Journée Internationale de la Femme : Conversation avec Monia

Par Isabelle de Casamajor | Publié le 08/03/2022 à 21:30 | Mis à jour le 08/03/2022 à 21:30
Photo : Ocean Hues by Monia Allegre
Ocean hues by Monia Allegre

Monia est sculpteur à Perth. Vous pourrez admirer une de ses œuvres à Sculpture by the sea à Cottesloe : un tourbillon de pagaies en aluminium. Nous l’avons rencontré.

Monia Allegre avec Ocean Hues

Bonjour Monia, peux-tu te présenter et nous dire pourquoi et comment tu es arrivée à Perth ?

Bonjour Isabelle.

Je suis arrivée enceinte avec Vincent, mon mari, en 2003.

Nous sommes venus pour un projet « Oil & Gas » à travers la société pour laquelle travaillait Vincent.Nous sommes restés au-delà du projet car nous pensons que c’est vraiment l’endroit idéal pour voir grandir des enfants. La nature y est tellement présente.

Nous avons trois enfants nés ici à Subiaco…

L’ombre au tableau, la famille est loin. Alors nous avons tenté de retourner vivre en France mais au bout de trois ans, nous souhaitions retourner à Perth et redonner à nos enfants un environnement extraordinaire pour grandir.

Ceci-dit, j’espère que, dès leur majorité, ils voyageront, rencontreront d’autres cultures et enrichiront leur vie autrement.

Nous sommes désormais Franco-Australien.

 

Peux-tu nous parler de ton métier ? Comment devient-on sculpteur ? Quel a été ton parcours professionnel ?

Oui c’est bien mon métier, ce n’est pas un passe-temps, je ne sais faire que ça !

J’ai eu un BAC A3 (Art et Littérature à l’époque). Après son obtention, je suis partie à Florence, en Italie, pour apprendre à dessiner et peindre afin de présenter un dossier pour les Beaux-Arts de Paris : 6 mois de rêve à Florence.

De retour en France, j’ai essuyé un échec aux Beaux-Arts et me suis tournée vers une école américaine à Paris très réputée : Parsons School of Design. J’y ai décroché un Bachelor of Fine Arts, spécialité en Sculpture.

Par la suite, j’ai postulé pour des résidences internationales. La première, à la Rijksakademie d’Amsterdam : 2 années entièrement sponsorisées, le paradis ! 

Puis je suis partie vivre à Londres pendant 6 mois. Je n’arrivais pas à survivre financièrement… je passais mon temps à travailler pour payer mon loyer mais pas de temps pour la création.

Retour à Paris. Je me reconvertis en ingénieur du son pour l’audiovisuel.

Entre-temps. je rencontre Vincent qui habite aux pays Bas ….

Je quitte alors Paris pour rejoindre mon amoureux. J’en profite pour faire une autre résidence d’artiste et passe trois mois à travailler sur une œuvre qui sera exposée en 2021 à Sculpture by the sea Cottesloe - Un rig de forage entièrement en terre cuite emmaillée… Un exploit technique (Monia sourit avec fierté).

Puis j’ai suivi Vincent à Houston et enfin en Australie.

Pendant mes années occupées à élever mes enfants, je n’ai quasiment pas créé… La maternité n’est pas une chose facile pour certaines d’entre nous et je fais partie de cette catégorie… d’autant plus que pour faire garder ses enfants sans famille, c’est la croix et la bannière ! Difficile psychologiquement et logistiquement.

Mes enfants sont maintenant adolescents et jeunes adultes, ils se débrouillent seuls et ça, c’est une grande liberté retrouvée. Je me recentre sur mon travail et sur ce qui me définit. Être artiste, c’est une merveilleuse thérapie !

 

Drilling rig par Monia Allegre
Drilling rig de Monia Allegre

Cette année, tu as une sculpture exposée à Sculpture by the sea à Cottesloe et ce n’est pas la première fois. Peux-tu partager cette expérience ? Quel est le parcours nécessaire pour exposer pour cet événement ?

J’ai longtemps voulu exposer à SXS mais je n’avais pas le temps de travailler sur des concepts. Je me souviens, à l’époque, il fallait être invité et non sélectionné sur projet. J’ai toute suite pensé à ma sculpture du «drilling rig» car cela correspond bien à Perth étant un centre d'affaire lié à l'Oil & Gas et le rig «Ocean Monarch» vient souvent s’amarrer à l’horizon de Cottesloe, pendant plusieurs semaines.

Ma rencontre avec l’équipe de Sculpture by the sea a été vraiment fabuleuse. Le directeur David m’impressionne par son charisme et son calme. Je ne peux qu’imaginer les épreuves logistiques et politiques qu’un évènement de cette ampleur peut engendrer… Le reste de l’équipe est également sensationnelle : toujours de bonne humeur, très à l’écoute et disponible, un régal ! Il faut croire que c’est bien vrai : l’art rend les gens heureux !

J’ai déposé des dossiers de candidature et mes propositions ont plu au jury. 

Ensuite très rapidement la logistique s’impose : faire une étude sur la fabrication, obtenir le certificat d’ingénierie pour garantir la sécurité du public en cas d’intempéries entre autres. Et le transport… Tout cela est très onéreux. Ce n’est pas simple de faire des sculptures dans un espace public.

Cette année, je suis chanceuse d’avoir retenu l’attention d’un mécène qui m’a, sans hésiter, soutenu en me fournissant le matériel et en me guidant sur la fabrication car je ne possède pas d’atelier adapté…

Merci à Capral, fournisseur d’aluminium aux industries. Nigel, a été plus qu’un sponsor c’est devenu un ami. Un ami amoureux des arts et respectueux des artistes et ça, c’est précieux.

 

Comment gère-t-on des sculptures de grande taille comme celle présentées à Cottesloe ?

Il faut être vraiment conscient de l’échelle que la plage impose.

Il faut que la sculpture réussisse à imposer sa présence. Donc effectivement cela implique des outils, des pelleteuses, du matériel de soudage, un grand atelier, des grues etc… on se retrouve très dépendant de beaucoup de gens qui vous donnent ou non le feu vert… C’est un jeu de patience et de positivité.

Il faut aussi faire attention à l’audience, penser avant tout à ceux qui viennent voir ces sculptures dans un paysage exceptionnel. Ces personnes viennent de toutes les cultures et classes sociales. Il faut savoir parler à tous à travers une œuvre d’art.

 

Sculpture à l'Alliance française par Monia Allegre
Sculpture à l'Alliance française de Perth par Monia Allegre

J’imagine que les femmes sont minoritaires dans cette discipline ? Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées ?

Toujours beaucoup de difficultés lorsqu’on dépend des autres.

Dans mon cas j’avais à faire à des hommes exclusivement. De l’ingénieur au dessinateur AutoCad, au fabricateur, au transporteur et à l’installateur.  Alors bien sûr, parfois j’ai l’impression de ne pas être prise au sérieux. Bien souvent mes interlocuteurs pensent que mon savoir est proche de zéro, ils se trompent… certes je n’ai pas leur savoir, mais j’en sais beaucoup sur de nombreux matériaux... Et cet éventail de connaissances me convient parfaitement.

J’apprends à communiquer avec la gent masculine, on ne parle pas de la même façon au genre opposé. C’est un fait et je m’adapte. Cela m’agace mais moins qu’avant, j’ai muri et on me respecte un peu plus. J’ai conscience que quand je serai plus âgée on ne me prendra plus au sérieux de nouveau… la fameuse Génération Gap. C’est comme ça, je m’en accommode en pestant de temps en temps mais je trouve toujours le moyen d’arriver à mes fins.

 

Quelles sont les recommandations que tu ferais à une jeune fille qui voudrait suivre cette voie ?

Grande question, je ne suis pas sûre de savoir donner des conseils.

Je ne regrette rien, mais j’aurais aimé être financièrement plus indépendante, surtout en tant que femme.

Si c’était à refaire, je ferai un métier à mi-chemin entre le créatif et le commercial. Les opportunités sont plus nombreuses et la rémunération y est plus régulière. Un exemple ?  Créateurs de décors, digital design, montage vidéo ou son...

Les beaux-arts ne sont accessibles qu’aux privilégiés qui peuvent se les offrir…

Il ne faut pas oublier que le travail de l’artiste dépasse largement les 40 heures par semaine d’un salarié. L’implication est immense et jamais garantie de reconnaissance. Le prix des œuvres est justifié, aucune arrogance derrière le prix ; enfin pour la grande majorité des artistes. C’est un jeu de poker, un pari.
 

Quels sont tes projets dans un avenir proche ?

Continuer à faire ce que j’aime et garder cette reconnaissance dans laquelle je m’enivre à travers les nombreux compliments sur mes œuvres… et puis j’aimerais pouvoir faire une exposition sur la côte Est ou à l’étranger. Affaire à suivre…

Ocean hues
Ocean hues de Monia Allegre

Merci Monia pour ce bel entretien, en attendant de découvrir tes nouvelles œuvres, que ta création soit sans limite !

Isabelle de Casamajor

Isabelle de Casamajor

A Perth depuis plus de 15 ans, depuis toujours passionnée de voyages, de photographie, d'art et de culture, l'Australie est pour moi un merveilleux terrain d'exploration. J'aime faire partager les endroits que j'aime et mes coups de coeur.
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