Afin de célébrer le mois franco-chinois de l’environnement, nous avons rencontré Alain Lancelot, président de la branche française de l’International Society of Nature and Forest Medicine (INFOM), installé dans le Sichuan, pour parler des liens entre médecines naturelles chinoise et occidentales.


Mon livre sur la nature a été traduit en chinois
Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis coach et sophrologue spécialisé dans la gestion du stress, président de la branche française de l’International Society of Nature and Forest Medicine (INFOM), et auteur de plusieurs livres, dont deux autour de l'importance de la reconnexion à la nature pour mieux gérer le stress de la vie quotidienne. Mon livre Chemins de reconnexion, a été traduit en chinois, ce qui me permet de donner également des conférences en Chine.
Pouvez-vous décrire votre parcours, et ce qui vous a conduit à vous intéresser à ce domaine en particulier ?
Originaire du Berry, où de nombreuses croyances proches de la nature se rejoignent, j’ai développé un lien particulier avec les arbres et les éléments naturels. En entamant une carrière de journaliste et de présentateur télé qui aura duré plus de 20 ans, je me suis brûlé les ailes et cela m’a conduit à un burn-out. Pour me sortir de cette période de vie difficile, la nature m’a été d’une aide primordiale, notamment grâce à de longues promenades en forêt. C’est grâce cette prise de recul que j’ai décidé de changer de carrière.
Les approches chinoises et occidentales se complètent
Que vous a spécifiquement apporté la Chine dans vos recherches ?
L’apport de la Chine, où je vis désormais, est important, car la nature y est à la base de la médecine traditionnelle. Elle m’a permis de comprendre que l’efficacité de ces médecines ne tient pas uniquement aux plantes utilisées, mais également aux saisons et aux rythmes de la nature. Lors d’une de mes interventions dans un hôpital à Chengdu, j’ai été agréablement surpris par la complémentarité de ces deux pratiques de la médecine. J’ai pu également approfondir mes connaissances autour du travail sur le corps avec un maître de Qigong et à travers la pratique du Tai Chi.
Quelles sont les différences majeures pour vous entre l'Occident et l'Asie, justement, dans ce rapport avec la nature, et est-ce qu’il est possible de les concilier ?
En Occident, nous avons eu des périodes ou les poètes et écrivains parlaient beaucoup de nature, puis des courants comme le rationalisme, et la période des lumières où l’accent a été mis sur la raison, une bataille entre naturalisme et symbolisme. Selon moi, ces remises en question ont fait du tort au lien entre l’homme et la nature et fait émerger l’idée d’une supériorité des humains sur la nature. Ces bouleversements de pensée ne sont pas apparus en Chine, où la nature est au contraire restée au cœur de la pensée et de la culture, notamment à travers les croyances animistes.

Apprendre à ralentir et se recentrer
Alors dans une société qui va de plus en plus vite et qui est ultra connectée, quels seraient vos conseils pour inclure vos enseignements et recherches dans notre vie quotidienne ?
Le premier, et peut-être le plus important, est d'apprendre à ralentir. Il faut donc apprendre à prendre du recul, à revenir dans le moment présent et à faire des pauses ! Le premier bienfait d’une immersion dans un milieu naturel est de vous sortir de cet état d'hypervigilance dans lequel vous restez coincé en société.
Ensuite, c'est réaliser que notre cerveau est mono-tâche, contrairement à ce qu'on a voulu nous faire croire ; on ne peut pas bien faire plusieurs choses à la fois. Prendre des « pauses vertes » vous permet de vous recentrer, lâcher prise et éviter les pensées anxiogènes. Cela vous permet ensuite d’être plus efficace en retournant au travail. On dit que pour être efficace, il faut mettre la pression, mais c'est faux : la pression chasse l’efficacité autant chez les adultes que chez les enfants. Vouloir vivre deux fois plus vite, c'est vivre deux fois moins intensément.
Le troisième conseil serait de vivre en conscience. L’idée est simple. Lorsque vous mangez, vous mangez ; lorsque vous travaillez, vous travaillez ; lorsque vous vous promenez en nature, vous vous promenez ! Il est nécessaire de vivre l’instant pour ce qu’il est. Enfin, mon dernier conseil serait d’apprendre à s'émerveiller à nouveau devant la beauté de la nature.
Quelles sont les forêts que vous trouvez les plus inspirantes en Chine ?
Je me souviens de ma première année à Chengdu : je suis allé dans une forêt composée « d’arbres fougères » datant du Jurassique. C’est une expérience qui m'a fasciné car il s’agissait d’un véritable voyage dans le temps. La forêt souterraine du Guangxi, découverte en 2022 me fascine aussi de par ce qu’elle représente : symbole du retour à soi, elle était cachée pendant des millénaires dans un gouffre karstique avant que le toit de la cavité ne s’effondre. Sa découverte a mis à jour des espèces que l’on pensait disparues. J’aime également la forêt primaire du Xishuangbanna pour son incroyable diversité et ses paysages spectaculaires.
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