Jeudi 23 septembre 2021
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Entretien avec Jean-Philippe Grange, président du conseil consulaire d’Australie

Par Quitterie Puel | Publié le 23/07/2021 à 22:00 | Mis à jour le 24/07/2021 à 18:11
Jean Philippe Grange

« Je soutien la démarche de rassemblement de Yan Chantrel pour la prochaine élection sénatoriale »

 

Quel bilan tirez-vous de ces élections consulaires ? 

 

Ces élections repoussées d’une année se sont déroulées dans des conditions très particulières liées à la pandémie de la Covid 19. Globalement, si l’on regarde à la fois les chiffres et nos ami.e.s élu.e.s ou réélu.e.s à travers le monde, on peut noter d’abord que la gauche et l’écologie sont sorties renforcées des dernières élections consulaires. Celles-ci auront permis la réélection de nombreux collègues mais aussi des percées remarquées comme par exemple, dans notre région d’Asie-Océanie, en Thaïlande ou sur la circonscription de Corée/Taiwan. Le Japon, la Nouvelle-Zélande, le Cambodge, Hong-Kong ou encore le Vanuatu sont (entre autres !) des circonscriptions où des équipes expérimentées rassemblées autour de valeurs humanistes, progressistes et écologistes ont gagné la confiance d’un grand nombre de nos compatriotes.

 

Dans notre circonscription la liste d’union Ensemble, Citoyens et Solidaire ! que j’ai conduite est arrivée largement en tête des suffrages, permettant l’élection de nouveaux élus et délégués consulaires à mes côtés, avec Caroline Brunel à Sydney et Philippe Lesage à Melbourne. L’ensemble de ces résultats sont le fruit d’un travail de terrain au service de nos compatriotes établis hors de France.  

 

Je pense qu’à travers leurs votes, les Françaises et Français de l’étranger ont manifesté leur attachement à la justice sociale, à l’écologie, à la solidarité et à une réelle volonté de mettre un terme au désengagement continu de l'État ainsi qu’aux reculs sociaux et fiscaux qui touchent de très nombreux Français de l’étranger.

 

Nous travaillerons en bonne intelligence et dans le respect de l’intérêt général entre collègues élu.e.s et avec l’administration

 

Vous avez été élu président du conseil consulaire à la suite du scrutin de mai dernier…

En effet, les nouveaux conseillers des Français de l’Etranger de notre circonscription se sont réunis pour la première fois le 29 juin dernier et m’ont élu à l’unanimité président du conseil consulaire, une fonction dorénavant exercée par un élu. Au-delà de nos différentes sensibilités, nous démarrons, je le crois, dans de bonnes dispositions.

 

Conformément à nos engagements de campagne, nous travaillerons en bonne intelligence et dans le respect de l’intérêt général entre collègues élu.e.s et avec l’administration. Il y a beaucoup de travail ! Nous avons prévu d’échanger prochainement sur toute une série de thématiques et reviendrons régulièrement vers la communauté française à ce sujet. Nous pensons aussi à nos compatriotes actuellement touchés par les confinements du grand Sydney et du Victoria et restons à leur écoute.

 

La conjoncture n’est pas sereine, nos compatriotes s’interrogent, sont très souvent dans l’incertitude

 

Vous l’avez souvent rappelé lors de la campagne, les élus consulaires sont aussi des grands électeurs amenés à s’exprimer par leur vote tous les trois ans dans le cadre des élections sénatoriales, et notamment dès la fin du mois de septembre cette année. Comment abordez-vous cette élection ?

 

C’est effectivement un aspect important de notre système de représentation démocratique. Si l’ensemble des Français de l’Etranger inscrits sur la liste électorale consulaire de leur pays de résidence élisent - à l’occasion des élections législatives - leur député dans l’une des 11 circonscriptions électorales qui couvrent la planète, seuls leurs élus consulaires forment le collège des “grands électeurs” qui élisent les 12 sénateurs représentants les Français hors de France.

 

En échangeant autour de moi, notamment avec des élus de la région Asie-Océanie et sur d’autres continents, je me suis vraiment rendu compte que la volonté de rassemblement des forces de gauche et de l’écologie - cette volonté qui a été au cœur de notre démarche en Australie avec un certain succès - est dominante dans notre électorat. Poursuivre cette dynamique dans le cadre des élections sénatoriales me semble naturel. Une démarche autour de candidates et candidats rassemblés, résidant dans leurs circonscriptions depuis de nombreuses années, branchés sur le terrain, forts de leurs expériences locales, voilà ce qu’il faut mettre en avant pour ces élections sénatoriales !

 

Je note que la crise sanitaire, économique et sociale que nous traversons depuis un an et demi en raison de la pandémie COVID-19 le montre au quotidien : la conjoncture n’est pas sereine, nos compatriotes s’interrogent, sont très souvent dans l’incertitude. C’est justement la raison pour laquelle les élu.e.s, notamment au sénat, doivent eux-mêmes avoir été confrontés aux difficultés du contexte Covid sur le terrain et en connaître les réalités pour être en capacité d’être immédiatement opérationnels aux service de nos concitoyens. Cette exigence d’avoir des personnes issues du terrain nous a d’ailleurs été rappelée par certains de nos électeurs pendant la campagne consulaire.

 

J’ai toujours apprécié la combativité de Yan Chantrel dans le cadre de son mandat

 

Précisément, quelle conclusion en tirez-vous face aux nombreuses velléités de candidatures qui semblent voir le jour ?

 

Il est certain que les nouveaux élu.e.s vont être fortement sollicité.e.s dans les semaines qui viennent. Mais il faut de la clarté et de la sérénité. Il y a quelques semaines, mon collègue et ami Yan Chantrel, conseiller des Français de l’Etranger réélu dans la circonscription de Montréal, a annoncé le lancement d’une démarche collective dont il prend la tête en vue des élections sénatoriales.

 

Je connais bien Yan. Ces dernières années, avec un grand nombre d’élu·es - en particulier au sein du groupe Français du Monde, Ecologie et Solidarité à l’Assemblée des Français de l’Etranger - nous avons mené ensemble des actions afin de défendre nos compatriotes contre les reculs votés par le gouvernement actuel, que ce soit en matière de fiscalité, d’accès à la santé ou en matière éducative. C’est tout naturellement que nous nous retrouvons pour poursuivre ces combats à l’occasion de l’élection sénatoriale.

 

Je suis particulièrement sensible à deux aspects de sa démarche qui sont autant de raisons à mon soutien :  d’abord, on trouve au cœur de son projet la volonté de tendre la main et d’échanger avec d'autres partis et mouvements de la gauche et de l'écologie en vue de la constitution d'une véritable liste d'union. Chaque membre de l’équipe qu’il a composée et dont je fais partie est attaché à travailler à l’union avec l’ensemble de nos partenaires de gauche et Europe Ecologie les Verts.

 

Ensuite, il s’entoure de candidates et candidats expérimentés, bien implantés et issus du terrain.  Je le disais plus tôt, tout part de là :  Il est essentiel, pour les avoir vécus et travaillés, de connaître les sujets de préoccupation de nos compatriotes, que ce soit en matière sociale, sanitaire, économique, éducative, ou culturelle. Au-delà, même si l’élection sénatoriale est réservée à un collège de grands électeurs, nous tenons à engager le dialogue avec tous nos citoyens et à faire ainsi mieux connaître le travail de cette assemblée parlementaire, mal connue du grand public. 

 

Par ailleurs, j’ai toujours apprécié la combativité de Yan Chantrel dans le cadre de son mandat. Il a constamment défendu des avancées en termes de droits, d’éducation, de santé, de visas, d’emploi et de fiscalité. Il connaît les problématiques pour avoir exercé son mandat pendant 7 ans, et la nécessité d’avoir des relais forts au Sénat pour être entendus et défendus au plus haut niveau. 

 

Nous nous posons donc en « défenseurs », notamment des services publics consulaires, de l’enseignement et de la culture

 

Quels vont être les grands axes du programme de cette liste ?

Nous allons co-construire avec l’ensemble des partenaires et des élus un projet participatif qui reflète l’éventail des problématiques rencontrés par les Français établis hors de France et qui proposera des approches de solutions. Ce programme constituera le socle de ce que nous défendrons quotidiennement au parlement et vis-à-vis du gouvernement. 

 

Nous souhaitons aussi approfondir certaines questions et poursuivre les combats que nous avons déjà pu mener ces dernières années. Nous avons pu constater que nos droits, en tant que Français·es de l’étranger, sont fragiles et peuvent être remis en cause de manière brutale. 

 

Nous nous posons donc en « défenseurs », notamment des services publics consulaires, de l’enseignement et de la culture, mais avant tout aussi en force de proposition pour la conquête de nouveaux droits et avancées sociales pour les Français de l’étranger, en adéquation avec les évolutions que nous constatons depuis quelques années dans la sociologie de cette population. Nous avons des propositions pour une fiscalité plus juste et équitable, pour une prise en compte des défis environnementaux, pour une décentralisation de certains u pouvoirs décisionnaires vers les conseils consulaires permettant aux élus locaux des Français de l’Etranger d’être véritablement parties prenantes de décisions importantes au service de leurs concitoyens.

 

Nous aborderons aussi, bien entendu, des thématiques de politique nationale, conscients que le mandat ne consiste pas seulement à défendre les intérêts des Français de l’Etranger. 

 

Enfin, l’écologie qui était jusqu’à présent encore faiblement présente dans les thèmes liés aux Français de l’Etranger, fera l’objet de points programmatiques. Nous espérons, dans l’esprit de cette liste d’union, pouvoir y travailler avec EELV.

 

Ces propositions ne sortent pas de nulle part. Elles sont issues de mobilisations de ces dernières années, mais aussi des remontées récentes du terrain à l’occasion des élections consulaires et face aux défis et aux problématiques bien particulières de nos compatriotes. Voter pour des personnes les ayant vécus, c’est la garantie qu’elles seront défendues !

 

quitteriez puel

Quitterie Puel

Après avoir effectué un master en management de projets culturels à Sciences Po, j’ai décidé de m’expatrier pour trois ans à Perth. J’aime écrire sur des sujets de société, dénicher des bonnes adresses et découvrir des lieux insolites.
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