Vendredi 16 avril 2021

Gianlorenzo Lombardi nous parle du festival Girogirocorto

Par Anaïs N'Déko | Publié le 17/02/2021 à 09:30 | Mis à jour le 17/02/2021 à 11:55
Girogirocorto un festival de cinéma Franco-Italien indépendant itinérant

Arrivé en région Parisienne au cours d’un Erasmus à l’université Paris 8 (Saint-Denis), Gianlorenzo Lombardi est un réalisateur, monteur et photographe romain installé à Paris. Après des études de cinématographie, où il a pu explorer le cinéma classique français ; de Truffaut à Tati, en passant par Étaix, Varda et Godard, il est arrivé à la conclusion qu’il souhaitait mettre sa créativité au service des autres, dans la Ville Lumière, centre historique du cinéma français. Se décrivant qu’un « omnivore » du 7ème art, Gianlorenzo Lombardi admet avoir un penchant plus particulier pour le cinéma classique italien, avec une préférence pour les « gialli » de Dario Argento et Mario Bava et la « commedia all’italiana » des années 60 et 70, portée par des réalisateurs tels que Luigi Comencini et Dino Risi.

 

Gianlorenzo Lombardi : Co-fondateur du Girogirocorto

 

LPJRome : Pourquoi avoir choisi Paris, plutôt que Rome, comme espace d’expression filmique et artistique ?

GL : En débarquant en France pour mon Erasmus, j’avais la même vision de Paris qu’Owen Wilson dans Midnight in Paris, de Woody Allen. Je suis arrivé dans la Ville Lumière avec l’idée que je pouvais m’y perdre facilement, et me retrouver d’un seul coup dans une autre époque. Cependant, en vivant à Paris, j’ai découvert beaucoup de problèmes que rencontre la ville. Le climat et les gens sont parfois hostiles, la vie coûte cher… Mais j’aime bien vivre ici ! Y compris en cette période, notamment comme opérateur vidéo « créatif », au service des autres. Ici, je trouve plus facilement des artistes et des techniciens avec qui j’aime bien collaborer, qu’ils soient Français, Italiens ou originaires d’autres pays. En fait, j’adore la nature cosmopolite de Paris. Cela dit, je n’oublie jamais mes racines romaines et l’idée d’un projet comme Girogirocorto, c'est-à-dire un festival itinérant, à cheval entre Rome et Paris, me fascine.    

LPJRome : En 2014, Matteo Bonanni et vous avez l’idée de lancer Girogirocorto, un festival de court-métrage indépendant. Pourriez-vous nous introduire votre festival ?

GL : En 2014, mon ami Matteo Bonanni – aujourd’hui directeur artistique du festival –eu l’idée de Girogirocorto. Cependant, c’est seulement l’année suivante que nous en parlâmes, avant de décider de lancer une première édition « underground ». Ce fut un évènement convivial qui prit place à la librairie d’Altroquando, lors de l’automne 2016. À cette occasion, nous avons présenté mon film de master Les mecs n’ont pas de chance, ainsi que d’autres films issus de Paris 8 et d’autres écoles et universités de Paris et de Rome. Notre festival est véritablement né sous le signe d’un jumelage Franco-Italien, et ce grâce aussi à nos réseaux croisés. Par la suite, nous avons réussi à mettre en œuvre des éditions de plus en plus importantes, notamment grâce au soutien de l’Institut français - Centre Saint-Louis, et de Nolwenn Delisle, sa coordinatrice des événements culturels.

 

 

Gianlorenzo Lombardi, Les mecs n’ont pas de chance (2016) - image de tournage 

 

LPJRome : Parmi vos partenaires historiques on peut compter Zalib et Futura Ancislink. Pourriez-vous nous en dire plus quant au microcosme de volontaires vous accompagnant chaque année dans l’organisation de Girogirocorto ?

GL : Nos partenaires historiques sont en effet les associations culturelles Zalib et Futura Ancislink. On compte également d’anciens étudiants du lycée Visconti – établissement scolaire historique de Rome – qui en temps normal nous aident avec la promotion du festival et la gestion du public et des invités. On peut également compter sur l’aide de Marco Chieffa pour la sélection. Lors de notre édition de 2019, nous avons reçu le soutien du critique de Badtaste.it Francesco Alò. Ce fut l’occasion pour nous d’organiser des « masterclass » avec ceux que je considère comme étant les nouveaux maîtres du cinéma italien, à savoir Laura Luchetti (Fiore gemello, 2018), Matteo Rovere (Veloce come il vento, 2016/Il primo re, 2019) et Edoardo De Angelis (Indivisibili, 2016/ Il vizio della speranza, 2018). Ils ont ainsi pu partager l’expérience de leurs premiers courts-métrages, et de leur passage au format long. On espère pouvoir poursuivre dans cet esprit au cours de nos prochaines éditions. 

LPJRome : Pourquoi ce désir de lancer votre propre festival, alors qu’il en existait déjà une myriade ?

GL : Même s’il y a beaucoup de festivals de courts-métrages en Italie, il y a paradoxalement certains préjugés contre ce format, et il existe peu d’événements dans le centre de Rome consacrés aux « petits films ». Nous avons cette expression que nous utilisons à Rome, lorsque l’on veut définir quelque chose qui n’a pas de véritable identité : « né carne né pesce », ce qui ne signifie « ni chair ni poisson ». Beaucoup pensent que le court-métrage appartient à un entre-deux dans le milieu de l'audiovisuel et c’est dommage. Ceux qui ne sont pas dans l’industrie ne savent pas toujours que la plupart des réalisateurs, comme Spielberg ou les frères Russo de la saga Avengers ont dû passer par le court-métrage afin de se construire un style et une carrière.

 

Festival de courts-métrages Girogirocorto, édition 2017

 

Festival de courts-métrages Girogirocorto, édition 2019

 

LPJRome : Qu’est-ce qui fait la particularité de Girogirocorto ?

GL : Au Girogirocorto, le court-métrage n’est pas un simple exercice de style. Il donne au contraire naissance à de véritables bijoux, à l’image des « films à sketches » italiens des années 70, où plusieurs réalisateurs mettaient en scène différents courts-métrages qui étaient ensuite montés ensemble afin de créer un film complet. Cela a donné naissance à des œuvres inoubliables, mais hélas sous-estimés aujourd’hui, comme Le streghe (1968) et I nuovi mostri (1977) – disponible sur Netflix. Girogirocorto s’insère dans cette tradition et souhaite rendre hommage aux jeunes réalisateurs, tout en favorisant le dialogue entre eux, le public et les professionnels de l’industrie du cinéma. Le maintien d’une relation de travail étroite entre la France et l’Italie est particulièrement important pour nous, mais pas seulement. Nous n’oublions pas la participation des autres nations qui font partie de la mosaïque de films internationaux qui font l’originalité de Girogirocorto. Au cours des deux/trois dernières éditions du festival, sur quinze courts-métrages, cinq étaient italiens, cinq autres français et les cinq derniers venaient du monde entier (Afrique, Amérique du Sud/Nord, Asie, etc.) Nous sommes toujours à la recherche de jeunes cinéastes indépendants prometteurs.

LPJRome : Depuis l’arrivée de la Covid-19 en Europe, les mondes de l’art et de la culture sont en grande souffrance. Nombreux sont les festivals de cinéma, qui à l’instar du Festival La Rochelle Cinéma, se sont vus annulés ou digitalisés. Comment Girogirocorto a-t-il vécu ces changements aussi soudains que brutaux ?

GL : Pour le moment nous avons décidé de ne pas numériser notre festival. Nous préférons attendre une période plus favorable, qui nous permettra d’organiser de nouvelles rencontres dans la convivialité, une fois que les salles de cinéma reviendront dans notre quotidien. Nous avons tout de même participé à des évènements numériques parallèles comme le « Dominio Pubblico - La città agli under 25 », au cours duquel nous avons participé à des « live », où le public pouvait redécouvrir en streaming les films que nous avions présenté lors des éditions passées de notre festival. Mais on s’en tient là. Cela peut paraître démodé, mais pour nous le véritable cinéma se déroule dans les salles : c’est là que naît l’émotion. Nous avons hâte de pouvoir revenir à cette dynamique !

LPJRome : Avec l’évolution des restrictions sanitaires, vous avez dû rencontrer un certain nombre de défis. Quels sont les problèmes concrets qu’un festival de votre envergure rencontre au quotidien ?

GL : Notre plus grand défi en ce moment est l’attente et l’incertitude du déroulement de la branche romaine de notre festival. En revanche, nous avons pu mener à bien l’expérience de Montmartre en septembre 2020, avec une projection de films en plein air, grâce à Stéphane Mir de l’association « La strada dell’arte », mais aussi à notre équipe de techniciens et à nos collègues de Paris. Tout s’est très bien passé, y compris au niveau des gestes barrières. Derrière les masques chirurgicaux, on pouvait deviner la présence de sourires à la fin de l’événement, malgré le fait que nous avions essentiellement des films engagés et à peine deux comédies dans notre sélection. Le fait de montrer des films à l’ombre de quelques arbres, pas trop loin du Sacré-Cœur donnait une atmosphère magique à l’ensemble. À présent, nous attendons la réouverture des salles afin de revivre des moments similaires.

LPJRome : Dans quelle mesure ces défis vous ont poussé à vous « renouveler » ?

GL : Pour l’instant on ne peut pas parler de « renouvellement », dans la mesure où le festival romain est en pause, pour cause de Covid-19. En revanche, cela nous donne le temps de réfléchir. Nous sommes en constante communication avec nos « followers » sur nos réseaux sociaux (Facebook, Instagram, etc.). Il nous arrive aussi de proposer d’anciens courts-métrages que notre public peut ainsi redécouvrir. Nous sommes une solide alternative à Netflix et aux autres plateformes de vidéo à la demande, « pompés » en publicités et gros moyens. Ce que je peux vous dire avec assurance, c’est que Girogirocorto reviendra et que ce sera une nouvelle fois mémorable !

 

Festival de courts-métrages Girogirocorto Fabio_ferzetti, Andrea Di Iorio et Maddalena Crippa

 

LPJRome : Récemment, vous avez lancé une pétition en réponse à la suppression de Girogirocorto du Festival aux Arènes de Montmartre. Pourriez-vous nous en dire davantage sur le contexte de cette décision de la Mairie du 18ème arrondissement de Paris ?

GL : Je ne suis pas en contact direct avec la mairie du 18ème, contrairement à mon collègue du Festival Solidaire, Stéphane Mir, qui en sait sans doute plus que moi. J’ai cependant compris que les voisins s’étaient plaints du « tapage » orchestré par le festival en général, or, nous quittons toujours les lieux de la projection à 22 heures. Par ailleurs, nous augmentons rarement l’amplificateur audio, afin d’éviter trop de désagréments au voisinage. À mon avis, cette décision est injuste, mais que voulez-vous…

LPJRome : Qu’espérez-vous de l’issue de cette pétition ?

GL : On ne peut pas simplement couper un morceau de la culture et de la vie d’un quartier sous prétexte que ce n’est pas « essentiel ». Nous espérons donc qu’avec cette pétition nous pourrons montrer à qui de droit que nous avons un public stable qui nous soutient.

LPJRome : Comment envisagez-vous cette nouvelle année pour Girogirocorto ? Avez-vous des projets en particulier ?

GL : On aimerait bientôt lancer l’appel à courts-métrages pour notre édition 2021. Je vous invite d’ailleurs à nous suivre sur les réseaux sociaux, si vous souhaitez suivre l’évolution de notre prochaine édition !

 

Si vous souhaitez soutenir le festival Girogirocorto dans sa démarche, n’hésitez pas à signer et/ou partager leur pétition en cliquant sur l’adresse suivante : http://chng.it/M7wtZmwn.

 

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Anaïs N'Déko

Après avoir vécu plusieurs années entre le Royaume-Uni et l’Irlande, Anaïs a posé ses valises au pays de la Grande Bellezza, pour y embrasser le journalisme. Passionnée de cinéma, d’histoire, et d’opéra, Anaïs est également scénariste et réalisatrice.
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