait très longtemps que cette situation dure et j’ai envie de voir mes proches. Mais je prends toujours des préoccupations avant. Je demande quels sont les contacts qu’ils ont eus récemment… Et puis, une grande partie de mon entourage est déjà vaccinée donc je pense que cela permet la diminution du risque de contamination. Malgré tout, je vois très peu de gens en comparaison à avant la pandémie.

Globalement, je suis très insatisfait de la gestion du gouvernement de cette pandémie. Il n’a pas eu d’empathie envers les populations les plus vulnérables. Cela traduit une vision très peu sociale de ce gouvernement. Par ailleurs, selon moi, l’exécutif n’a pas suffisamment anticipé sur les risques de cette pandémie. Il n’a pas bien écouté les spécialistes et les médecins. Et à de nombreuses reprises, l’information n’a pas été claire. Pour moi, le gouvernement a privilégié l’économie du pays et non le social. Beaucoup de personnes n’ont plus confiance.

*Les prénoms ont été changés.

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