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Le Brésil a connu sept homicides par heure en 2016

Par Vincent Villemer | Publié le 08/11/2017 à 14:58 | Mis à jour le 08/11/2017 à 15:04
rio-police-favela

La violence accrue au Brésil ces dernières années a atteint de tristes chiffres. Plus de 60 000 personnes ont été assassinées en 2016, un malheureux record qui illustre les maux sociaux et la tension qui divisent la population.

 

Sept homicides par heure, voilà un raccourci qui montre le réel impact sur le quotidien des 61 619 meurtres recensés en 2016 au Brésil. Des chiffres qui font froid dans le dos et qui reflètent autant l’augmentation de la violence policière que du nombre d’agents tués. L’Annuaire brésilien de sécurité publique révèle que le taux d’homicide s’est élevé à 29,9 pour 100 000 habitants l’année dernière alors qu’un chiffre supérieur à 10 pour 100 000 habitants est déjà considéré par l’ONU comme seuil de violence endémique. Comment expliquer ce regain de violence extrême ?

 

Explosion de la violence policière symbolisée en chiffres

Si le taux général d’homicide est déjà assez marquant, c’est surtout le nombre de personnes tuées par la police qui interpelle. Alors qu’en 2015, le taux d’homicide s’élevait à 28,8 pour un total de 58 870 meurtres, il a effectivement légèrement augmenté en 2016. En revanche, le nombre de personnes tuées par la police a augmenté de 26,8% d’une année à l’autre ! Symbole de la mutation du conflit, qui, désormais, oppose directement les civils aux forces de l’ordre. D’après l’ONG, 99,3% des victimes sont des hommes, 81,8% sont jeunes (entre 12 et 29 ans), et 76,2% sont des personnes de couleur. En moyenne, plus de onze personnes par jour ont trouvé la mort en 2016 lors d’interventions policières, dont 1/4 dans le seul État de Rio, particulièrement ciblé par les violences avec les Jeux Olympiques 2016.

Près de 1000 individus ont été tués par les autorités à Rio l’année dernière, soit une extrême augmentation de 43% par rapport à 2015. Les affrontements concernent moins les minorités entre elles, cependant, elles se concentrent entre elles pour violenter le gouvernement et ses représentants les plus directs, les policiers. À noter que les chiffres inverses sont également éloquents, 132 policiers ont été assassinés en 2016, dont 40 pendant leur service. Cet afflux de violence se produit alors que l’État a réduit le budget de la sécurité, ce qui envenime les relations entre les policiers, dont nombreux sont impayés, et les habitants.

 

Origine de la tension entre civils et forces de l’ordre

La tension entre une grosse partie de la population et les autorités brésiliennes est loin d’être anodine. Le conflit a toujours existé sur fond de problèmes sociaux et économiques, le chômage et les inégalités divisent une partie des civils et provoquent une montée de la haine qui se traduit souvent en violence.

Entre les policiers et les habitants des zones les plus défavorisées, notamment dans certaines favelas de l’État de Rio, l’affrontement physique ou verbal devient même banal, traditionnel. L’organisation des derniers Jeux Olympiques à Rio en 2016 a rajouté de l’huile sur le feu, et l’augmentation des chiffres d’homicide en parallèle n’y est pas indifférente. Si l’accueil des J.O a permis de vendre le Brésil à la vitrine du monde, il a surtout suscité encore plus d’indignation et de haine parmi une bonne partie du peuple carioca, et pour cause : le manque de considération de ses citoyens. Effectivement, la puissance émergente qu’est le Brésil, n’a eu aucun souci à mettre la main à la poche pour les travaux et l’organisation des Jeux qui ont coûté plus de 300 milliards d’euros, laissant une multitude de quartiers délabrés à l’abandon, ne créant aucune vague d’emploi à long terme, ou pire encore, n’a réutilisé aucun de ses aménagements bâtis spécifiquement pour les Jeux, qui auraient pu être fructifiés pour proposer à l’avenir de nouveaux secteurs d’activités.

Accueillir les J.O le temps d’un mois pour une somme pharaonique plutôt qu’investir dans l’intérêt du pays et venir en aide aux classes les plus défavorisées, a été perçu comme une trahison et un immense manque de respect par une partie du peuple brésilien. Néanmoins, si les raisons de leur désarroi sont, certes, compréhensibles et partagées, cela ne justifie en rien l’excès de violence, qui peut très vite être dramatique comme le démontrent ces chiffres.

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