Président d’EDF Chine depuis octobre 2024, Jean-Philippe Lamarcade incarne une nouvelle génération de dirigeants du groupe en Asie. Présent dans le pays depuis plus de quarante ans, EDF y déploie l’ensemble de ses métiers : nucléaire, énergies renouvelables, services énergétiques et R&D. Dans un contexte de transition vers un modèle bas-carbone, l’entreprise française joue un rôle de partenaire technologique et industriel de premier plan. Parcours, stratégie et ambitions : entretien.


Le plus grand marché de l’électricité au monde
Vous êtes depuis plus d’un an président d’EDF Chine. Pourriez-vous nous parler de votre parcours ?
Je suis entré chez EDF en 1999, juste après mon diplôme, et j’y ai fait toute ma carrière. J’aime dire que je suis un « produit » d’Électricité de France. C’est un groupe extraordinaire, présent partout en France, en Europe et dans le monde, qui couvre l’ensemble des métiers de l’électricité.
J’ai eu la chance d’occuper des fonctions très variées : maintenance du réseau, management d’équipes opérationnelles, relation client, développement de projets, construction de centrales, hydraulique, vente… Ces expériences m’ont conduit à déménager une dizaine de fois en France, de la Lorraine à la Bretagne en passant par la Corse.
J’ai également travaillé trois ans en Asie du Sud, en Thaïlande. Aujourd’hui, je suis très heureux de revenir à l’international et de diriger les activités du groupe en Chine.
Une présence depuis plus de 40 ans
Que représente EDF en Chine en termes d’activités et de salariés et quelle stratégie suit l’entreprise ?
La Chine est un marché absolument fascinant : c’est le plus grand marché électrique au monde, trois fois celui de l’Europe et deux fois celui des États-Unis. Pour un groupe comme EDF, c’est un terrain d’action passionnant.
Nous sommes présents depuis plus de quarante ans et exerçons pratiquement tous les métiers du groupe : production d’électricité, nucléaire, énergies renouvelables, services énergétiques, équipements et R&D. Nous avons été le premier investisseur étranger dans plusieurs domaines de l’énergie en Chine : nucléaire, charbon à l’époque, puis éolien offshore.
Aujourd’hui, EDF Chine représente environ 400 salariés répartis dans plusieurs structures : EDF Chine, EDF Power Solutions Chine, ainsi que nos filiales Framatome et Arabelle. Nous ne sommes pas très nombreux, mais nous couvrons une grande diversité d’activités, avec une présence sur plusieurs dizaines de sites dans le pays.
Notre stratégie consiste à accompagner la transformation du système électrique chinois : après une première phase d’électrification massive, la priorité est désormais la décarbonation et l’innovation.
La relation avec la Chine est équilibrée
Depuis 40 ans, EDF participe au développement du parc nucléaire chinois. Comment son rôle a-t-il évolué ?
Nous sommes arrivés à l’origine pour transférer notre savoir-faire nucléaire, notamment avec la centrale de Daya Bay. À l’époque, la relation était très asymétrique : nous étions là pour transmettre une expertise.
Aujourd’hui, cette relation est devenue équilibrée. Nous avons autant à apprendre de la Chine qu’à partager. Par exemple, les équipes chinoises ont développé une grande maîtrise de la construction rapide de centrales nucléaires, puisqu’elles n’ont jamais cessé d’en construire. De notre côté, nous apportons notre expérience sur la durée de vie des centrales, la maintenance à long terme ou encore le cycle du combustible.
Nous collaborons également en R&D sur des sujets d’avenir : réacteurs de nouvelle génération, sûreté nucléaire, adaptation des centrales au changement climatique. La coopération est très riche.
La Chine décarbone quatre fois plus vite que l’Europe
Comment EDF accompagne-t-elle la transition énergétique chinoise vers le bas-carbone ?
La Chine a déjà réalisé son électrification ; elle entre désormais dans une phase de transformation vers un système décarboné. Ce qui impressionne, c’est la vitesse : le système électrique chinois se décarbone environ quatre fois plus vite que le système européen.
Nous accompagnons cette transition à travers le nucléaire, les renouvelables et les services énergétiques. Nous développons aussi des activités autour du digital, de l’intelligence artificielle et de la robotique, qui deviennent essentielles pour optimiser les systèmes énergétiques.
Nous avons par exemple un centre de R&D en Chine qui travaille avec des partenaires locaux sur des sujets très pointus : sûreté nucléaire, performance des installations, adaptation au changement climatique ou encore applications de l’IA dans nos métiers.
Vous exploitez la ferme éolienne offshore de Dongtai. Ce projet est-il le premier d’une longue série ?
Nous avons été le premier investisseur étranger dans l’éolien offshore en Chine et restons aujourd’hui le seul. Dongtai illustre notre engagement dans les renouvelables aux côtés de nos partenaires chinois.
EDF Power Solutions Chine est présent sur une cinquantaine de sites, du petit projet au grand parc. Nous souhaitons continuer à développer ces activités, en cohérence avec la transition énergétique chinoise et avec nos partenaires locaux.
L’IA et la robotique ouvrent de nouveaux champs
Les activités de services, notamment à Sanya, illustrent la capacité d’EDF à s’adapter. Y a-t-il d’autres exemples ?
Oui, nous développons des services énergétiques variés : réseaux de chaleur et de froid, éclairage public, optimisation énergétique pour l’industrie. La R&D et l’innovation sont au cœur de ces projets.
Nous nous intéressons beaucoup à l’intelligence artificielle : elle peut améliorer la conception des installations, optimiser le fonctionnement des centrales ou encore transformer la relation client. Avec 40 millions de clients dans le monde, ces innovations sont stratégiques.
La Chine est un laboratoire à grande échelle : par la taille du marché et la rapidité d’innovation, ce qui s’y développe peut ensuite être adapté à l’Europe.
EDF est engagé pour la planète et le vivant
Au-delà des réalisations industrielles, EDF mène des programmes sociaux et environnementaux. Pouvez-vous nous en parler ?
EDF est une entreprise de service public par essence. Nous sommes engagés pour la planète, pour le vivant et pour les femmes et les hommes.
En Chine, nous accompagnons la réduction de l’intensité carbone, mais nous agissons aussi en interne : protection sociale des salariés, sécurité, diversité, inclusion. Nous sommes fiers de compter environ 50 % de femmes parmi les managers.
Nous menons également des actions solidaires : soutien à des populations défavorisées, dons d’équipements informatiques recyclés, promotion de la diversité et de l’intégration des personnes en situation de handicap. Nous avons aussi été la première entreprise étrangère à signer un accord collectif avec un syndicat en Chine en 2011.
Nos métiers font du sens pour les jeunes talents
Pourquoi les jeunes talents devraient-ils rejoindre EDF et dans quels domaines recrutez-vous ?
Nous accueillons des stagiaires, des VIE et de jeunes diplômés, français comme chinois. Nous développons les échanges dans les deux sens : accueillir des talents en Chine et faciliter l’arrivée d’étudiants chinois en France.
EDF attire parce que nos métiers ont du sens. Nous travaillons pour le service public, pour la transition énergétique et pour un modèle bas-carbone. Nous sommes l’un des énergéticiens les moins émetteurs de CO₂ au monde.
Les jeunes ont aujourd’hui envie d’engagement et d’innovation. Chez EDF, ils peuvent travailler sur l’énergie de demain : nucléaire de nouvelle génération, renouvelables, hydrogène, IA, fusion. C’est un terrain d’innovation exceptionnel.
Nous avons besoin de tous les talents pour inventer l’avenir énergétique. C’est ce qui fait la force et l’attractivité du groupe.







